‹ La tapisserieChapitre 106 sur 182 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chaletir du coloris, ’entente du groupement; la mélancolie, la morbidesse, qualités qui font parfois penser a Quentin Metsyst, y alternent avec une vivacité’ toute francaise, comme dans cette délicieuse tenture de la cathédrale de Reims, si pleine d’imprévu, qui retrace en dix-sept piéces la vie de la Vierge et fait défiler sous nos yeux les femmes les plus gracieuses et les plus spirituelles. Aux Crucifixions, aux Descentes de Croix, aux Mises au Tombeau, #un pathétique puissant, comme

les tableaux de Roger van der Weyden, succédent les ingénieuses et pittoresques allégories des Triomphes de Pétrarque, des Combats des Vertus et des Vices. Puis viennent, toujours tissés avec la méme perfection, des tentures religieuses, quant au sujet, mais déja bien profanes quant au sentiment qui les inspire : saint Jean entouré des plus jolies femmes de Bruxelles ou de Bruges, qu’il endoctrine, Salomé recevant avec délicatesse la téte du martyr... Cinquante, soixante, quatre-vingts et jusqu’a cent figures se meuvent, dit Charles Blanc, 4 propos des tapisseries de la collection du duc d’Albe,

dans ces suites touffues, ot, jusque dans la scéne du.

Jugement dernier, des dames élégantes ont mis leurs plus jolies robes, leurs bijoux et leurs plus beaux atours, sans doute pour séduire le souverain juge ou ses jeunes séraphins?.

1. On attribue a ce maitre le dessin des tapisseries de la cathédrale d’Aix. Le carton de la Femme adultére (collection de M. Chabriéres) est trés certainement de lui.

2.M. A. Michiels fait honneur a Jean de Maubeuge de celles de ces tentures qui ont passé par la collection d’Albe, la Création du monde, !e Combat des vertus et des vices, les Scénes de Evangile, le Jugement dernier. Il ajoute qu’elles ont été exécutées

L’élément iconographique, auquel les peintres de cartons bruxellois ont plus d’une fois recouru, ne pouvait que préter un attrait de plus a ces suites encore de moitié gothiques. Une des tentures les plus curieuses de ce genre est l’Histoire de la statue miraculeuse de N.-D. de Sablon, commandée en 1518 par Francois de Taxis, maitre des postes de Empire, exposée aujourd’hui dans la salle d’armes de M. Spitzer’: la netteté de la caractéristique, l’exubérance de la vie, y rivalisent avec la richesse des costumes, la variété des ornements, la vivacité du coloris. Rien de plus vivant que les héros de cette pieuse légende, dont la plupart sont des portraits d’une irréprochable exactitude : l’empereur Maximilien, Charles-Quint, Francois de Taxis; rien de plus éclatant et de plus harmonieux que sa gamme, dans laquelle dominent des rouges mélés d'or, des bleus dégradés jusqt’au blanc, des verts coupés de lumiéres jaunatres. On oublie la prolixité du récit pour subir le charme de ces figures si vraies et si naturelles, introduites sans effort dans une composition inspirée de la légende bien plus que de Vhistoire.

Dés lors, cependant, Bruxelles avait recu la commande de la suite célebre qui suffirait a immortaliser ses ateliers et qui exerca une si grande influence sur le développement de la tapisserie; cette suite fut commandée vers 1515 par le Mécéne délicat et magnifique qui a donné son nom au xvr* siécle : nous avons nommé Léon X

avant 1508 et qu’elles ont pendant longtemps orné le chateau de Duerstede, propriété de Philippe de Bourgogne, batard de Philippe le Bon et évéque d’Utrecht (le Constitutionnel, 4 avril 1877).

1. Gazette des Beaux-Arts, 2° période, t. XXIII, p. 389 et suiv.

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et les Actes des Apétres. I] résulte de mes recherches * que le tapissier auquel le pape confia ce travail mémorable s’appelait Pierre Van Aelst. Le choix d’un artiste si peu connu surprendra de prime abord; mais, si l'on groupe des renseignements jusqu’ici épars, on acquiert la certitude que maitre, ou plutét messire Pierre Van. Aelst fut incontestablement, pendant plus de trente ans, le prince des tapissiers flamands. Dés 1504, il porte le titre si envié de valet de chambre et de tapissier de l’archiduc Philippe le Beau, fonctions qwil conserva sous son fils, Pempereur Charles-Quint. Léon X, ason tour, le nomma tapissier pontifical, poste dans lequel Clément VII le confirma.

Les cartons confiés 4 Van Aelst étaient au nombre de dix :la Péche miraculeuse, la Vocation de saint Pierre, la Guérison du Paralytique, la Mort d’Ananie, la Lapidation de saint Etienne, la Conversion de saint Paul, Elymas frappé de cécité, le Sacrifice de Lystra, saint Paul en prison ou le Tremblement de terre, saint Paul a lAréopage ; ils mesuraient, avec les bordures, environ 4™,80 de haut sur 42 métres de long.

Le tissage des Actes des Apdtres ne semble pas avoir exigé plus de trois 4 quatre ans; commencé vers 1515, il était terminé a la fin de Vannée 1519. Ce délai excessivement court prouve qu’au xvi° siécle les ateliers bruxellois étaient mieux organisés que les Gobelins au xvi’; en effet, pour exécuter la superbe tenture connue sous le nom d’Histoire du Roi, dont les dimensions ne différent pas sensiblement de celles des Actes des

1. Voy. mes TYapisseries italiennes, p. 19-30, 87-88, et mon Raphaél, sa vie, son ceuvre et son temps, p. 4.75 et suivantes.

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