‹ La TchécoslovaquieChapitre 9 sur 29 · II. Partis allemands · texte numérisé non relu

II. Partis allemands

Chambre, 1.585.321 voix, 72 sièges ; Sénat, 1.364.109 voix, 37 sièges,

1° Parti social démocrate (marxiste non communiste) : Chambre, 689.201 voix,. 31 sièges (3 députés ont fait sécession poux former un groupe communiste) ; Sénat, 593.398 voix, 16 sièges.

2° Partis nationaux réunis : Chambre, 328.351 voix, 15 sièges ; Sénat, 300.333 voix, 7 sièges.

3° Parti agrarien : Chambre, 241.723 voix, 11 sièges ; Sénat, 210.724 voix, 7 sièges.

4° Parti sociaUste chrétien : Chambre, 212.199 voix, 10 sièges ; Sénat, 141.495 voix, 5 sièges.

5° Parti Hbéral démocratique : Chambre, 105.418 voix, 5 sièges ; Sénat, 118.159 voix, 2 sièges.

III. Partis magyars (tous en Slovaquie, la plupart magyarsallemands) :

Chambre, 279.410 voix, 10 sièges ; Sénat, 140.864 voix, 3 sièges.

1° Parti clirétien social magyar et allemand : Chambre, 139.246 voix, 5 sièges ; Sénat, 100.371 voix, 2 sièges.

2° Parti social démocrate magyar et allemand : Chambre, 108.926 voix, 4 sièges ; Sénat, pas de liste.

3° Parti paysan magyar : Chambre, 26.464 voix, 1 siège ; Sénat, 40.393 voix, 1 siège.

La Constitution garantit aux citoyens l'égalité devant la loi, la liberté de leur personne, de leurs biens et de leur domicile, la Uberté d'opinions, de religion, de réunion et d'association, l'inviolabilité de leur correspondance ; elle place sous la protection spéciale des lois le mariage, la famille et la paternité. Elle assure aux minorités nationales, religieuses et ethniques, la protection des droits que les grandes puissances ont tenu à leur faire reconnaître dans l'Europe centrale et orientale, et qui forment en particulier l'objet du traité signé par la Tchécoslovaquie à Sèvres le 10 septembre 1919. Ces minorités ont en tout les mêmes droits que la majorité ; notamment dans les subsides de l'État à des établissements scolaires, charitables ou religieux, il doit leur être fait une part proportionnelle à leur importance numérique. Toute minorité linguistique d'au moins 20 % a le droit d'user de sa langue dans toutes ses relations avec les autorités publiques, qui doivent lui répondre dans cette langue ; toute minorité « importante » a droit que sa langue

LES INSTITUTIOXS 41

soit enseignée à ses enfants dans les écoles publiques. La langue tchécoslovaque est d'ailleurs langue d'État, et peut être employée partout et en toute occasion.

Le territoire de la Russie subcarpathique, placé par les traités dans une condition spéciale, jouit d'une autonomie extrêmement étendue. Le pouvoir exécutif y est exercé sous l'autorité du président de la République par un gouverneur nommé par lui, et responsable devant l'Assemblée régionale. Celle-ci est souveraine en matière intérieure (question des langues, instruction publique, cultes, administration locale), et les fonctionnaires du pays sont, autant que possible, pris parmi ses habitants. Les députés et sénateurs que le territoire envoie au Parlement de Prague n'y votent que dans les affaires communes, c'est-à-dire celles qui ne sont pas du ressort de l'Assemblée régionale. Cette situation se rapproche de celle d'un État membre d'une Confédération comme les États-Unis ou la Suisse : mais il y manque le principe même de la souveraineté ; celle-ci appartient à la République tchécoslovaque, dont la Russie Subcarpathique n'est, comme disent les traités et la Constitution, qu'une partie autonome.

IL — La vie politique.

De son long passé d'oppression, et surtout du dernier demi-siècle rempli par la lutte contre un régime constitutionnel frelaté au profit des peuples dominants. Allemands et Magyars, l'esprit public tchécoslovaque a gardé, avec un pli d'opposition et de négation, tendance à ne voir nombre de problèmes que sous un aiigle un peu étroit. Mais le sentiment instinctif de la dignité nouvelle de la République, l'exemple et l'action d'hommes d'État qui, étroitement mêlés durant la guerre et depuis la paix aux événements capitaux de la grande politique internationale, conçoivent la mission et l'avenir de leur pays sous l'aspect non du provincial, mais de l'universel, la chute des barrières derrière lesquelles le régime policier de la soupçonneuse et tracassière Autriche isolait les pays tchécoslovaques du reste du monde, les contacts plus fréquents et plus intimes avec

l'étranger, grâce à des voyages au dehors plus nombreux et à des visites moins rares, élargissent peu à peu l'horizon politique de la nation tchécoslovaque, et la préparent à s'adapter complètement à sa nouvelle condition internationale. La vie politique d'aujourd'hui est 'faite du Jeu de ces deux tendances opposées et contradictoires. C'est la vie d'une période de transition, où la nation cherche instinctivement à épurer ses traditions, en les dégageant de ce qu'elles ont de suranné et d'encombrant, pour n'en apporter que le meilleur dans un nouvel esprit public tout pénétré d'influences européennes et universelles.

La question des nationalités domine toute la politique tchécoslovaque ; car, à l'exception peut-être,, mais peutêtre seulement, des communistes, chaque parti cherche d'abord dans tout problème qui surgit, dans toute solution que l'on en propose l'aspect national et les répercussions nationales. Les débats les plus importants de la haute pohtique mettent en face l'unde l'autre deux blocs nationaux, le bloc compact des Tchécoslovaques, et le bloc bigarré des Allemands et des Magyars. Tant que les questions nationales ne seront pas réglées d'accord entre ces deux blocs et à leur satisfaction commune (c'est-à-dire, sans doute, de bien longtemps), cette division nationale restera la règle, et le groupement purement politique des partis de même tendance de chacun des deux blocs nationaux, que l'on voit se produire parfois dans des débats de caractère surtout économique ou social, demeurera l'exception : à moins que parmi les Allemands, les éléments modérés et raisonnables ne se séparent des extrémistes nationaux, et ne parviennent à une entente loyale avec les Tchécoslovaques. La chose n'est ni impossible, ni peut-être improbable. Mais, pour que pareille tentative réussisse, il faudra aux Allemands qui en prendront l'initiative beaucoup de sens politique et de courage, aux Tchèques infiniment de finesse psychologique et de tact ; et la condition indispensable du succès sera une situation internationale consolidée, qui conseille aux Allemands la modestie et permette aux Tchécoslovaques de se montrer généreux sans riscjuer d'être imprudents.

En pohtique extérieure, les deux groupes nationaux prennent des positions diamétralement opposées. A l'excep-

lion de rexLrême gauche communisLe, les Tchécoslovaques veulent tous que la République reste fermement attachée aux alliances auxquelles elle a dû de naître : ils tiennent donc pour l'exécution sans faiblesse des traités de Versailles, de Saint-Germain et de Trianon, dont, avec plus ou moins de violence. Allemands et Magyars condamnent toute l'inspiration. Sur la question russe, les Tchécoslovaques se divisent : ils éprouvent tous une sympathie également profonde pour la Russie, et ont tous la même confiance dans son relèvement ; mais, aux uns, il semble ne pouvoir être l'œuvre que du peuple russe lui-même, et devoir créer une Russie nouvelle, politiquement toute différente de l'ancienne, tandis que les autres croient à la renaissance d'une grande Russie fort semblable à celle d'hier, et considèrent que la sagesse et l'honneur conseillent à ses alliés d'intervenir énergiquement pour aider à sa résurrection, et que, pour les Tchèques, surtout, c'est un devoir de reconnaissance et un acte de clairvoyance politique que de se mettre au service d'une intervention.

Dans les affaires intérieures, c'est sur la question des droits des minorités que s'affrontent le plus vivement les deux blocs nationaux ; et les discussions sur ce sujet sont aussi montées de ton et aussi passionnées que celles auxquelles donne lieu la politique extérieure. Par un naturel renversement des rôles d'autrefois, les Tchécoslovaques sont aujourd'hui les défenseurs des droits de l'État, tandis que les Allemands et les Magyars revendiquent ceux des nationalités. C'est entre les partis moyens des deux groupes que les antagonismes se marquent le plus vivement, et que l'entente sera le plus difficile. De tout temps la lutte des nationahtés, encore qu'elle soit par essence un conflit social qui touche le plus directement dans leurs intérêts essentiels les classes inférieures, a pris le caractère d'un duel entre les classes moyennes, et surtout entre leurs éléments intellectuels. Ceux-ci se neutralisent amsi réciproquement. Dans l'ancienne Autriche, c'était au profit de la dynastie et d'une aristocratie féodale. Dans une démocratie aussi complète que la République tchécoslovaque, ce sont les partis avancés, et en général les partis qui représentent des intérêts de classe, qui tirent avantage de cette division. L'unité de

doctrine ou d'aspiration chez les socialistes, une mentalité presque identique chez les paysans des diverses nationalités, facilitent et amorcent des collaborations qui, chez les « bourgeois », ne trouvent pas de terrain aussi préparé- Socialistes et agrariens tchécoslovaques et allemands ont ainsi été d'accord pour faire voter l'expropriation et le morcellement des grands domaines, et la socialisation des industries est une revendication commune de tous les socialistes.

Ces conditions de la vie politique et les habitudes acquises dans un long passé de combats passionnés donnent aux polémiques une ardeur qui tourne parfois à la violence et un ton dont la verdeur ne va pas toujours sans grossièreté. L'éloquence est rare au Parlement, et les orateurs de mérite reconnu n'en ont que plus de renom et de prestige. Au contact de la presse allemande, les journaux tchèques ont pris son type : comme elle, ils ont, du moins les principaux, deux éditions par jour, et parfois trois, celle du matin surtout abondante, souvent jusqu'à 12 et 16 pages ou même plus, compacte, les articles de la dimension et du style d'une dissertation savante ; mais il entre dans ces feuilles un peu indigestes quantité d'informations et d'explications souvent précieuses, notamment dans la partie économique. Cette presse est lue avec avidité, dans les bureaux, dans les familles, et surtout dans les cafés, où les hommes les plus graves lui consacrent sans peine plusieurs heures par jour. La revue d'information politique est encore assez rare, et exerce moins d'action, encore que quelques-uns de ces périodiques soient remarquablement intéressants et bien faits. Si la République tchécoslovaque n'a pas encore tout à fait la presse qui correspond à son degré de développement politique, c'est une conséquence naturelle de la condition provinciale où le pays a été tenu jusqu'à la fin de 1918. Mais les défauts s'atténueront et les lacunes se combleront par la simple action des nouveaux rapports avec l'étranger, et grâce à l'entrée dans la carrière d'une école de journalistes méthodiquement préparés à leur profession par l'étude des grandes questions politiques et par des stages en Occident.

Page 1