CHATEAU DE PAU
faisait paraître dans Y Avant-coureur1 une réclame avertissant « les dames » qui voulaient « s’occuper à exécuter les tapisseries », qu’elles trouveraient dans ce même magasin « les soies et laines convenables et des canevas de toutes sortes de qualité ».
La manufacture du sieur Dubuquois comptait à Paris un certain nombre de rivales. En outre, il existait, au xvne et au xvme siècle, une quantité d’ouvrières libres, qui se rendaient à domicile pour aider les dames dans les grands et longs ouvrages qu’elles entreprenaient. Furetière, dans son Dictionnaire , écrit au mot Tapissière : « C’est une fille qu’on prend pour faire des tapisseries à l’aiguille et qui travaille ordinairement à la journée. » L’auteur des Mémoires de Mme de Courcelles nous apprend que cette dame, détenue à la Conciergerie, « pour employer ses loisirs forcés », travaillait « à de la tapisserie et à d’autres ouvrages, dans lesquels elle étoit secondée par sa femme de chambre et par des ouvrières qu’elle faisoit venir du dehors ».
Ces particularités expliquent comment, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, on continua d’exécuter des meubles entiers en tapisserie sur canevas. Les ventes de Mme de Pompadour, du baron de Beaumanoir, de la marquise de Fénelon, de la duchesse de Brancas, de la duchesse de Saint-Aignan, de S. A. R. Mlle de Sens» de la marquise de Cucé, etc., par l’ampleur et la somptuosité de certains ameublements brodés au petit point, attestent, en effet, que la tapisserie à l’aiguille conserva jusqu'à la Révolution un caractère décoratif qu’elle a perdu de nos jours, et que quelques artistes habiles essayent depuis quelques années de lui rendre.