‹ La tapisserie de BayeuxChapitre 6 sur 33 · V. ii5o), attestée · texte numérisé non relu

V. ii5o), attestée

aussi par Henri de

Huntingdon{v.i 140-

[1134), et Wace,

Un des Franceis

[donc se hasta,

Devant les altres

[chevalcha,

Taillefer ert cil ape-

[lez

Joglere estoit hardi

[assez ;

Armes avoit e bon

[cheval

S'ert hardiz e no-

[ble vassal.

Devant les altres il

[se mist,

Devant Engleis mer-

[veilles fist,

Sa lance prist par le

[tuet

Com si ço fust un

[bastonet,

Encontre moût hait

[la jeta,

Eparleferreceuel'a

Traiz fez issi gcta

[sa lance.

connaître (mais je ne saurais être aussi affirmatif qu'eux) dans le premier cavalier de l'armée de G. le jongleur Taillefer, car au-dessus de sa tête on peut voir mal dessinés un tronçon d'épée et deux lances dont les fers sont dirigés l'un du côté des N. et l'autre du côté des A. J'ai dit que je n'étais pas sûr de cette interprétation, car Taillefer tiendrait une lance munie d'un gonfanon.

Benoit, (v. 37394, Hic est dux Wil- Le dessinateur a

[sq.). lelmiis. peint cette scène.

Son chef desarme Guillaume de Poi-

[en la bataille tiers avait dit que

Edel heaume e de la

[ventaille;

En si perillos leu

[mortal,

Ou fenissent tant

[bon vassal,

Mostrer se vout

[apertement

Que bien sachent

[certainement

Qu'il est toz seins e

[toz seurs,

Qu'a lui tornera li

[bons eurs.

devant l'effroi des Normands le duc s'était montre'. Mais on peut se rendre compte, par la scène qui suit, que c'est bien Benoît que l'artiste a en vue.

Benoit (v. 37414, [sq.) Dune vint poignant [quens Eustace, Que le duc effreie e [manace.

(Les historiens de la deuxième moitié du xii» siècle prétendent que le comte Eustache de Bologne contribua fortement au succès de la journée. La tapisserie a voulu rappeler ce fait.)

A côté du duc, on voit un chevalier qui tient à la main un gonfanon et de l'autre montre le duc Guillaume. 11 n'a pas comme le duc une massue; on lit au dessus l'inscription en partie détruite mais découverte par M. Stothard {Archeologia, XIX, p. 184) Eustatius. Ce serait le comte de Boulogne, très puissant seigneur, mais non plus ce vassal qui cherche à fuir. Le

dessinateur l'a repre'sente' combattant bravement à côté du duc. preuve de la date relativement récente delà broderie.

M. Planché a reconnu même le blason de cette maison Tourteaux. On peut aussi l'affirmer (JoKr nal Brit. Archatol Assoc, XXIIl, p I s3). Nous aurions là l'attestation év dente de l'âge de la tapisserie et, qui plus est, la preuve de la naissance, vers le dernier tiers du xii»

siècle, des armoiries.

Normant archiers,

'^qui ars teneient,

[(v.8i63, sq.).

As Engleis mult es-

[pes traeient.

Mais de lor escuz

[se covreient.

Que en char ferir

[nés poeient,

Ne por viser ne por

[bien traire

Ne lor poeient nul

[mal faire,

On voit que les archers représentés au bas de la tapisserie envoient des flèches sans but et que le dessinateur a voulu illustrer le passage de Wace.

Conseil pristrent

[qu'en haut trai-

reient ;

Quand les saetes

[descendreient,

Desus les testes lor

[charreient

Et es viaires les fer-

[reient.

Cest conseil ont li

larchicr fait :

Guert vit Engleis Hic cecideriint Wace parle lon-

[amenusier(v. 8843, Lewine et Gyrdfra- guement de la mêlée

sq.) très Haroldi régis, mais il est incertain

Vit qu'il n'i out nul sur la mort de Gyrd.

[recovrier Oderic Vital croit à

Vit son lignage de- la mort de l'un d'eux,

[chaeir ; mais Guillaume de

De sei garir n'out Poitiers, Robert de

[nul espeir : Thorigny, la chro-

Fuir s'en volt, mais nique Saxonne, Be-

[nepoeit, noit, etc., les font

Kar la presse toz mourir à Hastings.

[tens creisseit.

Atant poinst li dus

[si l'ateinst.

Par grant air avant

[l'empeinst ;

Ne sai se de cel colp

[morut.

Mais ço fu dit que

[pose iut.

Benoit :

Que Héraut ert mort

[a devise

E le plus de sa gent

[occise

E sis frère e barons

[plusors (v. 37528,

sq.)

En la cliampaigne Hic ceciderunt si- [out un fosse', V.8 1 1 o. mitl Angli et Franci Normans l'aveient in prœlio.

[adossé;

En belivant l'orent

[passe.

Ne l'aveient mie es-

[garde

Engleis ont tant

[Normanz haste

Et tant empeint e

[tant bote,

Elfosse les ont fait

[ruer,

Cheval s et homes

[iambeter.

Mult veissie; homes

[titmber,

Les uns sor les al-

[tres verser

Et trebuchier et a-

[denter

Ne s'en poeient re-

[lever.

Le dessinateur a rendu cette scène presque mot à mot.

On ne peut pas dire qu'à partir de la bataille il y ait un ordre aussi rigoureux.

L'artiste a choisi les scènes qu'il voulait repre'senter les unes avant les autres.

Un haubergol avi

Hic Odo Episco- L'artiste a suivi

[vestu (Odon) pus baculum tenais cette scène qui n'est

(v. 8142, sq.). confortât piteros. décrite que dans

Desore une chemise Wace. On peut voir

[blanche, les Normands qui

Le fu le cors, lee la se retournent. Ils

[manche; avaient été épou-

Sor un cheval tôt vantés par le fossé.

[blanc seeit,

Tote la gent le co-

[noisseit,

Un baston teneit en

[son poi(n)g ;

La ou veeit le grand

[besoi(n)g,

Faiseit les chevaliers

[torner

E la les faiseit ares-

[ter.

Hic Franci pu- Wace, qui décrit la gnant et ceciderunt bataille très longuequi erant cutn Ha- ment, a pu fournir roldo. au dessinateur quel-

ques scènes. Voyez celui qui abat d'un coup de hache le chevalier et peutêtre même le cheval, etc., mais ici l'imagination de l'artiste pouvait se donner libre cours.

Hérault a restandard Hic Harold Rex Le dessinateur a fi- [esteit, (v. 883i-2) inter/ectus. guré ensemble deux

A son poeir se def-

[fendeit.

Issi avint qu'une

saete, (v. 8i85, sq.)

Qui devers le ciel ert

[chaete,

Feri Héraut desus

[l'oil dreit,

Que l'un des oilz li a

[toleit.

E Héraut l'a par air

[traite,

Getee l'a, mais ainz

[l'out fraite.

moments de la bataille, il a peint tout d'abord Harold près de l'étendard au moment où il reçoit une flèche dans l'œil droit, qu'il retire aussitôt, puis, au moment où un chevalier lui coupe la cuisse, Benoit raconte d'une autre manière cette mort- (V. 37+45).

\'int un arme par la

bataille, (v. 883 7.

sq.)

Héraut feri sor la

[vcntaille,

A terre le fist trebu-

[chier.

A ço qu'il se volt

[redrecier,

Un chevalier le ra-

[bati

Qui en la coisse le

[feri,

En la coisse parmi

[le gros,

La plaie fu de si en

[l'os.

L'estendart ont a

[terre mis (v.

On voit le dragon qui est à terre.

E le rei Héraut ont

[ocis

Idonc ont bien

[parceu (v. 886g.

[sq.l

E li alquant reconeu

Que lor estandartne

[parut;

E la novele vint (

[crut

Que mort esteit He

[raut por veir

Ne quident mais se

[cors aveir.

De la bataille se par-

[tirent

Cil qui porent fuir

(fuirent.

Etfuga verleriint Angli.

Après avoir montré la concordance presque complète du récit de Wace et de la tapisserie de Bayeux, je crois inutile d'insister sur les quelques fables d'Ésope représentées par notre artiste ; mais je ne pense pas qu'il les aurait dessinées ainsi dès 1070, car si on les étudie avec soin, on peut voir que la perspective n'y fait nullement défaut, et que, si le dessin laisse à désirer, ces croquis n'en sont pas moins rendus avec une très grande fidélité. Faut-il invoquer aussi tous ces animaux qui décorent les

bords de la tapisserie et insister tout particulièrement sur ces léopards, sur ces chameaux, sur ces tigres, sur ces cigognes, flamants, etc.? Quand on analyse toutes ces varie'tés animales, on se rend compte qu'il était nécessaire que Philippe de Thaon, prêtre anglo-normand, eût publié son bestiaire. Je ferai surtout remarquer que les figures ne sont pas dessinées à plat, comme c'est le cas pour les animaux du xi^ siècle, mais que l'artiste nous les donne vivants et animés. Et si ces détails, malgré leur importance, ne peuvent amener une pleine conviction, ils rendent tout au moins hésitant, éveillent le doute; s'ils ne servent pas à déterminer la date de ce travail, ils fournissent néanmoins un complément de preuves pour le bien fondé de ma critique.

Je dois encore dire deux mots au sujet de la date du Roman de Rou. E. Du Méril et Andresen, et en particulier ce dernier, qui a étudié pendant de longues années le Roman de Rou, publié par lui, pensent que Wace a écrit cette œuvre bien avant 1170-1175. Ils ne croient pas que ce septuagénaire ait pu nous donner un poème aussi vivant et aussi long. M. G. Paris combat la théorie de M. Andresen, et les renseignements fournis par M. G. Paris sont d'un si grand poids que je ne saurais me prononcer

pour la négative. Le poème de Wace a donc été composé vers 1170 et la tapisserie a vu le jour quelques années après.

Je conclus donc que le Roman de Rou a servi de base à la tapisserie, que l'artiste a ajouté quelques détails fournis par d'autres auteurs contemporains du chanoine de Bayeux, Il me reste à prouver que toutes les scènes qu'il a reproduites sont la description exacte de la vie qu'il avait sous les yeux. Ce sera le sujet du chapitre suivant.

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