‹ La tapisserieChapitre 21 sur 39 · Mme de Maintenon , par Mme de Genlis, p · texte numérisé non relu

Mme de Maintenon , par Mme de Genlis, p

Fig. 48. — Frise en tapisserie à l’aiguille sur canevas. (xvie siècle.)

MUSÉE DE CLUNY

main gauche furent également très éprises de ces beaux travaux. On connaît par le marquis d’Argenson 1 la terrible « brouillerie » survenue le 17 janvier 1741 entre Louis XV et Mrae de Mailly. « Tout le monde a pris goût à la tapisserie, écrit d’Argenson; Mme de Mailly elle-même s’en occupe ; elle y mettoit tant d’attention qu’elle ne répondit point au roi qui lui parloit et l’interrogeoit, si bien que le roi impatienté, tirant un couteau de sa poche, coupa la tapisserie en quatre... » Ce qui rend cette vivacité de Louis XV assez étrange et peu excusable, c’est que luimême, à cette époque, témoignait une passion très vive pour ces sortes d’ouvrages.

Ce fut, en effet, en 1741 que le roi se mit subitement à faire de la tapisserie. « Cette détermination, écrit d’Argenson, a été tellement prise à l’improviste, que ç’a été un chef-d’œuvre de courtisan de l’avoir satisfaite avec cette promptitude. On a eu recours à M. de Gesvres, dont cette occupation est la capitale. Le courrier qui alla de Versailles à Paris chercher ce qu’il falloit, métier, laines, aiguilles, ne mit que deux heures un quart à aller et venir2. » Bien que cette belle passion dut être de courte durée, au voyage suivant qu’on fit peu après à la Muette, il y avait déjà sept ou huit métiers occupés par les plus hauts seigneurs de la Cour3.

Bientôt, par esprit d’imitation, la Ville et ensuite tout le Royaume participèrent à ces goûts au moins singuliers. Un certain nombre d’inventaires de ce temps nous dénoncent, chez de très nobles et très vaillants seigneurs, la présence de métiers àbroder, etPoinsinet, dans cette étude de mœurs intitulée le Cercle, qui eut alors un si vif succès, n’hésitait pas à placer sous les yeux des spectateurs un grave colonel faisant de la tapisserie.

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