‹ La tapisserieChapitre 40 sur 182 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

des hommes chevauchant sur des paons, des lions, des poissons, absolument comme dans les étoffes brochées ou damassées décrites par les chroniqueurs et parvenues jus-

ETS

FRAGMENT DU SUAIRE DE SAINT POTENTIEN (x® SIECLE)

Etoffe brochée du Trésor de la cathédrale de Sens.

qu’a nous; ailleurs, des dragons vomissant des flammes, des chevaux ailés, des chiens bicéphales, des quadrupédes a téte humaine, des monstres marins, des tigres, des panthéres, des éléphants, des chameaux, des

76 LA TAPISSLRIE.

sphinx tricéphales, des capricornes, des basilics, des sirénes, des centaures. L’arrangement de ces mosaiques, avec leurs figures le plus souvent affrontées, ou du moins disposées dans un ordre rigoureusement symétrique, ne se ressent pas moins de Vinfluence des modeéles créés par les habiles tisserands byzantins ou orientaux. Comment s’expliquer autrement que, dans des ouvrages faits 4 la main, on se soit attaché a cette répétition minutieuse des mémes motifs, a cette symétrie rigoureuse, qui sont précisément le propre des étoffes obtenues a Vaide du métier et de la navette! I] n’est pas jusqu’aux rinceaux entourant les figures principales, jusqu’a l’encadrement exécuté avec tant d’amour, qui ne rappellent de la maniére la plus frappante les traditions de l’art textile.

Quoique ces représentations fussent d’un caractére essentiellement profane, ’Eglise les admit sans difficulté; la richesse de la matiére premiére, l’éclat du coloris firent oublier l’étrangeté des motifs. Rien de plus fréquent, dans les tentures exposées dans les basiliques romaines, que les figures d’aigles, de griffons, dVhommes montés sur des paons, de lions affrontés. Nous retrouvons cette ornementation fantastique jusque dans la Grande-Bretagne; au vine siécle, Vévéque d’York, Eybert, orna plusieurs églises de tissus de soie couverts de figures étranges :

Serica suspendens peregrinis vela figuris.

Plus tard, en 984, on trouve des tissus, également en soie, ornés d’oiseaux dorés, dans la collection d’un autre prélat anglais, l’abbé Engelricus.

e de Sens,

Etoffe brochée du Trésor de.la cathédra Cravure tirée de louvrage de M. H. Havard, l’Art a travers:les meurs.

FRAGMENT DU SUAIRE DE SAINT SAVINIEN (X® srécLE)

Par leur symbolisme étroit, par leur caractére strictement confessionnel, les tentures enrichies de compositions originales forment un contraste complet avec celles dont des ornements sans signification, du genre

de ceux que nous venons de décrire, font les frais. Ces

compositions — qu'il s’agisse de voiles, de parements -

d’autel, de portiéres — sont d’ordinaire empruntées au Nouveau, plus rarement a l’Ancien Testament; elles représentent Daniel dans la fosse aux lions, la Nativité, la Présentation au temple, le Massacre des Innocents, le Baptéme de J.-C., la Multiplication des pains et des poissons, l’Entrée de J.-C. a Jérusalem, ‘la Céne, la Passion, la Résurrection, la Descente du Saint-Esprit, Ascension, ou bien encore l’Annonciation, la Mort et l’Assomption de la Vierge. Les Actes des apo et le martyrologe sont constamment aussi mis a contribution ; les scénes de la vie de saint Pierre et de saint Paul alternent avec les représentations d’innombrables martyrs grecs ou latins.

A cété des compositions inspirées par les Ecritures et les actes des martyrs, l’élément iconographique occupe une place considérable. Mais ces portraits de papes, d’empereurs, de prélats, de grands personnages, se rattachent a peu prés exclusivement a la fondation ou 4 la décoration des églises; ils ont donc également un caractére religieux ; je citerai notamment les portraits des archevéques de Ravenne et ceux. du pape Léon IV,

Quant aux compositions empruntées aVhistoire profane ou ala PEt Osea, ou encore 4 la vie de tous les jours, c’est a peine si l’on peut en citer une de loin en loin. De ce nombre sont la Destruction de Troie,

Page 1