CHAPITRE IIL
I] résulte de cette description si précise et si poétique que les Romains considéraient la tapisserie comme une des formes de la peinture et y représentaient les sujets les plus variés avec une liberté qui n’avait rien a envier a la fresque. Seules, ou nous nous trompons fort, de certaines préoccupations de symétrie se faisaient jour dans l’encadrement de la tenture et en accentuaient le -caractére décoratif. Minerve trace, aux quatre angles de la composition, des scémes remarquables par la petitesse des figures et la vivacité du colorist. Arachné, de son cété, donne pour bordure a la sienne des rameaux de lierre entrelacés de fleurs. Nous voyons paraitre la pour la premiere fois, si nous ne nous faisons illusion, ces guirlandes qui, au xv° siecle, forment l’encadrement obligé de toute tenture historiée.
Dans un poéme antérieur aux Métamorphoses?, Ca-
tulle demande, comme Ovide, a la tapisserie de repré- -senter les scénes les plus variées de la fable. Décrivant les noces de Pélée et de Thétis, il nous montre la couche nuptiale de la déesse, appuyée sur des pieds d'ivoire et recouverte par de brillantes draperies de pourpre : « Leur tissu, tout chargé d’antiques images, merveilles de l’art, offre aux yeux les exploits du héros. Du rivage retentissant de Naxos, Ariane contemple au loin Thésée
le récit des aventures de Philoméle, Ovide nous montre son héroine mélant les filsde pourpre aux fils-blancs pour retracer sur la toile le crime de Térée (AZétamorphoses, méme livre, v. 576 et suiv.) 1. Motif qui se rencontrera seize siecles et demi plus tard dans la bordure inférieure de la piece représentant le siege de Douai (Histoire du roi Louis XIV).