Fl. Vopiscus, Vie de Carin
débrouillant avec ordre l’antique chaos, et placant la semence des étres aux lieux qui doivent la féconder. © Les choses légéres s’élévent dans les airs, les plus pe- . santes s’abaissent au centre del’espace; |’éther resplendit de lumiére, le ciel tourne avec les astres, la mer se couvre de vagues, la terre flotte suspendue. Mille couleurs varient ce tableau. L’or préte ses feux aux étoiles, Vazur couvre les eaux, la perle éléve les rivages et Vart accumule ses fils trompeurs qui se gonflent comme les flots. On croit voir l’algue se briser sur les rochers, et l’on entend le sourd murmure des eaux qui serpentent sur le sable qu’elles désalterent. L’aiguille décrit cinq zones. Un fil de pourpre marque celle du centre, qu’assiége la chaleur. La trame s’est desséchée sous les feux d’un soleil toujours brilant. Des deux cétés, s’offrent deux zones hospitaliéres ou la vie se développe sous un climat tempéré; les extrémités sont engourdies par le froid; hérissées de glaces indestructibles, elles attristent la toile de leur éternelle froideur. La jeune vierge peint encore les demeures consacrées a Pluton, et le séjour des manes ow le sort lui destine un tréne. Tout a coup, funeste présage! un secret pressentiment fait jaillir les larmes de ses yeux. Déja elle commengait a tracer sur les bords de la toile les replis de POcéan et ses lacs transparents; mais les gonds de la porte qui s’ébranle lui annoncent la venue des déesses; elle laisse son ouvrage inachevé?, »
On le voit, ce n’est plus la noblesse de l’invention
t. De Raptu Proserpine, liv. I*, v. 244 et suiv.
CHAP EERE SLi. 53
que célébre le champion du paganisme expirant, c’est uniquement la fidélité dans la reproduction d'un paysage
(D'aprés la restitution de Semper. )
gigantesque, ces étoiles scintillantes, ces algues qui se brisent contre les rochers, ces vagues qui se gonflent :
Filaque,mentitos jamjam celantia fluctus, Arte tument.
Le procédé aussi n’est plus le méme: laiguille a remplacé la navette; la broderie a détréné la tapisserie.
Les témoignages que nous avons rapportés dans le cours de ce travail montrent quelles étaient, 4a Athénes
et a Rome, la perfection de la main-d’ceuvre et la science du coloris (en ce qui concerne ce dernier, les Grecs semblent avoir affectionné le safran, les Romains le pourpre!). Pour ce- qui est du dessin, un fragment trouvé a Sitten, en Suisse, nous révéle la distinction, la noblesse que les Romains surent donner, jusque dans les derniers temps de leur domination, aux productions de Dart textile. Ce fragment, qui faisait partie, non d’une tapisserie, mais d’une étoffe brochée, c’est-a-dire répétant indéfiniment le méme motif, représente une divinité assise sur un monstre 4 téte de tigre, au milieu de rinceaux larzement traités?,
L’antiquité, pour nous résumer, a connu tous les procédés de tissage et de teinture propres a donner a la peinture en matiéres textiles le plus haut degré possible de perfection, et elle aemployé celle-ci sous toutes ses formes: comme tentes, pavillons, ou baldaquins, comme paravents, comme porti¢res, comme tentures destinées a recouvrir les murs, comme voiles des sanctuaires ou comme rideaux de théatres, comme couvertures de meubles, comme tapis de pied. Tapisseries de lin, de laine, de soie, d’or, tapisseries a longs poils, ou tapisseries unies, il n’est point de genre de fabrication dans lequel elle n’ait excelleé.
Le cycle des sujets traités dans les tapisseries an-
tiques, soit orientales, soit grecques et romaines, n'est