‹ La tapisserieChapitre 88 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

indigénes, contre le monopole que se sont assuré les Pays-Bas, non contents de produire des tentures qui n’ont plus rien a envier pour la richesse de la matiére premieére, pour la science, la finesse de ’exécution, aux chefs-d’ceuvre d’Arras et de Bruxelles, les Italiens envoient de ce cété-ci des monts des cartons que les tapissiers francais ou flamands sont chargés de traduire sur le métier et qui préparent les voies a la Renaissance. Nous savons que dés le milieu du xv° siécle les cartons envoyés 4 Bruges par les Médicis obtinrent un tel succés que le tapissier dut en exécuter plusieurs répliques.

On ne s’étonnera pas de cette marque de faveur,

quand on saura que les auteurs de ces cartons s’appelaient Cosimo Tura ou Mantegna, et que le grand Léonard de Vinci lui-méme composa un modeéle de porti¢re, le Péché originel.

On connait aujourd’hui une dizaine d’ateliers de haute lisse établis en Italie pendant le xv siécle. Je me hate d’ajouter que bon nombre de ces ateliers n’eurent qu’une existence éphémére et qu’ils ne sé composaient bien souvent que d’un seul métier. On trouvera dans mon Histoire de la Tapisserie italienne histoire compléte de ces divers établissements : ici je dois me borner a une légére esquisse.

Le plus ancien atelier italien jusqu’ici connu est celui de Mantouet. Dés 1419, un tapissier frangais,

1. histoire de cet atelier a été écrite par M. le chan. W. Braghirolli: Sulle manifatture di arazziin Mantova; Mantoue, 1879, in-8°.

Johannes Thome, de Francia, y travaillait pour les Gonzague, au service desquels il resta jusque vers 1442. {] fut suivi de prés par Nicolas de France, puis par Guidone et Adamante, également Frangais. Le peintre Giovanni dei Corradi, de Crémone, était chargé de leur fournir les cartons,

Vers le milieu du xv® siécle, grace a influence de la marquise Barbe de Brandebourg, la fabrication des tapisseries prit le plus brillant essor 4 Mantoue. Un artiste considérable, Rinaldo Boteram, de Bruxelles, dirigeait la pléiade d’habiles haute lissiers réunie dans Vatelier des Gonzague. Quant au peintre chargé de composer les cartons, il portait le glorieux nom d’Andrea Mantegna. I] est bien regrettable que nous manquions de détails sur les suites exécutées d’aprés les dessins du fondateur de l’Ecole de Mantoue. Tout ce que nous savons, c’est qu’au début du xvi° siécle les tapisseries du marquis de Mantoue, exécutées d’aprés Mantegna, jouissaient de la plus haute réputation.

Dans le dernier tiers du xve siécle, l’atelier de Mantoue commenga a languir, sans que la fabrication des tapisseries fit toutefois enti¢rement interrompue ; il n’y aurait qu’un médiocre intérét 4 étudier Vhistoire de sa longue agonie.

Les ateliers:de Venise sont presque aussi anciens que celui de Mantoue; dés 1421, nous trouvons 4a leur téte Jehan de Bruges et Valentin d’Arras. Mais ils n’offrent ni limportance ni l’esprit de suite propres a l’établissement créé par les Gonzague ; on les voit naitre et disparaitre avec une égale facilité, selon les conve-

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nances ou les besoins des artistes qui les dirigent. I] est probable que c’est d’eux que sont sortis les nombreux dosserets, espalliers ou devants d’autel conservés dans les églises vénitiennes et ornés des figures des patrons de ces églises; nous savons notamment qu’en 1450 le peintre Alvise exécuta pour sa ville natale les cartons dune Histoire de Saint Théodore.

Ferrare, qui s’était laissé distancer par Mantoue et par Venise (la plus ancienne mention d’un tapissier établi dans cette ville est de 1436), ne tarda pas a regagner le temps perdu. Le Flamand Giacomo d’Angelo, qui au début n’était chargé que de la rentraiture des tapisseries du marquis Nicolas III d’Este, se vit adjoindre en. 1441 un de ses compatriotes, Pietro di Andrea. Puis, sous le marquis Lionel, vint le tour de Liévin de Bruges (Livino di Giglio), de Renaud ou Rinaldo di Gualtieri Boteram, et enfin d’un certain Bernardino. Le successeur de Lionel, Borso d’Este (1450-1471), développa encore davantage L'atelier, on serait tenté de dire la manufacture, créé par sa famille. Tout en achetant ou en commandant des tapisseries au dehors, notamment dans les Flandres, il occupa une pléiade de tapissiers, soit italiens, soit franco-flamands. Telle était Pimportance qu’il attachait a leurs travaux qu’il chargea les meilleurs peintres de sa cour, Cosimo Tura, Gerardo de Vicence, Ugolino, de leur fournir des cartons. Couvertures de mulets ou tentures destinées a la décoration d’un bucentaure, dosserets, portiéres, garnitures de lits, représentations sacrées (Salomon trénant au milieu de sa cour, Histoire d’Achab), et représentations profanes (Une Féte antique, etc. ), iln’y eut aucune des faces de

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