‹ La TchécoslovaquieChapitre 13 sur 29 · VII. — Les cultes · texte numérisé non relu

VII. — Les cultes

Les neuf dixièmes de la population de la République tchécoslovaque sont catholiques, 7 % protestants (4,5 % luthériens, 2,5 calvinistes) et 3 % Israélites. Les trois pays tchèques sont presque purement catholiques : 95 % contre 3,5 % de protestants et 1,5 de Juifs. La carte religieuse de la Slovaquie est plus diverse : 67 % de catholiques, 8,5 d'uniates, 19 de protestants, 5 d'Israélites. En Russie Subcarpathique, les uniates sont la majorité : 63 % contre 8,5 de catholiques, 12,5 de protestants et 16 d'Israélites. En dépit de ces chiffres, la position du catholicisme est beaucoup plus forte en Slovaquie que dans les pays tchèques. En Bohême et en Silésie, il n'est guèfe qu'une étiquette sociale et administrative : le fond de l'esprit est hussite, c'est-à-dire protestant, surtout dans les classes supérieures ; la Contre-Réforme habsbourgeoise a bien pu contraindre l'esprit de libre examen, l'hérésie, à se réfugier au fond des consciences et à s'y cacher, mais elle n'a pas pu l'étouffer. Le catholicisme des Slovaques, au contraire, est profond, religieux, docile et jaloux. Il n'est pas intolérant, et les relations entre le clergé des diverses confessions sont cordiales : les catholiques reconnaissent volontiers les services que le protestantisme a rendus à la cause nationale. C'est l'irréligion, ou l'apparence de l'irréligion, surtout frondeuse et moqueuse, qui les irrite : la plus grande partie des froissements qui, aux débuts de la République, se sont produits entre Tchèques et Slovaques ont eu leur cause dans le heurt de deux états d'esprit contradictoires. La séparation des Églises et de l'État vers laquelle paraît s'acheminer la République posera des problèmes compliqués, et sans doute la Slovaquie sera-t-elle mise à un régime particulier, au moins pour une assez longue période de transition. Il n'est pas certain que des difficultés du même ordre ne se présentent pas en Moravie : géographiquement plus exposée à l'influence de Vienne, cette province est plus catholique que la Bohême, et l'état religieux de sa popu-

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lation se rapproche de celui de la Slovaquie. L'établissement d'un nouveau régime des cultes est une des tâches urgentes qui s'imposent à la Tchécoslovaquie ; la séparation répond à la conception générale de sa politique, et surtout elle ne saurait s'accommoder longtemps du régime hérité de l'Autriche, où, sous les apparences de la liberté, le catholicisme était en fait reUgion d'État. Des brèches ont déjà été faites dans ce système, notamment par la loi qui, instituant le divorce, a porté la première atteinte au principe de la stricte confessionnalité du droit matrimonial. La transformation nécessaire paraît d'ailleurs devoir se faire non dans un esprit d'hostilité à l'Église catholique et de lutte violente contre le Saint-Siège, mais par consentement mutuel, au moyen de négociations amicales et avec une volonté de respect réciproque. C'est ainsi qu'ont déjà été accomplis les changements de personnel dans l'épiscopat, rendus nécessaires par l'impopularité d'un haut clergé inféodé au régime déchu. Une partie du jeune clergé, sous l'empire d'idées très modernistes, a entrepris d'appeler à la vie une Église nationale, d'allure générale vieille-catholique. Mais sa tentative n'a point jusqu'ici eu grand succès : la nouvelle foi ne compte guère plus de 150.000 fidèles. Cet essai, du moins, a une fois de plus montré combien l'esprit tchèque est attiré par les problèmes religieux. Sous une grande indifférence aux pratiques se cachent chez beaucoup des Tchèques les plus cultivés un profond sentiment du divin et l'inquiète recherche de la vérité religieuse. On n'épuiserait pas la psychologie religieuse du peuple tchèque en le représentant comme sceptique, matérialiste et athée. Au contact des trois grandes confessions qui se partagent l'Europe, ayant dans l'esprit ce qu'y ont mis d'universel Jean Hus, ses disciples et leurs successeurs, il a un sens et comme un instinct religieux dont les manifestations peuvent devenir très intéressantes et originales.

La hiérarchie catholique comporte actuellement deux archevêchés, Prague et Olomouc (Olmiitz), neuf évêchés de rite latin et deux de rite grec. Les Églises protestantes sont organisées en synodes, superintendances (en Slovaquie districts) et seniorats. Les communautés juives ne sont point rassemblées en groupements administratifs, mais seu-

lement en associations libres : elles se partagent entre la tendance libérale et l'orthodoxe. A un autre point de vue, l'élément israélite se di\ige en nationalistes et eu assirailationnistes. Les premiers prétendent former dans la République une nationalité juive distincte pourvue de tous les droits reconnus par les traités et la Constitution aux minorités nationales ; les autres ne veulent être que des citoyens tchécoslovaques de langue ou tchèque ou allemande et de religion juive. Le problème se complique d'éléments historiques et sociaux. Historiquement, une bonne partie des Juifs se sont, de 1848 à 1918, mis en Autriche du côté des Allemands et du gouvernement qui les favorisait, en Slovaquie du côté des Magyars. Il en résulte des rancunes qu'avisent encore les conditions économiques et sociales. Socialement, les Juifs occupent dans l'industrie, le commerce, la finance, les professions libérales, une place disproportionnée à leur part dans le total de la population et suscitent ainsi des jalousies auxquelles s'ajoutent en Slovaquie les haines qu'ils ont provoquées dans les villages, comme cabaretiers et prêteurs d'argent. La proportion de l'élément juif dans la population va en augmentant de l'Ouest à l'Est : 1,27 °o ^n Bohême, 1,57 en Moravie, 1,78 en Silésie, 5,3 en Slovaquie, 16,2 en Russie Subcarpathique. A ce nombre croissant correspond nécessairement, et les raisons géographiques y contribuent encore, une assimilation décroissante. Il y a là tous les éléments d'un problème juif d'autant plus délicat à traiter et peut-être difficile à résoudre qu'il se pose au voisinage immédiat de la Pologne et de la Hongrie.

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