I. Scène XLVIII
2. La scène XXV est intéressante, parce qu'ellenous montre Guillaume donnant la colée à Harold. L'épée passe sous la cotte de mailles, à l'aide d'une échancrure, laissant seulement la poignée à nu ; cf. aussi scène LXX.
l'épée c'est l'arme noble par excellence. La tapisserie nous montre en effet que les chevaliers seuls la portent. Les milites qui accompagnent les grands dignitaires l'ont toujours à la main. L'armiger qui se tient à côté du duc Guillaume, les messagers qui vont vers le comte Guy ont la lance. Ces armes sont à cette époque très longues et fort minces et se composent de deux parties : le fust on la hanste, et le fer. Le pommier, le sapin et surtout le frêne ont servi à faire le fust des lances. Cette partie est polie, souvent ronde, quelquefois carrée. Dorée, ornée souvent de dessins géométriques, elle doit être résistante. On lit même dans les poètes qu'on avait l'habitude de placer une poignée en peau là où la main devait la saisir, mais la tapisserie ne l'indique pas. Notre artiste les a dessinées très fines et très minces.
La seconde partie de la lance consiste en un morceau de fer, dessiné en triangle, et terminé en pointe, il était presque toujours en acier, « à fer tranchant et lé ». Les arêtes étaient très fines et même quelquefois munies au sommet de crochets qui faisaient des blessures fort dangereuses. Les sources indiquent des fers de lance niellés. On peut voir que les lances étaient très longues. Le 7niles, qui est dans le palais du duc à Rouen, tient une lance dont l'extré-
mité touche le plafond de la salle. C'est une observation que Wace fait en parlant des lances des combattants normands.
Le bois de la lance devait être avant tout résistant, car le chevalier privé de sa lance devait combattre à l'épée, c'est-à-dire se rapprocher de son adversaire. Les poètes nous montrent que c'était néanmoins bien souvent le cas et qu'il fallait combattre alors avec des tronçons de lance. Ce n'était qu'à la dernière extrémité qu'on tirait l'épée.
Il était de règle de porter la lance de la main droite, mais dans les marches la lance est tenue très droite, l'extrémité inférieure reposant sur l'étrier. C'est ainsi que la portent les chevaliers dessinés sur la tapisserie. Au moment du combat la position changeait ; le chevalier tenait sa lance appuyée « sur la partie feutrée » de la selle. La lance sor le /autre, l'escu au pi^ jco/p2a«f disent les poètes. C'était la partie rembourrée de la selle, placée entre les deux arçons. On pouvait ainsi donner un coup plus violent; cependant la tapisserie nous montre que la lance est tenue d'une manière arbitraire par les chevaliers, suivant l'attaque de l'adversaire.
Les lances étaient fabriquées surtout dans le midi de la France à Valence, à Montpellier, à
Toulouse et à Vienne, à Saragosse en Espagne, à Benevent, en Italie. Celles des Turcs étaient très renommées '.
On voit que les Anglais se servent encore de javelot, c'est Vatgier de la chanson de Roland. Quelques saxons en tiennent jusqu'à quatre dans les mains, tandis que les Français ont la lance \
On attachait, à l'extrémité du fût de la lance, le ^o«/aHO«, petit drapeau qui indiquait par ses couleurs et ses ornements la vassalité ou le fief du chevalier. Ce gonfanon était maintenu par de petits anneaux ou attaché sur le bois de la lance à l'aide de trois ou quatre clous dorés. Usage d'une date récente. Nous savons, en effet, que dans les armées franques les bannières étaient usitées, mais la coutume de placer au haut de la lance le fanon du seigneur devait être inconnue. Les sources se taisent sur ce point important. Raoul Glaber remarque avec étonnement que Geoff"roy Martel, fils de Foulque Nerra, plaça vers io5o au haut de sa lance la bannière du saint. Cet exemple, à coup sûr
1. La représentation des lances sur les sceaux ne saurait donner aucune indication précise, car la forme est toujours la même.