CHAPITRE II
cieux; un vestibule de quatre stades de tour précédait ce monument merveilleux, qui, comme le tabernacle de Moise, devait sa principale décoration a l’art textilet.
Les funérailles célébrées par Alexandre en l’honneur de son ami Héphestion éclipsérent encore les pompes de son mariage avec la fille de Darius. La base du bicher mesurait quatre stades (plus de 700 métres} de’ tour et contenait trente chambres. L’étage inférieur, le premier au-dessus des fondations, était chargé de proues de quinquirémes dorées, au nombre de deux cent quarante, garnies de leurs épotides, sur lesquelles étaient placés deux archers 4 genoux, de quatre coudées: de haut, et d’autres hommes armés, ayant cing coudées. Les intervalles entre chacun de ces groupes étaient remplis par des draperies teintes en pourpre?. Les autres étages n’étaient pas moins magnifiquement ornés. La dépense totale s’éleva ala bagatelle de 12,000 talents une soixantaine de millions de francs.
Les successeurs d’Alexandre renchérirent, si possible, sur une magnificence qui tenait déja plus de l’Asie que de la Gréce.
La cour des Lagides devint le principal centre de Vindustrie textile régénérée; bientot Alexandrie n’eut plus rien a envier a Babylone. Le luxe déployé des le régne de Ptolémée Philadelphe (285-247) était bien fait pour imprimer un nouvel essor a toutes les branches de la tapisserie : dans sa salle 4 manger, brillaient, a cété de cent statues, chefs-d’ceuvre des plus célébres
1. Athénée, liv. XII, ch. xiv. Cf. Semper, t. I*, p. 310, 341. » 2. Diodore, liv. XVII, ch. 115.
artistes, et de tableaux précieux de |’Ecole de Sicyone, de superbes tentures contenant des portraits de souverains ou des sujets empruntés a la fable. Devant les lits s’étendaient des tapis a longs poils, en laine fine, teints en pourpre; ils alternaient avec des tapis ras, provenant de la Perse, et ornés de figures d’animaux ou d’autres représentations ‘+. On admirait en outre dans la tente de Ptolémée des tentures écarlates. rayées de blanc, et des tentures puniques 2.
Un des successeurs de Ptolémée Philadelphe, Ptolémée Philopator (222-205), poussa le luxe jusqu’a recouvrir ses vaisseaux de tentures de pourpre; la voile de lin attachée au grand mat, haut de soixante-dix coudées, était elleeméme ornée d’une bordure de cette couleur’.
Les auteurs de l’antiquité ne sont pas d’accord sur la nature des tissus qui prirent naissance grace aux encouragements de la dynastie des Lagides. Pline, nous Vavons vu, attribue a Alexandrie Vinvention du tissage a plusieurs lisses. Martial oppose le peigne du Nil a Paiguille. de Babylone :
Victa est Pectine Niliaco jam Babylonis acus*.
Lucain, par contre, nous montre laiguille et le peigne concourant a l’exécution du voile de Sidon qui couvrait le sein de Cléopatre §. Bornons-nous, devant
1. Athénée, liv. V, ch. xxvi, t. II, p. 258, 2509, éd. Schweighauser. | . Ibid., liv. V, ch. xxv.
3; [bid., liv. V, ch. xxxix.