Métamorphoses , VI, 52 et suivantes
et elle est frappée ensuite au moyen d’un peigne dont les dents sont introduites entre les fds. »
On voit que nous n’exagérions rien en disant, aux premières pages de ce livre, que les outils et les procédés employés en ces temps relativement si lointains, ne s’éloignent pas sensiblement de ceux usités encore aujourd’hui par les tapissiers de haute lice; et le voyageur qui par l’ouverture de la tente ou par la porte du gourbi a pu apercevoir, en Orient ou en Afrique, les femmes arabes ou kabyles tissant les gandouras ou les burnous de leurs maris, peut se faire une idée suffisamment précise de l’installation un peu sommaire des tapissières de la Grèce classique.
Enfin il convient de rapprocher de ces associations industrielles ces autres ateliers plus intimes qui existaient dans les plus riches et les plus nobles maisons, — ateliers plus retirés, plus discrets, mais non moins fertiles en beaux ouvrages, où les femmes les plus illustres ne craignaient pas, en compagnie de leurs suivantes, de sacrifier à ces charmantes occupations. Comme le remarque fort bien M. de Ronchaud1, « l’Idéal grec pour la femme, était d’être grande et belle, habile en beaux travaux ». La vertueuse Pénélope dut une partie de sa juste célébrité à cette tapisserie que sa chasteté l’empêcha d’achever avant le retour du roi son époux. Combien d’autres princesses occupaient alors leurs loisirs à la confection de ces précieux ouvrages ? A l’instar de Pénélope, Hélène, fameuse à d’autres titres, représenta en tapisserie l’histoire de la guerre de Troie.
Nous savons, par l’accueil que le vainqueur de Darius fit à la mère et à la femme de celui-ci, qu’au temps d’Alexandre ces ingénieux travaux étaient encore l’apanage des princesses les plus illustres. Ajoutons que les tapissières, alors, ne reculaient pas devant les ouvrages les plus compliqués comme dessin et comme composition. Aristote
nous apprend qu’on tissa pour Alcisthènes de Sybaris un peplos d’une telle magnificence qu’il fut jugé digne d’être exposé dans le temple de Junon Lacinia, alors lieu de pèlerinage pour toute l’Italie. Ce peplos, qui plus tard fut payé 120 talents, était décoré de bandes figurant en haut les animaux sacrés des Susiens, et en bas ceux des Perses. Au milieu on voyait les images de Jupiter, de Minerve, d’Apollon, de Vénus, de Thémis, et aux deux extrémités le
Fig. 42. — Tapisserie antique de haute lice représentant un belluaire. (vi° siècle.)
MUSEE DE LYON
double portrait de l’heureux Sybarite pour qui avait été tissé ce chef-d’œuvre.
Démétrius Poliorcète, plus fastueux encore qu’ Alcisthènes, s’était commandé un manteau qui devait représenter l’univers avec tous les phénomènes célestes et qui, s’il eût été terminé, eût éclipsé par sa richesse toutes les tapisseries alors connues. Mais le changement qui s’opéra dans la fortune de Démétrius força de laisser l’ouvrage inachevé; encore était-il si magnifique « qu’aucun roi n’osa le porter, bien qu’il y eût en Macédoine des princes très fastueux1 ».
Un mot singulièrement typique que Plutarque, auquel nous empruntons ces détails, met dans la bouche de Tliémis-