Dames illustres , 2° Discours
Frise en tapisserie à l’aiguille sur canevas, (xvi® siècle.)
MUSÉE DE CLUNY
Elles encadrent les portières, ornent les lits, garnissent les chaises à bras, recouvrent les coussins, décorent les murailles, et, comme aux époques précédentes, les plus nobles dames se font un devoir de présider à ces créations charmantes.
En faut-il quelques preuves? Elles nous seront faciles à fournir.
La Gazette de France du 16 avril 1647, racontant la visite dont Anne d’Autriche honora l’hôtel que la duchesse de Chaulnes occupait à la place Royale, rapporte que cette princesse admira surtout « la tapisserie et l’ameublement à fond d’or rehaussé de toutes sortes de fleurs » de la chambre à coucher, « ouvrage de huit années de la duchesse et de ses fdles ». Une lettre de Mme de Sévigné nous apprend que, confinée aux Rochers, cette femme illustre occupa ses loisirs à broder « deux bandes de tapisserie » que Mme de Caraman lui a fait tenir1. Le fidèle Dangeau consigne sur ses tablettes le présent que le duc de Rourgogne fait à la princesse sa femme d’une « cassette de la Chine, dans laquelle il y a tout ce qui peut servir aux personnes qui aiment à travailler en tapisserie2 »; et quant à Mme de Maintenon, qui « pendant le conseil travailloit en tapisserie, et entendoit tout ce qui se passoit entre le roi et le ministre qui parloient tout haut3, » elle ne se contenta pas d’exécuter de ses propres mains, pour Louis XIV, « un superbe lit travaillé en soie, en or, en petites perles fines et en pierreries 4 » ; elle imposa ce goût à toutes ses élèves; et l’on sait que la célèbre maison de Saint-Cyr, transformée par ses soins en un véritable atelier de tapisserie, donna son nom à un point d’une finesse exceptionnelle.
Sous le successeur du Grand Roi , les reines de la