CHAPITRE VI
qui ont pris naissance 4 Constantinople, elles ne méritent pas le titre d’ceuvres d’art. Mais ce que nous ne saurions négliger, ce sont les efforts faits pour remplacer l’ancien ordre de choses, qui se dérobait de toutes parts. Quelque peu intéressantes que soient ces tentatives, considérées dans leurs résultats immédiats, elles ont pour l’avenir une importance trop grande pour que nous ne les étudiions pas avec soin. ;
L’isolement des nations nouvellement constituées, résultat inévitable de Pinterruption des voies de communication, du manque de sécurité, de la misére générale, devait forcément aboutir a la création de centres de production nouveaux. L’importation orientale venant de plus en plus a faire défaut, on songea, dans les différents Etats de l'Europe occidentale, a tirer parti des ressources locales. Ce fut des monastéres, dont Vesprit d’initiative pendant la premiere moitié du moyen age ne saurait étre assez célébré, que partit le signal du mouvement '.
Les auteurs s’accordent 4 rapporter que saint Angelme de Norvége, évéque d’Auxerre, fit exécuter vers 840 un grand nombre de tapis pour son église. Le document sur lequel on s’appuie n’est malheureusement pas assez décisif, et nous croyons qu’il vaut mieux l’écarter du débat. Au x® siécle, vers 985, et cette fois le renseignement est absolument certain, dans l’abbaye Saint-Florent de Saumur, l’abbé Robert,
1. Voy., dans les Recherches de M. F. Michel (t. U, p. 344, 349), la liste, trés étendue, des ouvrages brodés ou tissés qui ont pris naissance dans les couvents.
troisiéme du nom, acquitiou commanda ‘une masse de dosserets, de-bancequiers, de courtines,: de tapis de pied et de tapis de muraille, le‘tout em laine. Il fit <exécuter deux grands tissus»dansda composition desquels entrait de la soie et qui -veprésentaient “des. éléphants ;-dans d’autres on voyait des lions; se détachant sur un: ‘fond rouge; le premier de ces ouvrages;malgré Vexpression d’« aula», dont se sert le’ chroniqueur, était un vétement sacerdotal, non une tenture; nous voyons en effet que-l’abbé s’en parait aux grandes fétes. Ces diffé+ rentes étoffes étaient tissées, non brodées; le mot « texere » ne laisse pas de doute a cet égard 1.
La représéntation du globe terrestre,. Orbis terrarum, offert:a Vabbaye de Saint-Denis parla reine Adélaide, épouse de Hugues Capet (987-996), semble également avoir été tissée, non brodée 2.
Au xi° siécle, sans quitter la France, nous® rencontrons, 4 Poitiers, une manufacture de tapisseries dont les produits semblent avoir été fort appréciés; nous savons du moins qu’en 1025 un €évéque italien, du nom de Léon, chargeait Guillaume V, comte de Poitou, de lui envoyer un’ « tapetum mirabile »; celui-ci lui demanda de lui en fixer les dimensions. On ornait ces étoffes de portraits de rois et d’empereurs, de figures danimaux, ainsi que de sujets tirés des Ecritures®.
Vers le milieu du méme siécle, Jervin, abbé de
1. Le texte de ce curicux document a été publié par M. Jubinal dans ses Recherches, p. 13.
2, F. Michel, Recherches, t. Il, p. 347.
3, Jubinal, Recherches, p. 15,16. Sur les tapisseries de ’abbaye de Fleury au xi° siécle, voy. Pertz, Neues Archiv,, t. lI], p. 363, - 373. Renseignement communiqué par M. L, Delisle.