‹ La tapisserieChapitre 20 sur 182 · CHAPITRE III, e · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, e

du coloris et par la petitesse des figures. A l'un des angles, on voit Hémus et son épouse Rhodope de Thrace, aujourd’hui montagnes chargées de {rimas, autrefois mortels glorieux, qui usurpérent les noms des plus puissantes divinités; dans un autre, c’est la destinée déplorable de la mére des Pygrmées. Junon, qu'elle avait provoquée, la vainquit, la changea en grue et la condamna a faire la guerre A ses sujets. Plus loin, c’est Antigone, qui, jadis, osa se mesurer avec Vépouse du grand Jupiter; la reine des dieux la métamorphosa en oiseau. Ni la gloire d’[lion, sa patrie, ni celle de Laomédon, son pére, ne purent la sauver; sous le plumage d’une cigogne au long bec des cris bruyants applaudissent encore A sa beauté. Le dernier angle montre Cinyre privé de sa famille et embrassant les ‘ degrés du temple formé des membres de ses fils; couché sur le marbre, des larmes semblent couler de ses yeux. Les branches de lolivier pacifique bordent ce tableau. Tel est le dessin; la déesse le termine par Varbre qui lui est consacré. |

« La jeune Méonienne peint Europe abusée par Vimage d'un taureau; l’ceil croit voir un taureau vivant, une mer véritable. La fille d’Agénor semble tourner ses regards vers la terre qu’elle vient de quitter; elle semble appeler ses compagnes, craindre |’atteinte des flots qui bondissent vers elle, et replier timidement la plante deses pieds. Elle peint Astérie se débattant dans les serres d’un aigle, Léda reposant sous les ailes d’un cygne, Jupiter qui se cache, sous la forme d’un satyre, pour rendre mére de deux enfants la belle Antiope, ou sous les traits d’Amphitryon pour-te séduire, 6' Alc-

mene! .qui.se change en pluie d’or pour tromper ‘Danaé; puis devient flamme avec la fille d’Asopus, berger avec Mnémosine, serpent, aux changeantes couleurs, avec la fille de Cérés. Et toi, Neptune, sous les traits d’un taureau menacantt, elle te courbe aux pieds de la fille d’Eole; tu empruntes la figure de l’Enipée pour donner le jour aux Aloides; faux bélier, tu charmes Bisaltis ; Cérés, aux-blonds cheveux, douce mére des moissons, t’aime sous la forme d’un coursier; sous celle d@un-oiseau, tu triomphes de la mére du coursier ailé, de.Méduse, dont le. front est hérissé de vipéres, et de Mélanthe, sous celle d’un dauphin. Elle dorine aux personnages, elle donne aux lieux les traits qui leur appartiennent. On voit Apollon prendre habit grossier dun patre, ou le plumage d’un vautour, ou la criniére ‘@un lion aux larges flancs, ou devenir berger pour séduiré Issé, la fille de Macarée. Bacchus abuse Erigone, sous la forme mensongére d’un raisin, et Saturne, trans- | formé en cheval, fait naitre le centaure Chiron. Autour de la toile serpentent, comme une bordure déliée, des rameaux de lierre entrelacés de fleurs. -

« Ni Pallas ni l’Envie ne pourraient rien reprendre dans cet ouvrage. La déesse a la chevelure d’or, irritée du succés de sa rivale, -déchire la toile ou sont représentées les faiblesses des dieux; elle tient encore a la main la navette de -buis de Cyrotus; trois ou quatre fois elle en frappe la toile de la fille d’Idmon?... »

1. Métamorphoses, liv. VI: M. Stephani, dans les Comptes rendus de la Commission impériale archéologique, 1878-1879, p. 68, 69, 106, a établi un rapprochement ingénieux entre la description d@’Ovide et les sculptures du fronton oriental du Parthénon. — Dans

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