‹ La tapisserieChapitre 4 sur 39 · La Manufacture nationale des Gobelins , p · texte numérisé non relu

La Manufacture nationale des Gobelins , p

Hâtons-nous d’ajouter que les rentrayeurs ont toujours joui — et surtout à l’époque où la fabrication des tapisseries était extrêmement prospère — d’une estime exceptionnelle, et que les noms d’un certain nombre d’entre eux nous ont été conservés, à l’égal des tapissiers les plus fameux. C’est ainsi que Jean de Jandoigne, qui de 1388 à 1415 réparait les tentures de la Couronne, acquit dans son art une véritable célébrité. A côté de lui on cite Guillaume Dumonstier ou Dumoustier et Jean de la Chapelle, dit de Paris, dont les nombreux travaux attestent qu’ils n’exerçaient pas une sinécure1. A la cour de Bourgogne, vers le même temps se trouvaient trois rentrayeurs, Jehan Heuchin, Oudart et Geffroy, qui touchaient chacun 60 livres d’appointements annuels et qui étaient habillés par le duc. Il ne faut pas oublier non plus Colart d’Inchy, qui, établi d’abord à Arras, ensuite à Hesdin, était cité pour son habileté à modifier, réduire ou agrandir les plus belles tapisseries. En 1398 Philippe le Hardi lui alloua 120 livres (somme considérable pour le temps) pour enlever d’une tapisserie représentant les Douze Pairs de France l’image du comte de Flandre, qu’il trouvait trop simplement et trop modestement parée, et pour la remplacer par une autre plus somptueuse 2. En 1403 Colart d’Inchy transforma en vingt-deux pièces les cinq pièces intitulées la Reine de Flandre, le Roi Arthus, le Miroir de Rome, le Doon de Mayence et le Judas Machabée. Trois pièces de la tenture représentant la Rataille de Rosebecque furent augmentées par lui avec tant d’habileté, qu’on ne pouvait distinguer les parties rajoutées des autres. « Il fit ralonguer chascun d’iceulx d’une ausne d’Arras à chacun bout et l’œuvre d’arborerie semblable à celle des dessins desdits tapis faits par telle manière, que l’on nepouvoit apercevoir qu’ils fussent oncques ralongués, et sembloit chacun tapis avoir esté faict comme par lui dès le commencement. »

Page 1