CHAPITRE V
de Constantinople n’eurent plus rien a énvier a celles de Asie. Jusqu’au x siécle, époque de la création des manufactures de la Sicile, elles défrayérent de ces
‘tissus précieux le reste de Europe chrétienne.
Quant au procédé qui nous intéresse le plus vi-
vement, parce qu’il se préte le mieux aux exigences de
la tapisserie décorative, la haute lisse, il semble, pendant la premiére partie du moyen age, n’avoir guére été employé que dans*la Perse, I’Egypte et les Etats voisins’!. En effet, les spécimens assez nombreux des tissus byzantins, italiens, francais, anglais ou allemands qui sont parvenus jusqu’a nous sont invariablement soit brodés, soit brochés.
1, On a exposé, en 1883, au musée d’art et d’industrie de Vienne, une importante collection de tissus du m1¢ au 1x® siécle de notre ére, récemment trouvés en Egypte et appartenant aM. Graf. L’exécution de ces tissus, si les déductions de M. Karabacek, qui les a décrits, méritent créance, offre les plus grandes analogies avec les procédés usités aux Gobelins. On y remarque les représentations les plus vari¢ées, depuis des prisonniers persans agenouillés devant le tréne de ’empereur (stola d’un chevalier romain du zv® siécle) jusqu’a des hommes traversant un fleuve sur des outres gonflées ou luttant avec des demons. Voy. Die Theodor Grasf’schen Funde in Aegypten et Katalog der Theodor Grafschen Funde in Aegypten; Vienne, 1883. Sur Verreur grossiére commise par M. Karabacek dans un de ces opuscules, voy. la Kunstchronik, n° du 12 juillet 1883.
CGHAPITRE: VI
La période comprise entre la fin du rx¢ et la fin du xi® siecle est la plus sombre de Vhistoire moderne. Une épouvantable anarchie succéde au régne réparateur de Charlemagne; les incursions de Pennemi commun, les Normands, ne font que raviver les luttes intestines, loin de leur imposer un terme; le laborieux échafaudage de la civilisation gallo-romaine s’écroule de toutes parts; les derniéres traces de culture dispaparaissent; une barbarie sans nom envahit Europe entiére.
Les rares ouvrages nés au milieu d’un pareil chaos ne pouvaient que refléter la grossiéreté de l’époque et Vimpéritie des ouvriers, on n’ose plus dire des artistes; idées, style, main-d’ceuvre, tout témoigne d’un égal abaissement, d’une déchéance que l’on est tenté de croire irrémédiable. Aussi ne nous arréterons-nous pas‘
4 examiner celles des productions de ces temps néfastes
qui sont parvenues jusqu’a nous; al’exception de celles