Mongez, Recherches sur les vétements, p
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nous sommes autorisés 4 affirmer que le luxe des vétements réagit sur les formes supérieures congénéres, notamment sur la tapisserie appliquée a la décoration des édifices.
Grace aux encouragements de lEglise victorieuse, la tapisserie ne tarda pas 4 rivaliser avec la mosaique et lorfévrerie, les deux arts auxquels le Bas-Empire confiait de préférence la décoration des sanctuaires ; elle conquiert, dans les: basiliques consacrées au nouveau culte, le rang brillant qu’elle a tenu dans les temples des dieux. Nous savons qu’a Constantinople, dans l’église de Sainte-Sophie, les rideaux voilant le ciborium se distinguaient par leur richesse ; on voyait sur l’un d’eux le Christ debout entre saint Pierre et saint Paul, tenant d’une main le volume des Evangiles, bénissant de l’autre. Pour la Palestine, Epiphanius mentionne, en 394, un voile suspendu 4 l’entrée d’une église et orné de image du Christ ou d’un saint?. A Rome, il n’était guére de basilique qui ne possédat un assortiment plus ou moins riche de tentures historiées, A Ravenne, on trouve, vers 565, un voile contenant une image du Christ et les portraits de cing archevéques, parmi lesquels Victor, le donateur de ce précieux tissu. A Naples, saint Athanase fit don 4 l’église de la Stéphanie de treize tentures ornées de sujets empruntés a l’Evangile ?.
De l’Italie, ce luxe s’étend rapidement a la Gaule et 4 la Grande-Bretagne. Nous voyons Clotilde, lors du
. Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiastice. Halle, oe t. I1,-p. B15; 2. Muratori, Scriptores, t. II, 2° partie.
baptéme de son premier-né, prodiguer, pour la décoration de l’église, les « cortine », les « pallia» les plus précieux; Dagobert recouvrir les parois, les colonnes, les arcs de Saint-Denis de tissus d’or, enrichis de perlest. Le moment viendra ou le réle des tapisseries, dans les cérémonies religieuses, formera objet de réglements spéciaux, fort développés (voy. plus loin).
Dans les édifices civils, la tapisserie occupe une place tout aussi considérable : nous pouvons en juger par une mosaique de Ravenne, qui représente le palais de Théodoric, le grand roi des Goths; les tentures suspendues entre les colonnes du portique contribuent singuliérement a relever et a aviver une architecture dans laquelle on ne découvre déja que trop de traces de décadence.
Le réle de la tapisserie ainsi déterminé, recherchons © quel ordre de représentations, quel style ont été en honneur pendant ces siécles barbares.
Ce qui nous frappe tout d’abord, c’est la prédominance de l’élément zoologique et de l’élément végétal, soit dans les tissus d’importation orientale, soit dans ceux qui sont fabriqués en Europe méme. Ce ne sont que griffons mélés avec des roues grandes et petites, basilics, licornes, paons, tantdt seuls, tant6t montés par des hommes, aigles, faisans, hirondelles, canards, éléphants, lions, tigres, leopards et autres animaux de
1. « Per totam ecclesiam auro textas vestes, margaritarum varietatibus multipliciter exornatas, in parietibus et columnis atque arcubus suspendi devotissime jussit » (F. Michel, Recher= ches; t.1, p.'7).
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la Perse et de Inde, pommes d’or ou oranges, buffles, roses grandes et petites, fleurs diverses, arbres et arbustes, palais et autres motifs analogues?. Les orne- ‘ments inspirés de la calligraphie occupent également une grande place : il est impossible, en passant en revue les nombreuses inscriptions tracées soit sur les vétements, soit sur les tapis ou les tentures, de ne pas y reconnaitre imitation de modéles orientaux?.
On constate, par contre, la rareté des ornements offrant un caractére religieux, tels que croix ou étoiles?,
Sous ces divers rapports, nous voyons la tapisserie, comme dans les ouvrages du’ temps d’Adrien, imposer ses lois A un art qui, par ses procédés aussi bien que par sa destination, formait avec elle le contraste le plus complet. Si les mosaiques du temple de la Fortune, a Palestrine, et du musée Kircher, reproduisent, peutétre avec quelque exagération dans le mouvement et le coloris, les principaux motifs des tentures d’Alexandrie; si les entrelacs prodigués dans les pavements de VItalie, de la Gaule, de la Germanie, de la Bretagne, de l’Espagne, de P Afrique, rappellent, de la maniére la plus évidente, les nattes en usage en Afrique et en Asie, nous retrouvons dans les pavements du m® au xu® siécle les éléments essentiels de l'art textile persan, tel qu’il se manifeste sous la dynastie des Sassanides. Ici, ce sont
1. Voy. Pérudit travail de M. F. Michel, Recherches sur le commerce, la fabrication et ’usage des étoffes de soie, d’or et d’argent et autres tissus précieux en Occident, principalement en France, pendant le moyen age; Paris, 1852, t. I°", p. 15, 19.