CHAPITRE 1x
A la fin du xiv¢ et au commencement du xv° siécle, les Espagnols tentérent de fonder dans leur patrie quelques ateliers de haute lisse. A Barcelone, en 1391 eten 1433, plusieurs tapissiers (maestros de tapices) firent partie du grand Conseil. Maisces tentatives ne semblent pas avoir eu de résultats durables. I] était plus commode de recourir aux manufactures flamandes, si merveilleusement organisées. Peut-étre méme ce systéme était-il plus économique. Ne voyons-nous pas aujourd’*hui jusqu’a l’extréme Orient tirer, pour raison d’économie, des fabriques de Manchester et de Birmingham les tissus courants dont il a besoin?
Les Anglais du xv® siécle, plus positifs encore que les Espagnols, n’essayérent méme pas d’engager avec les Flandres une lutte qui elit été trop inégale. IIs psyérent de bon coeur a leurs voisins le tribut que ceux-ci s’étaient habitués a prélever sur la majeure partie de !Europe. Nous n’avons pas réussi a découvrir pour cette époque la trace d’une fabrication indigene,
L’influence flamande se fait sentir 4 ce moment jusqu’en Hongrie. Un voyageur frangais qui visita Bude en 1432-1433, Bertrandon de la Brocquiére, nous a laissé 4 ce sujet le curieux témoignage que voici: « Et est cette ville gouvernée par Allemans en tous estas, tant au fait de la justice et de la marchandise que aussy aux faiz des mestiers, comme cousturiers, charpentiers, macons et orfeévres, ainsi qu’il me fut dit par ung marchant d’Arras, que je trouvay la, nommé Clays
Davion, lequel l’empereur Sigemond avoit mené avecques plusieurs autres gens de mestier du royaulme de France, et est le dit Clays ouvrier de haulte lice. Il y a en ceste ville beaucoup de juifs qui parlent trés bon francois, et en y a de ceulx gui furent chaciés hors du royaulme de France». ;
Seule peut-étre au xv siécle, Allemagne échappa a Vaction des Flandres. Mais il n’y a point lieu, nous allons le démontrer, de l’en féliciter. Nos voisins d’outre-Rhin, qui comptaient ace moment, dans le domaine de la peinture, des maitres de la valeur de Stephan Lochner, de Martin Schongauer, de Zeitblom, de Schaffner, de Holbein le Vieux, de Burgmair, de Wolgemut, et qui porterent également a un haut degré de perfection plusieurs branches des arts décoratifs, ne possédaient pas un seul atelier de haute lisse, j’entends un atelier comparable a ceux d’Arras ou de Bruxelles, un atelier digne de ce nom. C’était dans les couvents, parfois aussi dans les chateaux, que s’exécutaient les tentures, d’ordinaire de petites dimensions, dont regorgent aujourd’hui les musées de Munich et de Nuremberg. La place nous manque pour passer en revue ces productions, qui ne se distinguent ni par la force de Vinvention, ni par la richesse de la matiére premiére, ni par le fini du travail?. Nous nous bornerons a re-
1. Bibliothéque nationale. Manuscrits. Fonds francais, n° 5593, fol. 240 v°.
2. On trouvera dans Art du 4 juin 1882 une étude développée sur Phistoire de la tapisserie en Allemagne a l’époque de la Renaissance. Voy. aussi l’Histoire générale de la Tapisserie, liv. XXI.
ational de Munich.)
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