LA VISITE
Aussitôt que M. Monroë fut parti, Richard fit connaître à Whittingham sa nouvelle situation et ils convinrentensemble de quelques réformes économiques nécessaires pour ne pas dépasser les ressources actuelles de son maître, qui, il faut se le rappeler, était alors majeur, et par conséquent investi de la direction de la petite fortune que les odieuses
Markham visita ensuite avec Whittingham la mâiâôtl dont il avait été si longtemps absent, et dont chaque pièce lui rappelait des souvenirs que les circonstances rendaient pénibles.
Dans cette chambre, il s'était assis à côté de son vénéré père.
Dans cette autre, il avait poursuivi ses études avec son frère bien-aimé, maintenant perdu pour lui.
De tous côtés s'élevaient des visions qui venaient l'oppresser.
Il se trouvait dans la situation d'un criminel qui a déshonoré un nom respectable et dont les ancêtres sembleraient se présenter eux-mêmes à lui après être sortis de leur vieux cadres noircis par le temps pour le lui reprocher.
Mais quand il entra dans la chambre où son père avait rendu le dernier soupir, ses émotions furent encore plus fortes et il pleura.
Le vieux sommelier n'essaya même pas de le consoler.
Il rentrait couvert de honte dans une maison où il avait reçu une existence pleine d'espérance et d'avenir, il revoyait cette demeure, ces chambres où étaient suspendus les portraits de tant de vénérables personnages, ses ancêtres, mais parmi lesquels son propre portrait à lui ne pouvait pas prendre place, dans la crainte que quelque visiteur n'écrivît un jour sur le cadre :
« Condamné libéré ! »
Car, bien que sa conscience ne lui reprochât rien de criminel, le monde ne voudrait pas croire à son innocence.
La nuit, il ne put dormir, et il attendait l'arrivée de
l'aurore comme le marin naufragé sur son radeau cherche
à distinguer à l'horizon une voile libératrice.
Il se leva et se rendit en toute hâte sur le banc élevé entre les deux arbres.
Là il laissa librement couler ses larmes et se sentit soulagé.
Soudain son œil se porta sur des lettres gravées dans Pécorce de l'arbre de son frère.
Il s'approcha, et, à sa grande joie, il aperçut ces mots, grossièrement mais profondément incrustés dans l'arbre :