‹ La tapisserie de BayeuxChapitre 5 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La Tapisserie et le Roman de Rou.

;EMANDONS-nous tout d'abord où l'artiste a ipuisé tous les renseignements qu'il nous donne sur la conquête. L'abbé de la Rue avait remarqué, non sans sagacité, que des détails fournis par la tapisserie de Bayeux avaient échappé aux historiens Normands et Anglo-Normands. Tous ceux qui ont lu avec soin ces chroniques ont pu voir les divergences qui existent entre les témoignages de ces historiens. Il faut arriver à Wace, l'auteur du Roman de Rou, pour trouver un poème capable d'inspirer à un artiste une œuvre aussi longue qui comprend, telle qu'elle est aujourd'hui, soixante-dix-neuf tableaux. Nous avons dans le Roman de Rou, à part l'expédition de Guillaume avec Harold en Bretagne,

tous les épisodes donnés par notre tapisserie. On trouvera plus bas un tableau des scènes représentées sur la tapisserie et décrites parWace. Il prouvera, d'une façon lumineuse, que le personnage, qui a indiqué au dessinateur les scènes à représenter connaissaitparfaitement ce poème, mais qu'il a ajouté ici et là certains détails qui n'étaient pas connus avant 1 170, qu'il en a même transformé d'autres, qui dénotent un temps déjà plus récent que celui où Wace publiait son ouvrage. C'est un point qui me paraît solidement établi.

Certes, on pourrait m'objecter que tous les renseignements nécessaires à l'artiste n'ont point été fournis par Wace. Cela est vrai. Mais alors, il aurait pu se faire que notre dessinateur se soit inspiré d'une épopée beaucoup plus ancienne que celle de Wace. Je réponds tout de suite non, car nous avons, heureusement pour cette étude, une série de chroniques qui s'échelonnent sur un espace de cent ans, qui copient des travaux antérieurs, en y ajoutant certains détails et nous pouvons voir alors ce que la tapisserie aurait été à cette époque. La chanson de geste disparue n'aurait reproduit que certaines scènes et en aurait passé d'autres sous silence. En veut-on un exemple? Prenons le récit d'Oderic Vital, si bien renseigné pour son

époque. Esprit curieux, interrogeant sans cesse les pèlerins, les voyageurs, il a fourni toujours des renseignements nouveaux. On croit que le livre III où se trouve le récit de la conquête a été écrit en 1 123. Harold est tout d'abord mandé par Edouard, il vient en Normandie. Il ne connaît ni l'arrêt de Harold à Bosham, ni le lieu où il a échoué sur la côte, ni sa captivité dans le comté de Ponthieu. Il sait seulement qu'Harold a prêté serment à Rouen, en présence des seigneurs de Normandie, qu'il a juré sur les saintes reliques. Vous voyez déjà combien de scènes sont retranchées de la tapisserie si le dessinateur suit cette source unique. Mais poursuivons notre enquête. Oderic Vital nous dit que Guillaume a fait la guerre contre Conan, duc des Bretons, avec Harold. Et il ajoute même que cet anglais était remarquable par ses belles manières, par la force du corps et la hardiesse du caractère, par l'éloquence, par la grâce de l'esprit et par d'autres bonnes qualités, mais qu'il était sans foi. C'est bien aussi ce caractère que le dessinateur a voulu donner au personnage; mais dans la chronique nous ne trouvons aucun détail sur l'expédition projetée. Retourné en Angleterre, Harold circonvient le roi Edouard, et lui fait croire que Guillaume lui ayant donné sa fille, lui a transmis aussi ses droits sur tout

le royaume d'Angleterre. Le roi Edouard croit ce mensonge, meurt, et est enseveli à Westminster, qu'il avait fait bâtir. Le jour même, Harold se fait consacrer par Stigand, archevêque, mais suspendu par le pape et n'ayant pas obtenu le consentement des grands du royaume il a ravi ainsi le diadème. Ne voit-on pas encore que certains tableaux seront retranchés, les derniers moments d'Edouard, la scène de la chambre à coucher, les préparatifs des funérailles? Ne voit-on pas aussi certaines contradictions avec la tapisserie : cette couronne, apportée par ces personnages qui ont l'air de rendre hommage au nouveau roi, Oderic Vital ne va-t-il pas jusqu'à nous dire que les Anglais ayant appris cette usurpation, entrèrent dans une grande colère! Il nous raconte même que Guillaume ayant réuni les grands de Normandie, les sentiments différèrent sur l'opportunité de cet expédition ! On n'en fait pas moins des préparatifs, on construit une flotte, on prépare des armes. Cette flotte fut réunie à l'embouchure de la Dive et dans les ports voisins, mais attendit un long mois un vent favorable, et fut portée, après cette longue attente, dans le port de Saint-Valéri. Là, les Normands firent des prières, on promena à travers ce port les saintes reliques. Le Seigneur leur procura bientôt un

vent favorable, et la flotte partit en toute hâte. C'était le jour de la fête de saint Michel archange, le 29 septembre. Elle aborda heureusement sur les rives anglaises, s'empara de Pevensey et de Hastings. On confia à des braves ces deux points importants.

Qui ne voit les changements qu'aurait subis sa tapisserie si l'artiste avait suivi cette version. Certes, nous aurions eu des scènes aussi intéressantes, l'anxiété des Normands , la longue procession des reliques de saint Valéri, l'angoisse des femmes, enfin, la joie des guerriers lorsque Dieu eut exaucé leurs prières, mais, en revanche, plus de navire abordant par hasard sur le sol normand et apprenant à Guillaume le forfait d'Harold; plus de ces scènes si curieuses comme celle de la confection de la flotte, racontée par Wace, comme aussi le chargement des vaisseaux, etc. Et, fait non moins curieux, ces scènes décrites aussi parWace ont été abandonnéespar le clerc qui a indiqué à l'artiste les représentations qu'il désirait. Que dire aussi delà description de la bataille. Harold apprend avec colère l'arrivée en Angleterre des Normands. Il marche contre Guillaume. Voyez les préparatifs du duc au moment de livrer la bataille. Il fait prendre les armes à tous les siens dès le samedi. Il entend la messe, suspend à son cou les saintes

reliques sur lesquelles Harold avait juré. Il a auprès de lui des prêtres, Odon de Bayeux, Geoffroy de Coutances. La bataille s'engage le lendemain. Il divise son armée. Il place au premier rang les archers, puis les hommes de pied munis de cuirasses, enfin les chevaliers. Au milieu était le duc avec son état-major, l'élite de ses milites. De l'autre côté les troupes anglaises s'étaient réunies à Senlac, et les chefs avaient décidé de combattre à pied. C'était Trustin, fils de Rollon, qui portait Tétendard. Les deux armées s'ébranlent, le combat devient acharné, les flèches pleuvent dru et envoient la mort aux Anglais. Mais ces derniers restent fermes, ne lâchent pas pied, si bien que les Normands reculent déjà saisis de crainte. C'est alors que le duc, voyant que l'ennemi a franchi les retranchements, s'élance au devant des fuyards, les ramène au combat, les menaçant et les frappant de sa lance. Il découvre sa tête et détache son casque. Reconnaissez-moi, je suis vivant. Le courage renaît, les Normands combattent avec ardeur, feignent une seconde fois de fuir, mais enveloppent les Anglais qui les avaient suivis et les tuent. On attaqua alors le camp ennemi. La bataille était gagnée. Le roi Harold fut tué et son frère, le comte Leofwin, succomba ensuite avec un grand nombre des

siens. Les Anglais déjà fuient et les Normands les poursuivent sans voir une tranchée, cachée par des herbes hautes, et s'y précipitent avec leurs armes et leurs chevaux. Quinze mille Normands trouvèrent la mort, car les Anglais s'étaient retournés et avaient tué sans pitié tous ces guerriers surpris. C'est à ce moment que le duc Guillaume arrêta le comte de Boulogne qui voulait fuir avec cinquante chevaliers. Celui-ci, frappé en cet instant d'un coup violent, fut emporté mourant par ses chevaliers. Mais la victoire était au duc Guillaume.

Que de tableaux émouvants, que d'événements qui auraient pu se prêter à un groupe scénique, mais que de divergences entre ce récit et la tapisserie ! Non, ce n'est pas ce récit que l'auteur a suivi pour représenter la conquête d'Angleterre. Les descriptions même de Henri de Huntingdon, de Guillaume de Malmesbury ne sauraient fournir un pareil canevas. Que de divergences, que d'omissions ne rencontrerions-nous pas, si nous analysions ces auteurs! Non, je le répète, les faits de la conquête tels qu'ils étaient racontés de 1128 à II 40 n'auraient pu donner la tapisserie de Bayeux. Il fallait encore une génération, il fallait la verve poétique d'un Wace pour fournir à l'artiste la matière plastique de son oeuvre.

C'est donc vers 1170-1175 que le thème littéraire est né et que notre dessinateur, à l'aide sans nul doute d'un personnage instruit, clerc ou laïque, a pu, sous sa dictée pour ainsi dire, dessiner les scènes principales de son œuvre.

Mais j'ai dit aussi que Wace tout seul ne saurait expliquer la tapisserie, qu'il a fallu que l'inspirateur ait lu d'autres ouvrages, témoin ces scènes de la guerre de Bretagne, dont je n'ai pu retrouver le récit détaillé. La description de cette chevauchée doit vraisemblablement provenir d'une ancienne geste perdue, le récit du passage de Couesnon, les prouesses de Harold, les sièges des villes, les clefs placées à la pointe des lances, tous ces détails me font croire à une autre épopée que le savant inspirateur aura réunie à celle de Wace. Un jour peut-être les érudits romanistes la découvriront. Ensuite Wace forme la base de son long récit et s'il change ou ajoute quelques scènes, c'est avec mesure. Benoit ne lui offrait pas la matière scénique aussi abondante que l'auteur du Roman du Rou.

Dans le tableau que je donne ci-après, j'ai pris donc pour base le poème de Wace. Lorsqu'il a emprunté aux historiens, ses prédécesseurs, des faits connus, je l'ai indiqué avec soin et j'ai souligné quelques détails qu'on ne trouve que

chez lui. Je crois qu'on pourra se rendre compte tout de suite de ce fait important que sans lui la tapisserie n'existerait pas sous cette forme. C'est ce que je voulais prouver ' :

Le Roman de Rou. La Tapisserie.

Observations.

E uns altres livres

[me dit (v. 3620)

Que li reis le roua

[aler

For le reaime asseu-

[rer

Al duc Guillaume,

[son cosin,

Héraut fist dous nés

[atorner (v. 5635)

A Bosahan entra en

[mer.

Ne peut en Normen- [die entrer (v. 5641) Très qu'en Pontif [l'estut sigler, Ne pout arrière re- [torner.

Edward Rex.

Ubi Haroldtis diix Angloriun et sut milites equitant ad Bosliam.

Ecclesia.

Hic Haroldus mare

[navigavit,

Et velis vento ple-

nis, venit in terra

W'idonis comitis.

Le roi ordonne à Harold d'annoncer à G. qu'il sera son héritier.

La scène est divisée en 3 parties, H.

va à la messe, puis dine, enfin prend la mer. Wace parle seul de cette localité avec Guill. de Mal.

On peut voir qu'il ne l'a pas copié, puisque ce dernier prétend qu'H. était parti pour se divertir.

I. Je suis l'édition Andresen, la seule qui soit scientifique.

lO

Gui garda Héraut Hicapprendit Wi-

[par grant cure do Haroldiim et

(v. 5673) diixit eum ad Bel-

E mult en crient rem, et ibi eum te-

[mesaventure nuit.

A Belraimle fist en-

[veier

Por faire del duc

[esloignier

Il est reconnu, nous dit Wace, par un pécheur, qui prévient le comte Gui, et le prie de l'accompagfter jusqu'au rivage:

Al conte de Pontif [Guion (v. 565o) Ala dierre privee- [ment — N'en volt faire al- [tre parlement — Qui li fera mult [guagnier Se il le velt acon- [paignier.

C'est ce que fit le comte et c'est la scène peinte par l'artiste. Sans 'Wace nous ne pourrions comprendre l'arrestation de H., car il parle seul de ce port et les auteurs ne sont pas d'accord sur le motif du voyage.

E Héraut a par un Ubi Haroldus et On voit sur la ta-

[privé {v . b66b) Wido parabolant. pisserie un person-

En Normandie al nage qui écoute et

[duc mande, qui va partir pour

Tôt issi com il a prévenir G.

[esre,

Que d'Engleterre a

[lui alout.

Mais a dreit port

[venir ne pout;

A lui dut aler en

[message,

Mais failli out al

[dreit passage

Li quens de Pontif

[l'aveit pris

E sainz forfait en

[prison mis,

Delivrast l'en, se il

[poeit

Et il fereit quant

[qu'il voldreit.

Le duc pensa, s'il le

[teneit, (v. 5679)

Qu'il en fereit bien

[son espleit.

Tant pramist al

[conte e offri,

Tant maneca e tant

[blandi

Hic venit tiuntius ad Willelmum ducem.

Ubi mintii Willelmi dticis vcneritnt ad Widonem.

L'artiste a renversé l'ordre des scènes.

Il faut tout d'abord placer le moment où G. reçoit l'envoyé d'H. et ensuite le départ des messagers auprès de Gui.

Benoit de St-More parle des messag-ers envoyés par G.

Chronique de Normandie (v. 36353), le duc s'irrite du refus de Guy et lui envoie des menaces terribles (v. 56563).

Que Gui Héraut al Hic Wido adduxit

[duc rendi (v. 5683) Haroldum ad Wil-

E de Héraut le duc gelmum Normanno-

[saisi mm ducem.

Benoit (v. 36572) nous dit aussi que ce fut Guy en personne qui rendit au duc Harold. « Li amena à Ou Tôt quite. »

Guill tint Héraut Hic dtix Wilgel- Wace n indique [maint jor (v. 5687) mus cum Haroldo pas, comme du reste Si com. il dut a venit ad palatium la légende de la ta- [grant enor, suum. pisserie, le lieu pré-

cis où G. conduisit son hôte.

Ubi iinus clericiis et Mlfgyva.

Je ne puis donner une explication de cette scène, énigme pour tous ceux qui ont écrit sur la tapisserie.

E en Bretaigne le [mena (v. 5692)

Ne sai de veir, treis [faiz ou quatre,

Quant as Bretons se

Hic Willelmus dux et exercitus ejtis venerunt ad montem Michaelis.

Hic transieriint

[dut combatre fliimen Cosnonis.

Hic Harold dux tra-

Iiebat eos de arena.

Rednes.

Et venerunt ad Dol et Conanfuga vertit.

Hic milites Wil-

Guillaume de Poitiers donne seul quelques renseignements sur cette expédition, mais combien son récit estil succinct ! On peut voir qu'il n'a pu fournir la matière plastique à toutes ces scènes. Alain et Conan s'élèvent contre le duc Guill. Celui-

Lefist aler mult no-

[blement(v. Sôgo).

Chevals et armes li

[dona

lelmi diicis pugnant contra Dinantcs.

Et Cttiian claves porrexit.

ci s'avance à la rencontre de ses ennemis, il est seul sans Harold. Conan s'enfuit avec promptitude et abandonne le siège de Dol.

Ruel gouverneur du château essaie d'arrêter Conan , mais celui-ci court encore. Guillaume retourne chez lui sans avoir pu vaincre son adversaire qui est plus tard empoisonné. On ne trouve aucun renseignement dans Robert de Torigny, dans la chronique de Bretagne.

Tant que Héraut li

[agrae (5694).

Qu'Engleterre li li-

[verra,

Des que li reis Ewart

[morra,

Eamoillier, s'il velt.

Hic Willelmiis dedit Haroldo arma.

Hic Willelmiis venit Bagias iibi Haroldtis sacramentiim [prendra fccit Willelmo diici.

Ele, une fille que [il a.

Co, se lui plaist.li [jurera.

Les auteurs latins parlent aussi des dons fait par G. à H.

Cette scène se trouve mentionnée chez tous les historiens, mais l'artiste a suivi Wace qui a seul désigné Bayeux comme lieu où Harold a prêté serment.

E Guillaume le gra-

[anta.

Por receiure cest

[seretnent,

Fist assenbler un

[parlement,

A Baieites, ço soient

[dire,

Fist assenbler un

[grant concire.

Toz les corsainz fist

[demander

E en un leu toz as-

[senbler.

On peut voir les doux autels sur lesquels sont placés les reliquaires.

Quant son eire out Hic Haroldus dux La scène reproduit [apareillie,(v.5739) reversus est ad An- fidèlement le texte Al duc Guill. a pris glicam terram. de Wace. On voit

[congie, que toutes ces scè-

Heraut passa deli- nés se suivent.

[vrement (5745).

En Engleterre e sal-

[vement.

Et venit ad Eadwardum regem.

Cette représentation ne se trouve dans aucune source écrite mais elle se conçoit facilement.

H rend tout de suite compte à E de sa mission, preuve de son ambassade auprès do Guillaume.

Ewart en enfermte Hic Edwardiis [geseit (v. SySS) rcx in Iccto alloqiti- Del mal donc il mo- turjidelcs.

[rir deveit,

Mult esteit de mort

[agehiz

E mult ja esteit afe-

[bliz.

Héraut assenbla ses

[parenz,

Amis manda ealtres

[genz,

Eti la chambre le rei

[entra,

Cels que lui plout od

[lui mena.

Uns Engleis a avant

[parle',

Si com Hérault out

[comande.

Donc s'est li reis el

[lit assis (58 17)

Vers les Engleis tor-

[na son vis

Notre artiste a suivi fidèlement le texte de Wace qui seul a dépeint ainsi les derniers moments du roi. Ces scènes sont d'une importance capitale car elles sont dues à l'imagination du poète.

Li reis morut Et Hic defunctiis J'ai redressé ici

(v. 585 1). est. l'erreur de notre ar-

tiste, qui a placé avant la mort de E, son enterrement.

Inutile de faire re- Li cors, qui mult fu Hic portatur cor- marquer avec quelle enorez,(v. 5853) pus Eadivardi re^is précision notre ar- A Westmostier fu ad ecclesiam sancti tiste suit le texte de [enterrez; Pétri Apostoli. Wace.

Mult fu riche la se-

[polture

Qui faite fu et en-

[cor(e)dure.

Des que II reis Evvart Hic dederunt Ha-

[fu morz, roldo coronam re-

Heraut, qui fu ma- gis. Hic residet Ha-

[nanz e forz, roldus rex Anglo-

riim, Stigant archiepiscopiis.

Se fist enoindre e

[coroner ;

Homagespristefeel-

[tez

Des plus riches et

[des ainznez.

Al terme que ço es- Isti mirant Stellam.

[tre dut, (v. 6341)

Une esteile grant a-

[parut,

Qui quatorze jors

[resplendi

Od treis Ions raiz

[vers miedi.

Tele esteile selt l'en

[veeir,

Quant novel rei

[deit règne aveir.

On dirait en lisant le vers « se fist enoindre et coroner »

que Wace n'a pas voulu mentionner l'archevêque Stigand, car Guillaume de Poitiers, Oderic Vital, Benoit l'indiquaient malgré l'affirmation contraire de tous les auteurs anglais. Le parti français avait une haine pour Stigand, ce qui a favorisé cette légende.

Notre artiste a placé ici l'apparition delà comète, racontée du reste par tous les auteurs latins. On voit que le traducteur a conservé le mot Stella tout en suivant le texte français.

Asse; vi homes qui

[la virent,

Qui ain^ e pois lon-

[gues vesquirent.

Comète la deit ape-

[1er

Qui des esteilesvelt

[parler

Haroldus.

Notre artiste a peint Harold qui cause à un personnage, à qui peut-être il fait part de ses craintes, car au bas nous voyons des navires réunis.

Eis vos al postis un

[sergant (v. 5871)

Qui d'Engleterre

[vint errant,

Al duc vint dreit

[sil salua,

A une part li con-

[seilla.

Que li Reis Ewart

[ert finez,

E Héraut ert a rei

[levez.

Hic navis anglica venit in terramWillelmi ducis..

Sans le texte de Wace on n'aurait pu comprendre qu'imparfaitement cette scène.

Guill. sout e entendi HicWillelmus aux J'ai transcrit tout

(v. 5977) jussit naves edifi- ce passage, car on

As noveles que il care. voit tout d'abord le

[oi, conseil assemblé; les

Que Hcraut rien ne

[li fereit,

Ne covenant ne li

[tendreit.

Conseil prist que

[mer passeroit

Et a Héraut se com-

[batreit,

Se Damledeu li con-

[senteit,

Del parjure se ven-

[gereit.

Por conseil prendre

[de ceste oure(6ooi)

Ainz qu'il a altre s'en

[descoure,

Manda Robert, le

[conte d'Où,

Qui marchist a cels

[de Uimou,

ERogierde Mongo-

[meri

Qu'il teneitmult por

[son ami

Le vesqueOdon man-

(da, son frère (6011),

E Robert, qui More-

[ton ère.

Robert frère le duc

[esteit,

Qui en grant chierte

[le teneit.

Hic traliunt nacs ad mare.

personnages, Robert Odon, sont assis à côté du duc G. Il arrive souvent que le textedelale'gendene donne pas l'explication fidèledesscènes.

Wace a consacré ensuite de nombreuses pages à nous raconter le discours du duc, des grands etc., qui ne pouvaient fournir aucune représentation.

Feures e charpen- [tiers manda.

(v. 6354) Isti portant ar- Donc veissiez a mas ad naves et hic [grant esforz trahunt carriim cum Par Normandie a vino et armis.

[toz les porz

Mairrien atraire e

[fust porter,

Chevilles faire eborz

[doler,

Nés e esqueis apa-

[reillier,

Veiles estendre, mas

[drecier.

Quant les nés furent

[atornees (v. 6373)

En Some furent as-

[senblees

Ea saint Valeri me-

[nees,

Mais ço oi dire à

[mon pere(v. 6445)

— Bien m'en sovient,

[mais vaslet ère —

Que set cenz nés,

[quatre meins, fu-

[rent,

Quant de Saint Va-

[leri s'esmurent,

Que nés que batels

[que esqueis

A porter armes e

[herneis

HicWillelmus dux in magno navigio mare transivit.

Et venit ad Pevenesa-.

On cite une nomenclature des navires où se trouve ce passage « Mathildis, postea regina, ejusdem ducis uxor, ad honorem ducis fecit effici navem, quce vocabatur Mora, in qtia duxvectttsest.In prora ejusdem navis fecit fier i eadem Mathildis infantulum de aura, dextro in-

Les deux scènes qui suivent le conseil sont la reproduction tout à fait fidèle de Wace qui a de'crit seul ce moment.

Notre artiste a dessiné le chargement des navires, scène tout à fait intéressante et amusante.

On voit que le dessinateur a voulu faire impression par le grand nombre de navires.

Robert de Torigni I, 72 (édit. Delisle), Pevenesel. Benoit aussi. Tous sont des auteurs du xn» siècle. Le dessinateur a entendu parler de cette légende mais a fait tout le contraire,

dice monstrantem

loste le rivage se Angliam,et sinistra

[tindrent (v. 663o) manu imprimeritem

Al demain vindrent cornu eburneum

[al chastel, ori. « Que l'en claime Pefnevesel.

Donc veissiez boens

[mariniers (v.65o4)

Boens servanz e

[boens esquiers

Saillir fors e nés

[deschargier,

Ancres jeter, cordes

[sachier,

Escuz e seles fors

[porter,

Destriers e pale-

\freii tirer.

Donc fist a toz dire

[et crier (v. 6617)

Et as mariniers co-

[mander,

Que les nés fussent

[depecies,

A terre traites e per-

[cies,

Hic exeunt ce balli de navibus.

il a mis à la poupe ce qui devait être à la proue. Andresen a prouvé que ce document est rempli d'erreurs. Nul n'indique le temps probable du manuscrit.

C'est la reproduction fidèle des vers de Wace.

On voit que le dessinateur nous montre quelques bateaux privés de leur mât, rames, etc., peut-être a-t-il voulu indiquer ici la pensée de G. et illustrer le texte de Wace.

Près de Hastingues Et hic milites fes-

[ariverent, (v.65oo) tinaverunt Hestin-

Ne pois pas tôt en- ga ut cibiim rape-

[semble escrire. rentur.

Notre artiste n'a pas commis d'erreur, il a intercalé à sa place en suivant Wace cette scène

Ne tôt ensemble ne

[pois dire,

Mais que que io

[auge disant.

Primes arrière e

[pois avant,

Veritez est qu'a l'a-

[river

Fist le dus 'sa gent

[tote armer

Le premier ior que

[il la vindrent....

placée beaucoup plus loin par le poète.

Li esquier e li for-

[rier (v. 663 1 sq.)

E cil qui voldrent

[gaagnier

Pristrent robe, pris-

[trent vitaille,

Ainz que celé des

[nés Ior faille.

Donc veissiez En-

[gleiz foir,

Bestes chacier, mai-

[sons guerpir ;

As cimetières tôt

[atraient

E encor la forment

[s'esmaient.

Hic est W'adard.

J'ai placé là les différentes scènes décrites suivant le texte unique de Wace, mais notre artiste a dessiné la construction du château après le dîner du duc. Dans Wace c'est le contraire, mais nous l'avons surpris commettant deux fois la même erreur.

Donc veissiez coi-

(sines faire, (v.

[655i sq.),

Feus alumer, viande

latraire.

Hic coquitur caro et hic ministraverunl ministri.

Donc s'assist le dus [almaingier ; Li baron e li chevalier benedicit A maingier orent a [plente :

Li dus en out assez [porte ; Assez maingierent [tuit e burent, Mult furent lie qu'a [terre furent.

Hicfeceruntpranditim et hic episcopus cibiim et potum

Par conseil firent Odo episcopus

[esgarder(v. CSSg, Willelm, Rotbert.

Boen lieu a fort Iste jussit ut fode-

[chastel fermer, retur castellum at

Hestengn ceastra.

Ainz que il fust bien

[avespre,(v.6347 sq.)

En ont un chastelet

[ferme ;

Environ firent un

[fosse

Si i ont fait grant

[fremete

L'artiste a donné le conseil assemblé.

Donc ont des nés

[mairrien iete,

(V. 6341, sq.)

A la terre l'ont

[traîne

Que li qiiens d'Où

[i out porté.

Nous voyons que le dessinateur a placé le comte Robert d'Eu debout, tenant à la main une lance munie de son gonfanon.

Trestot percie e tôt

fdole,

Les chevilles totes

[dolees

Orent en granz ba-

[riz portées.

Benoit a dédaigné tous ces détails si inte'ressants pour un artiste. Les chroniques latines, celles des Saxons n'en parlent pas.

En la terre aveit un

[baron, (v.

[6735, sq.)

Mais io ne sai dire

[son non,

Qui mult aveit le

[duc ame

Et se faiseit de lui

[prive.

Se il peust, ia ne

[volsist

Qu'a Guill. mesa-

[venist.

Cil li manda privee-

[ment

Que trop ert venu

[pourement ;

Le dus oï dire assez

[tost (v. 6777, sq.)

Que Héraut assen-

[blout grant ost ;

Donc a Héraut pris

[un mesage, (v.

6833, sq.)

Qui de France sout

[le langage,

Hic nitntiatum est Willelmo de Haro l do.

Ceux qui ont étudié la tapisserie croient que c'est la scène indiquée par Wace que le dessinateur a reproduite et Frank Rede, p. m, cite Freemann, Xorm. Conq., III, p. 143. Mais je ne saurais l'affirmer, II arrive souvent que Wace nous dise que G. est au courant de ce que fait Harold.

Il faut avoir lu Wace pour comprendre ici l'ultimatum de G. et ses préparatifs pour la bataille. On voit aussi que toutes les scènes se déroulent dans l'ordre du poète.

Al duc Guillaume [l'enveia,

Que samedi le re-

[querrai (v. 6859)

E samedi me com-

[batrai.

Hic domus incenditur.

Donc se seigna, le Hic milites exie-

[hauberc prist, nuit de Hestenga et

(v. 7533, sq.) venerunt ad prœ-

Baissa son chief, de- Hum contra Harol-

[denz le mist, dum regem.

Laça son helme e

[ceinst s'espée,

Que un vasiet out

[aportée.

Son boen cheval Jist

[demander.

Ne poeit l'en meillor

(trovei-

Scène ajoutée par le dessinateur pour montrer sans nul doute que la guerre est commencée et que les Normands incendient les maisons. Cf. les explications nombreuses et subtiles données par Planché, par Freemann et F.

Rede, p. ii3.

Toutes ces scènes sont reproduites par notre artiste. On peut se rendre compte que souvent le titre latin n'indique pas exactement la représentation.

Gautier Giffart Tout [amené (v. 7563).

Son gonfanon fist

[traire avant

Que le pape lui en-

[veia,

Li dus le prist, sus

[le dreça,

Arme furent tuit li

[baron, (v.768g,sq.)

Li chevalier e li

[gueldon.

La gent a pie fa bien

[armée,

Cliascun porta arc

[e espee ;

Sor lor testes de fer

[chapels,

A lor piez liez lor

[panels.

Xormant firent treis

[compaignies,

(v. Son)

Por assaillir en treis

[parties;

En treis compagnes

[se partirent

E treis compaignes

[d'armes firent.

Hic Willelm dux interrogat Vital si vidisset exercitum Haroldi.

Iste niintiat Haroldiim regem de exercitu Willelmi diicis.

Ces scènes ne se trouvent pas décrites par Wace, mais on voit que le duc G..

comme aussi Harold est informé de la marche des ennemis. Aucune source historique ne mentionne ce nom.

Devant le ior de la Hic Willelm dux Wace fait parler

[bataille (v. yiSy) alloquitur suismili- le duc la veille de la

Qu'ele deveit estre tibtis iitprepararent bataille à ses soldats.

[sainz faille, se virililer sapien-

Parla li dus a son ter ad prœliiun con-

[barnage, tra Anglortim exer-

Alques Ior dist de cittim.

[son corage.

Chascun (des An-

[glais) out son hau-

berc vestu.(v. 7005)

Espée ceinte, al col

[l'escu.

Granz haches tin-

[drent en los cols,

Donc il quident fe-

[rir granz cols ;

A pie furent serree-

[ment ...

Le dessinateur aurait emprunte' la scène à Gaimar

Le dessinateur pour montrer la longue armée des Normands, son intrépidité au combat, l'ordre de bataille, a dû consacrer à cet objet les tableaux de LX à LXV et placer l'armée au moment où elle rencontre les Anglais qui combattaient à pied. Les archéologues français ont voulu re-

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