Le Moyen de parvenir , p
complète, à ces compositions touffues, où personnages et accessoires étaient entassés à plaisir. La Conquête de Thunes dont nous parlions à l’instant se ressent encore des préoccupations primitives. On en peut dire autant du Concert
Fig. 6i. — Leroi Clovis converti par saint Re mi, tapisserie du xvi° siècle. ÉGLISE SAINT-REMI, A REIMS.
champêtre dont nous donnons plus haut un panneau (voir fig. 36), et des Belles Chasses de Maximilien, plus connues sous le nom de Belles Chasses du duc de Guise, qui furent reproduites à différentes reprises par les ateliers bruxellois d’abord, et au xvne siècle par les Gobelins. On tissa
encore dans les ateliers flamands un certain nombre de Crucifixions, de Combats des vices et des vertus, d 'Histoires de Josué, d 'Histoires d’ Herkinbald, d’après les cartons de Bernard van Orley et de Jean van Brussel; mais, à côté de ces ouvrages qui sauvegardaient la tradition , les ateliers flamands s’empressèrent de mettre sur leurs métiers une foule d’œuvres nouvelles, comme les Triomphes des Dieux de Mantegna, Y Histoire de Psyché, dont les cartons furent attribués tour à tour à Raphaël et à son élève Michel Coxcie, et surtout Y Histoire de Scipion et les Fruits de la guerre, de Jules Romain, quia leur apparition furent salués avec enthousiasme.
Ces modèles si nouveaux n’eurent pas uniquement pour conséquence une transformation radicale dans la nature et la disposition des sujets. Ils ne firent pas seulement délaisser les motifs religieux et les romans de chevalerie, pour donner à l’histoire ancienne et à la mythologie une importance jusque-là inconnue. Ils amenèrent rapidement les tapissiers à changer leur point de vue ; à abaisser leur ligne d’horizon ; à laisser au ciel une place considérable ; à réduire à un très petit nombre de figures indispensables leurs scènes autrefois enchevêtrées ; à dépouiller leurs personnages de leurs vêtements chamarrés, de leurs armures ruisselantes de pierreries et de leurs parures opulentes à l’excès, pour montrer les carnations antérieurement proscrites. Et du coup l’ancien vestiaire fut renouvelé. On prit en haine, suivant l’expression même de Brantôme, ces « vieilles tapisseries des maisons de nos Roys où sont pourtraites les dames ainsi habillées qu’elles estoient pour lors (au temps de la reine Isabeau de Bavière), où ce n’estoient que toutes drôleries, bifferies et grosseries* ». Et ainsi se trouvèrent substituées à ce fourmillement de figures étageant les unes au-dessus des autres — et presque