Liv. XXIV
Apollinaire : « Apportez les brillants coussins, les brillantes étoffes de pourpre, que l’onde mélibéenne, bouillonnant dans l’airain, teint deux fois d’une pure et riche couleur. Que sur des tapisseries étrangéres nous trouvions retracés les sommets de Ctésiphon et du Niphate, et des bétes sauvages courant avec rapidité sur une toile — vide, excitées, dans leur fureur, par une plaie habile-. ment feinte, d’ou coule un sang imaginaire comme le trait qui les a percées. Qu’on y voie encore, par un miracle de l’art, le Parthe aux regards farouches et la téte tournée en arriére, voltigeant avec son coursier, s’échappant, revenant pour lancer son trait, tour a tour fuyant et mettant en fuite ces bétes féroces dont il poursuit les simulacres!. »
Cependant, ’élément purement ornemental, — animaux et fleurs traités dans un style conventionnel, inscriptions, motifs géométriques, etc., — occupe des lors le premier rang dans les arts dépendant de la peinture, et notamment dans la tapisserie. En méme temps, le besoin de régularité et de symétrie l’emporte sur la recherche d’une décoration libre et mouvement¢e. A la place de ces monstres, si vivants dans leur laideur, qui s’agitaient dans les tapisseries alexandrines et y produisaient un désordre si pittoresque, — crocodiles, hippopotames, grues, pygmées, etc., — nous trouvons d’interminables séries d’animaux, lions, aigles, autruches, figés, pétrifiés, dans leur immobilité hiératique. Cette répétition de motifs identiques provient-elle de la substi-
1. Epist., liv. 1X, ep. x1, che m1. Voy. F. Michel, Recherches, t. Il, p. 146. ;