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III. — Le personnel politique

L'alinéa 4 de l'article 58 de la Constitution, qui interdit la réélection immédiate du président de la République à l'expiration de son second terme, se termine par cette courte phrase : « La présente disposition ne s'applique pas au premier président de la République ». C'est, sous une forme discrète, anonyme et sèchement juridique, la proclamation de M. Masaryk comme président à vie, c'est sa consécration comme le chef providentiel de la RépubUque que son enseignement a préparée à ses devoirs, son énergie affranchie, son autorité morale cautionnée devant les États et les peuples ; c'est sa reconnaissance comme père de la nation. Il connaît aujourd'hui une popularité sans bornes, après avoir longtemps porté sans plier le poids de la plus lourde impopularité, celle de l'iconoclaste, du destructeur des légendes et des illusions nationales.

Fils du peuple, de condition si modeste qu'il lui fallut interrompre ses études pour faire l'apprentissage du métier de serrurier-charron, la puissance de son esprit et son inlassable ardeur au travail le portent à 32 ans à la chaire de philosophie de l'Université de Prague. Il y devient le maître non seulement des meilleurs de la jeunesse de son peuple, mais de milUers d'autres jeunes Slaves, Serbes et Croates surtout, mais aussi Bulgares et Russes, dont il élève l'esprit national et forme la conscience civique. La philosophie politique et sociale qu'il leur enseigne, c'est la doctrine de Hus et des Frères bohèmes, où se concilient harmonieusement jusqu'à se confondre l'amour de la nationalité et celui de l'humanité : sa morale, celle de la dignité humaine, de la vérité toujours et à tout prix honorée ; sa méthode, celle de l'esprit critique, qui n'admet rien pour établi ou prouvé sans l'avoir vérifié avec toute la rigueur de la démonstration scientifique. Avec quelques collègues, il fait, vers 1885, la campagne des « manuscrits », d'où des poèmes jusqu'alors tenus pour les plus anciens et les plus glorieux titres de la littérature tchèque sortent convaincus de n'être que

des faux habiles : les gens de la rue se lancent alors à la tête, comme la plus grosse des injures, son nom, devenu synonyme de traître. En politique, il donne avec une aussi inflexible ardeur la chasse aux préjugés en faveur, il découvre le néant de la rhétorique traditionnelle, creuse, décevante, dangereuse, il oppose à l'illusion la vérité, il fonde son parti, dont le nom dit tout le programme et l'esprit, le parti réaliste, 11 en défend les doctrines au Reichsrat. Sa notoriété, jusque-là bornée à quelques spéciahstes, devient européenne lorsqu'après la crise de l'annexion de la Bosnie- Herzégovine (1908-9) il dénonce la fourberie de la politique autrichienne, que rend publique le fameux procès d'Agram. Dans la guerre de 1914, il discerne, du premier jour, l'entreprise décisive du germanisme pour fonder définitivement sa domination sur l'Europe centrale et par là s'assurer l'hégémonie de l'Europe. Ce danger lui dicte sa conduite : après quelques mois passés à étudier la situation internationale et l'état de son pays et à organiser des contacts qui le préservent du risque de devenir dans son exil volontaire un étranger et un isolé, il quitte sa patrie en décembre 1914, pour y rentrer exactement quatre ans plus tard, en triomphe, président unanimement acclamé de son peuple affranchi. En ItaUe, en Suisse, en France, en Angleterre, en Russie, aux États-Unis, partout il passe, défendant la cause de sa nation par les seuls arguments de la raison et de la vérité, mettant sur pied ces légions tchécoslovaques de Hussie, dont les exploits ont les premiers rendu populaire en Occident le nom de la nouvelle nation et fondé la fraternité d'armes d'où est sortie l'indépendance de la Répubhque, négociant avec les cliefs de gouvernement et les hommes d'État, organisant le Conseil national de Paris, dont la transformation en gouvernement provisoire a précédé d'un mois à peine la proclamation de la République à Prague. Élu président le 14 novembre 1918, confirmé le 27 mai 1920 par le premier Parlement constitutionnel, il exerce sur sa nation une magistrature plus morale encore que politique, il joue au-dessus des partis un rôle de modérateur et de conciliateur, il est pour son peuple une vivante leçon de travail acharné et d'effort vers le bien, il personnifie les plus nobles qualités et les plus hauts idéals de sa race.

LES iNSTITVTIONS 47

Slovaque d'origine, Tclièque d'éducation et de langue, par de vastes études et de longs séjours tout pénétré de culture allemande et anglaise, informé de tout le mouvement des idées françaises, attiré par la plus vive sympathie slave et humaine vers la Russie, à laquelle il a consacré un ouvrage remarquable et que sans doute, parmi les politiques de l'Europe d'aujourd'hui, il connaît le mieux, il apporte dans la direction des affaires de son paj-s l'esprit de méthode et de scrupule qui fait sa grandeur de savant et de penseur. Par lui la démocratie tchécoslovaque apprend à connaître la valeur d'une politique scientifique ; il crée la tradition, qui, continuée par des collaborateurs, qui sont ses disciples, peut assurer à la République et à la nation des succès pareils à ceux qu'elles ont remportés jusqu'ici, et en même temps montrer par l'exemple à l'Europe et au monde comment doit se gouverner une démocratie moderne.

Des deux collègues du président Masaryk dans le Conseil national et le gouvernement provisoire, l'un, le général Stefanîk, après avoir glorieusement fait la guerre en France, en Russie et en Sibérie, est mort en juin 1919 victime d'un accident d'avion au moment même où il rentrait sur la terre natale. L'autre, M. Edouard Benes, est, depuis la fondation de la République, ministre des affaires étrangères, associé à tous les actes et à toutes les pensées du président dont il a été l'élève à l'Université et dont il reste le disciple respectueux, fidèle et tendre. Juriste, économiste, philosophe et sociologue, après de longues études à Prague, à Paris, à Berlin et à Londres, c'était en 1914 un jeune homme de trente ans, privat-docent à l'Université, connu et apprécié parmi ses maîtres et ses collègues, mais sans notoriété politique et sans autre ambition que d'être dans l'enseignement et les lettres le continuateur de JNi. Masaryk. Mais, dès la déclaration de guerre, son ardeur réfléchie, son courage, sa puissance de travail, son patriotisme passionné attirèrent sur lui l'attention des organisateurs de la résistance et de l'action nationales. Lorsqu'il fut nécessaire de donner à M. Masaryk un collaborateur pour une tâche qui devenait chaque jour plus vaste, c'est sur M. Benes que se porta leur choix unanime. A la fin de septembre 1915, ayant, non sans péril, franchi la frontière et traversé l'Allemagne,

il vint s'établir à Paris. Son œuvre de guerre a été immense : c'est lui qui a conquis aux idées de Masaryk, au programme de l'indépendance tchécoslovaque, à la conception d'une nouvelle Europe centrale délivrée du joug germanique, l'opinion occidentale et les milieux politiques alliés. Secrétaire général du Conseil national, ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire, puis de la République, délégué à la Conférence de la paix et au Conseil de la Société des Nations, il a conquis une autorité internationale dont son pays éprouve tout le prix ; et aujourd'hui la diplomatie européenne, où volontiers au début on traitait ses idées de théories et de chimères, reconnaît en lui l'une des plus constructives, sinon la plus constructive des têtes politiques de l'Europe.

La consolidation du nouvel ordre européen issu de la guerre et formulé dans les traités qui y ont mis fin est l'idée directrice de la politique extérieure de la République tchécoslovaque. Comme l'Europe centrale est la clef de voûte de ce nouvel ordre européen, des raisons internationales s'ajoutent aux causes géographiques et historiques pour faire de la politique tchécoslovaque avant tout une politique d'Europe centrale. Avant tout, mais non exclusivement : car elle a le mérite de voir de haut et de loin, d'embrasser les questions dans leur ensemble et dans leur complexité, et, si les nécessités de l'action la contraignent à les diviser et à tenter de les résoudre en s'élevant du simple au composé, de ne jamais considérer du moins les solutions partielles que comme des résultats fragmentaires et des étapes. En Europe centrale, resserrement des liens d'amitié ou d'alliance avec les autres « États successeurs » de l'Autriche-Hongrie, établissement de relations correctes et sûres avec les anciens ennemis ; dans la politique continentale ou universelle, accord intime avec les grands Alliés d'Occident, sympathie ardente pour le peuple russe, dévoûment sincère aux idées de justice et de concorde internationales que symbolise la Société des Nations, ainsi se caractérise l'action internationale de la République tchécoslovaque. Né d'hier, ou plutôt réveillé d'hier d'un sommeil de plusieurs siècles, ce nouvel État doit à sa jeunesse d'être libre de traditions rigides et d'habitudes surannées. Sa diplomatie, dont il a

dû improviser la doctrine et le personnel, est faite par des hommes nouveaux, avec des idées et des métliodes nouvelles. Démocratique par son respect de la vérité, son étude exacte des questions qu'elle a à résoudre, son sens de la psychologie des nations, son souci des intérêts économiques, elle est réaliste, non point au sens brutal et matériel de l'esprit bismarckien, mais parce qu'elle fonde ses calculs sur les réalités humaines et nationales, parce que, dans la vie internationale, elle voit les peuples, et non pas les cabinets ou les cours. Elle fait une grande politique, puisqu'elle a de vastes desseins et qu'elle se propose des buts lointains et élevés, mais elle la fait simplement, par des moyens directs, et au grand jour. La disparition de l'Autriche- Hongrie a heurté bien des traditions, bien des préjugés, de vieilles habitudes de pensée, et lésé les intérêts les plus divers : aussi la nouvelle République s'est-elle, dès ses débuts, sentie accueillie par beaucoup de scepticisme, de défiance et d'hostilité. Résolue à ne se prêter à aucune combinaison qui, sous quelque nom et quelque forme que ce fût, ressuscitât l'ancienne Autriche-Hongrie, attachée d'autre part à ne pas compromettre les avantages que les pays tchécoslovaques retiraient de l'unité économique du bassin du moyen Danube, elle a aperçu dans un système très souple d'accords économiques le moyen de concilier l'indépendance de la République, sur laquelle elle ne transige point, avec l'interdépendance économique des États entre lesquels s'est divisé l'ancien domaine des Habsbourgs, et de créer peu à peu en Europe centrale des conditions de vie régulière et paisible, qui seront la meilleure garantie de la stabilité du nouvel ordre européen, et, par suite, de la sécurité et de la prospérité de la République.

Pour composer son corps diplomatique, le nouvel État ne disposait d'aucun personnel de carrière. Dans la diplomatie austro-hongroise, on rencontrait sans doute en assez grand nombre des noms de l'aristocratie des pays tchèques et des noms slovaques : mais ceux-ci appartenaient à des familles nobles depuis longtemps magyarisées, et, si l'aristocratie des pays tchèques a bien parfois, sous l'Autriche, fait cause commune avec la nation tchèque, elle n'a jamais accepté de se fondre en elle ; d'ailleurs, le service dans la

diplomatie impériale et royale austro-hongroise eût-il bien été la meilleure des écoles pour la nouvelle diplomatie républicaine ? Sauf une ou deux exceptions, justifiées par les services rendus sous le frac autrichien à la cause nationale, le corps diplomatique et consulaire de la République est donc fait d'hommes nouveaux, pris surtout dans la vie politique et dans l'Université, où la section d'histoire et de géographie a été traitée un peu en école normale de ministres plénipotentiaires. Les deux légations de Rome, entre autres, ont été confiées à deux historiens de mérite, MM. Krofta et Kybal. L'ancien corps consulaire austrohongrois est représenté par M. Stëpânek, ministre à Washington après avoir été durant la conférence de la paix secrétaire général du ministère des affaires étrangères ; l'administration par M. Mastny, ministre à Londres, ancien membre du directoire provincial (Zemsky vybor, Landesausschuss) de la Bohême ; la presse par MM. Dusek, à Berne, et Meciïà Bruxelles ; et la politique par les collaborateurs du Conseil national et du gouvernement provisoire de Paris, M. Maxa à La Haye d'abord, puis à Varsovie, M. Plesinger-Bozinov à Copenhague, et surtout M. Osusky à Paris, l'ancien secrétaire général de la délégation tchécoslovaque à la Conférence de la Paix, Slovaque contraint par la persécution magyare d'ém.igrer en Amérique, où il a trouvé dans l'étude et la pratique d'un droit vivant la meilleure des préparations à la tâche que lui réservait la République affranchie.

Un seul homme, au début de la République, jouissait d'une popularité qui pût se comparer à celle de M. Masaryk : M. Kramâr, condamné à mort pour haute trahison par un conseil de guerre autrichien pendant la guerre, gracié ensuite puis amnistié, président du Conseil national de Prague, et chef du premier ministère national. Il était seul aussi, avec le président, à posséder une notoriété européenne : ses discours au Reichsrat contre la Triple-Alliance et la politique germanophile en Autriche lui avaient fait une légitime renommée. Premier délégué de son pays à la Conférence de la Paix, son nom, ses relations européennes, sa connaissance de la politique et de l'économie internationales lui assuraient dans les débats de Paris une autorité personnelle. La ctise

■de juin 1919, ouverte en son absence par ses collègues de son parti, et qui se termina par un changement de ministère et de politique, diminua cette situation, et, depuis son retour au pays, en septembre 1919, il fait figure de chef d'opposition. Sa fidélité à ses amis, son attachement à la tradition de la politique tchèque du dernier demi-siècle de l'Autriche jusque dans ce qu'elle avait d'un peu rhétorique et romantique, surtout sa conception du problème russe, où, dominé par ses souvenirs, il se refuse à admettre qu'il se soit depuis 1917 produit des changements définitifs, lui ont imposé ainsi un rôle qui peut-être ne répond guère à sa nature et à ses goûts, et privent le pays d'un talent dont la République aurait pu attendre encore bien des services. Il ne manque pas d'esprits pour penser ou pour espérer que les circonstances le tireront nécessairement de sa demi-retraite et le replaceront au premier plan de la politique tchécoslovaque. Pour être l'appui unique ou même principal d'un gouvernement, il manque aujourd'hui à son parti, à la démocratie nationale, le nombre, la cohésion, et peut-être un programme positif. Mais M. Kramâï a un passé trop grand pour n'être et vouloir toujours n'être que l'homme d'un parti ou d'une fraction de parti.

Derrière ces chefs, les talents abondent dans la vie politique tchécoslovaque. Parmi les démocrates-socialistes, plus ou moins fidèles au marxisme, M. Tomâsek préside avec beaucoup de distinction la Chambre des Députés, et, dans les cérémonies nationales, exprime les sentiments des élus et des électeurs avec sobriété, force et dignité ; M. Habrnian, formé, au sortir des prisons politiques de l'Autriche, par des années de séjour en France et en Amérique, s'est montré au ministère bon administrateur autant que politique clairvoyant ; M. Tusar, qui récemment quittait la vie parlementaire pour la légation de Berlin, est un grand tacticien, négociateur consommé, qui a fait ses preuves comme viceprésident du Reichsrat durant la guerre et président du Conseil en 1919-1920 ; M. Meissner, ancien m.inistre de la justice, a été le rapporteur averti du projet de Constitution, et M. Bechynë, dans des moments difficiles, a rendu de très grands services à l'union nationale. L'un des plus brillants orateurs tchèques, M. Klofâc, victime aussi des juges mili-

taires autrichiens, dès ses débuts politiques ardent défenseur des aspirations nationales et de la solidarité slave, tempérament impétueux qui domine et entraîne les foules, est l'homme représentatif du parti socialiste national et, de son éclat, rejette un peu dans l'ombre de bons travailleurs comme M. Vrbensky, penseur curieux, et M. Vesely, juriste de valeur, l'un des disciples fidèles de M. Masaryk. La tentative faite par MM, Modrâcek et Hudec pour constituer un parti de socia- Usme réformiste où pussent trouver place aussi les éléments progressistes des classes autres que la classe ouvrière, et notamment de la bourgeoisie intellectuelle, n'a pas eu jusqu'ici le succès auquel elle paraissait d'abord destinée ; mais ces deux ouvriers devenus théoriciens, journalistes et organisateurs politiques restent de très attachantes figures. La personnalité la plus intéressante des agrariens est M. Svehla, paysan des environs de Prague, plein de finesse, de pénétration, d'habileté, dont le succès au ministère de l'intérieur a été très grand ; le président du Sénat, M. Horâcek, économiste réputé et professeur à l'Université de Prague, compte dans ce parti. M. Rasin, avocat d'affaires de grande expérience, politicien énergique et âpre, est le conseiller écouté de M. Kramâf, dont il a partagé la prison. Mais le parti national-démocrate n'est pas unanime à approuver sa direction parlementaire, et surtout le groupe morave, avec ]\L Englis, professeur à l'Université de Brno, économiste de renom et de valeur, hier encore ministre des finances, aspire à un rajeunissement du programme et de la tactique, tandis que des hommes comme M. Herben^ brillant essayiste, l'un des plus dévoués adeptes de M. Masaryk, et M. Hajn, au temps de l'Autriche l'un des premiers champions d'une politique purement nationale, restent, en dépit des formules d'unité, un peu en marge du parti. Le chef parlementaire des catholiques est Mgr Srâmek, député de Moravie. Dans le groupe slovaque, aujourd'hui dispersé entre les divers partis, mais dont les micmbres restent cependant unis par le souci des intérêts spéciaux de leur petite patrie, M. Dérer et M. Markovic, ce dernier collaborateur du Conseil national en exil, représentant l'aile socialiste, et les abbés Juriga et Hlinka, victimes des persécutions magyares, le second fantasque, changeant, tiraillé

entre un ardent patriotisme tchécoslovaque et un sentiment exalté de particularisme slovaque-catholique, le groupe catholique (populaire) ; tandis que le centre, de teinte agrarienne nuancée de démocratie nationale, se groupe autour de M. Srobâr, le premier qui ait porté dans la jeunesse slovaque l'influence de Masaryk, honoré durant la guerre des particulières rigueurs du gouvernement magyar, et de M. Hodza, l'un des esprits les plus souples, les plus avertis, les plus ingénieux de la politique tchécoslovaque. Parmi les Allemands, la figure la plus intéressante vient de disparaître, le socialiste Seliger, organisateur en 1918 et 1919 de la résistance nationale et de la revendication du droit de libre disposition le plus extrême, pour finir par être le grand espoir des partisans de la conciliation des deux nationalités. M. Lodgman, qui est le porte-paroles des partis bourgeois, après avoir paru hésiter entre deux attitudes, a fini par se cantonner dans celle de l'intransigeance ; mais il ne serait pas surprenant de voir un beau jour les socialistes, les agrariens et les chrétiens sociaux allemands préférer à une négation stérile et dangereuse une politique positive fondée sur l'acceptation sans arrière-pensée des faits accomplis et sur la renonciation au chimérique espoir de renverser l'ordre nouveau de l'Europe centrale.

Les trois premiers ministères de la République ont été des gouvernements parlementaires, l'un d'union sacrée sous M. Kramâi- (novembre 1918-juin 1919), les deux autres de coalition socialiste-agrarienne sous M. Tusar (juillet 1919mai 1920 et mai-septembre 1920). La difficulté d'éviter dans une combinaison parlementaire des tiraillements, des froissements et des jalousies a fait adopter pour le quatrième ministère le principe d'un cabinet de spécialistes et de fonctionnaires, et l'expérience semble avoir dans une large mesure justifié cet essai. Mais l'idée d'un cabinet pris dans le Parlement paraît à bien des milieux plus conforme à l'esprit des institutions de la République. Peut-être est-ce une combinaison des deux principes qui, dans une prochaine occasion, donnera la formule gouvernementale de la Tchécoslovaquie.

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