‹ La TchécoslovaquieChapitre 12 sur 29 · V. — Les finances · texte numérisé non relu

V. — Les finances

Faute de temps, manque d'études et d'expériences suffisantes, et suite des difficultés économiques et financières de la fin de la guerre, l'administration et le système financiers n'ont pas encore, eux non plus, pu être établis sur un plan nouveau. L'ancien régime autrichien et hongrois y reste donc en vigueur, avec un certain nombre d'adaptations. Les organes principaux de l'administration des finances sont les directions provinciales des finances, immédiatement subordonnées au ministère, et au-dessous d'elles, les directions d'arrondissement. Au budget de 1920, sur un total de 3.360 millions de couronnes de recettes d'impôts en chiffres ronds, 820 millions provenaient des impôts directs (impôts réels, 178 : foncier, 130, maisons, 47 ; — impôts personnels, 405 : revenus commerciaux et industriels, 172, impôts spéciaux sur les revenus, 34, impôt général sur le revenu, 199 ; — contribution de guerre, 227 ; impôt sur la fortune, 10); 171 des douanes, 664 des impôts de consommation (alcool, 153, bière, 84, sucre, 340, huiles minérales, 6, boissons, 42, allumettes, 32, viande, 6) ; 1.078 de l'enregistrement, du timbre et des taxes assimilées, y compris le chiffre d'affaires ; 849 des monopoles (dont 779 pour le tabac), 42 de la loterie. Le budget ordinaire de 1920 se balançait par 5.324 millions de recettes et 4.927 de dépenses ; l'extraordinaire par 2.427 et 5.489 ; le déficit total était donc de 2.665 millions de couronnes tchéco-

slovaques. Les plus gros chapitres des dépenses étaient : mesures provisoires pour le retour à l'état normal (démobilisation et indemnités de cherté de vie), 2.580 ; défense nationale, 2.212 ; ministère des chemins de fer, 1.603 ; dette publique, 1.158 ; finances, 1.055 ; monopole du tabac, 323 ; indemnités de résidence aux fonctionnaires et employés de l'État, 400 ; perte au change, 150 ; prévoyance sociale, 988 ; travaux publics, 506 ; postes et télégraphes 270; instruction publique, 204. Par suite de la hausse des changes et du renchérissement de la vie, le déficit réel est de beaucoup supérieur au déficit budgétaire; mais le ministère des finances a inauguré une politique très énergique de compression des dépenses et d'augmentation des recettes, par où il compte arriver en deux ans au rétablissement de l'équilibre.

La Dette publique a une quadruple origine : 1° la partie de l'ancienne Dette autrichienne ou hongroise mise à la charge de la République, en chiffres ronds 800 millions de francs or et 23 milliards de couronnes ; 2° les emprunts faits à l'étranger, pour les besoins des armées ou du ravitaillement, par le Conseil national, le gouvernement provisoire et la République, environ 1.250 millions de francs or ; 3° la quote-part de la Tchécoslovaquie dans la contribution de libération mise à la charge des États successeurs de l'ancienne Autriche-Hongrie, au maximum 750 millions de francs or ; 4° les emprunts intérieurs faits depuis 1918 pour couvrir les déficits budgétaires et accomplir la réforme monétaire, et les anciennes Dettes provinciales, environ 17 milliards. Le total est donc, en chiffres ronds, de 3 milliards de francs or, d'une part, représentant, au change de la fin de 1920, environ 42 milliards de couronnes, et de l'autre de 43 milliards de couronnes. Le poids de la Dette par tête d'habitant ressort ainsi à 6.300 couronnes, soit, au même change, environ 1.260 francs.

VL — L'armée.

Les institutions miUtaires constituent un compromis entre l'idée des milices, dont le principe est inscrit dans la loi, pour être appliqué aussitôt qu'il sera possible, et l'organi-

sation plus forte que commandent la situation géographique du pays et les circonstances politiques. La Tchécoslovaquie est entourée d'États dont aucun n'a encore trouvé son équihbre nouveau, et qui tous croient avoir soit une vengeance à tirer d'elle, soit une revendication à exercer contre elle. Si l'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie sont des ennemis vaincus impatients de leur défaite, la Pologne est un allié que l'idée de sa propre supériorité, la rancune de ne l'avoir emporté qu'à moitié dans l'affaire de Tësîn (où elle revendiquait quelques centaines de kilomètres carrés et quelques dizaines de milUers d'habitants de plus que ne lui a attribué l'arrangement de juillet 1920) et une profonde divergence de vues dans la question russe ont jusqu'ici empêché d'établir avec son voisin du Sud-Ouest des rapports dont la cordialité répondît à l'amitié qui paraît naturelle entre deux nations slaves, et exprimât la parfaite entente qui doit finir par les unir.

C'est surtout la leçon de choses donnée en juin 1919 par l'invasion des bolcheviks magyars en Slovaquie qui a achevé de convaincre de la nécessité d'une forte institution militaire même les esprits que leurs principes ou leurs penchants avaient jusqu'ici portés à la nier. Menacée sur toutes ses frontières, ou exposée, durant des années encore, à l'être à tout moment, la République tchécoslovaque a dû se protéger par une armure solide. D'autre part, la préparation militaire donnée à la jeunesse et aux hommes mûrs par la longue habitude des exercices gymnastiques en masses (pratiqués dans des sociétés fédérées qui comptent un très grand nombre de membres : les Sokols (Faucons), la plus répandue et la plus connue, plus de 300.000, en plus de 2.000 groupes ; les sociétés socialistes d'exercices physiques, 180.000 membres ; les sociétés catholiques, les Aigles (Orli), répandues surtout en Slovaquie) rendait inutile un service actif de longue durée, et permettait d'en réduire l'objet à l'instruction et à l'éducation strictement miUtaires.

La loi militaire du 19 mars 1920 a été établie avec l'active collaboration de la mission militaire française qui, depuis le début de 1919, remplit à Prague un rôle de conseil technique, et a, dans la campagne de Slovaquie, mis aussi

son expérience militaire au service de la jeune République dans des connnandements sur le front. Elle assigne à l'armée la mission de défendre contre l'ennemi extérieur l'existence, l'intégrité et la liberté de la République, et aussi celle de contribuer au maintien de l'ordre intérieur. Elle établit des obligations militaires qui s'étendent sur 30 années, de l'âge de 20 ans à celui de 50 (pour les militaires de carrière, 60), et astreint, en cas de mobilisation ou de guerre, tous les citoyens de 17 à 60 ans non mobilisés à donner à la défense nationale le concours qui répond à leurs capacités et à leur force. Les citoyens reconnus bons au ser\T[ce passent 20 ans dans l'active et la première réserve, 10 ans dans la seconde réserVte. La durée du service actif est fixée à deux ans jusqu'en 1924, 18 mois de 1924 à 1927, 14 mois à partir de 1927. L'active et la première réserve forment ensemble l'armée de campagne ; la seconde réserve fest une armée territoriale selon la nouvelle conception, c'est-à-dire destinée à assurer les services de l'arrière et de l'intérieur. La première réserve est astreinte, en 4 périodes au maximum, à 14 semaines d'exercices ; les officiers doivent 5 périodes de 4 semaines. En cas de mobilisation et de guerre les jeunes gens à partir de 18 ans peuvent être appelés, et les exemptés et réformés soumis à de nouvelles révisions. Ciiaque classe donne actuellement environ 75.000 hommes ; l'armée permanente s'élève donc à environ 150.000 hommes, l'amiéç de combat, avec le déchet normal, atteint dans les 1.200.000. Les cadres, officiers et sous-officiers, sont formés dans des écoles. Le territoire est divisé en quatre régions militaires : Bohême ; Moravie et Silésie ; Slovaquie ; Slovaquie orientale et Russie Subcarpathique. Au chef-lieu de chaque région, Prague, Brno, Bratislava et Uzhorod, réside un général qui a le titre de commandant militaire régional. Chacune est constituée en subdivisions (5 en Bohême, 3 en IMoravie et Silésie, 3 en Slovaquie et 1 en Russie Subcarpathique) qui sont le cadre des divisions actives du temps de paix et des divisions de réserve qui se forment à la mobilisation. En dehors de ces 12 divisions d'mfanterie, on compte

2 brigades de montagne, 2 brigades d'artillerie lourde et

3 brigades de cavalerie.

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