CHAPITRE II
tissus de pourpre, qu’aucun dieu, du haut du ciel, jette sur. moi un regard d’envie. Ce serait une honte de fouler aux pieds, de souiller, des trésors, des tissus achetés a grands frais. »
Les industries d’art, et avec elles la tapisserie, suivirent la marche ascendante de l’architecture, de la statuaire, de la peinture;- elles n’arrivérent pas seulement a leur plus haute perfection, mais encore A leur plus grand développement pendant cet age d’or qui succéda aux guerres médiques, pendant ce siécle glorieux entre tous, auquel Périclésa donné son nom. Dans cette civilisation si admirablement pondérée, on demande a la tapisserie de donner tout ce dont elle était capable comme art décoratif; elle intervient partout : dans le temple, sur le thédtre, dans les palais; sous ce ciel radieux,.au milieu des triomphes de la polychromie, elle se distingue tour 4 tour par les scintillements de ses fils d’or et par le doux éclat de la laine mélée au lin.
A partir d’un.certain moment on voit la fabrication, la translation, la consécration des tapisseries donner lieu a des rites mystérieux. A Athénes, tous les quatre ans on renouvelait et on portait en procession, a la féte des Panathénées, le péplos d’Athéné, brodé par les mains virginales des Erréphores: c’était ume grande piéce de laine carrée 4 fond de safran, sur laquelle étaient figurés en couleur les travaux de la déesse 1.
Lors de Pédification du Parthénon, date mémorable entre toutes dans les fastes de l’art grec, Phidias eut re-
1. De Ronchaud, le Péplos d’Athéné Parthénos, p. 8, 39. : i 3
. cours a la tapisserie pour compleéter la décoration du monument dont il était le grand ordonnateur. Plutarque nous apprend que des tapissiers figuraient dans l’armée d’artistes travaillant sous ses ordres, et M. de Ronchaud est disposé a croire que le maitre ‘a aussi donné les sujets et les dessins des tentures destinées 4 rehausser Téclat de cette ceuvre splendide’.
Dans le travail auquel nous avons déja fait plusieurs emprunts, M. de Ronchaud a montré, au moyen de textes aussi nombreux que deécisifs, quel rdle considérable la tapisserie jouait dans la décoration du plus pur chef-d’ceuvre de VParchitecture grecque. « Il faut se rappeler d’abord, dit-il, que le Parthénon était un temple peint. A l’extérieur, les murs de la cella, les colonnes des portiques et du péristyle, les corniches, les frises, les frontons avec leurs statues, tout cela était revétu de couleurs qui donnaient au marbre un aspect vivant. Ainsi décoré et tourné vers l’Orient, comme la’ plupart des temples grecs, le temple d’Athéné ressemblait 4 une immense fleur épanouie aux rayons du matin. Le méme systéme régnait 4 lintérieur. Murs, colonnes, tout était revétu de ces tons éclatants et doux dont le soleil d’Orient a donné le secret a ses artistes. Au milieu du sanctuaire s’élevait la resplendissante idole d’or et d’ivoire, chef-d’ceuvre du génie de Phidias. Les tapisseries devaient tormer le complément naturel de la décoration qui environnait la statue et répondre a Péclat de Ja statue elle-méme. » a
Entre les colonnes du naos flottaient, selon Phypo-