I. — Les richesses naturelles
Par leur moindre altitude et les conditions climatiques plus favorables qu'elle entraîne, les vallées des fleuves et des grandes rivières offrent à la production agricole les meilleures chances de rendement et de qualité. Au tracé des principaux cours d'eau correspondent ainsi exactement les quatre grandes régions agricoles de la République. En Bohême, c'est la cuvette de l'Elbe et de ses affluents, Vltava, Ohre, Jizera (Iser) et Orlice (Adler), délimitée par une ligne que d'Ouest en Est jalonnent à l'intérieur les villes de Zatec (Saaz), Litomëfice (Leitmeritz), Jicin, Hradec Krâlové, Chrudim et Câslav. En Moravie, la vallée de la Dyje, avec ses affluents Svratka (Schwarzawa) et Svitava, et celle de la Morava, d'abord parallèles, ensuite convergentes, forment les deux fertiles plaines de la Hanâ, la grande surtout, dont Olomouc est le centre, célèbre pour sa richesse. La vaste plaine danubienne de la Slovaquie occidentale est fameuse par ses récoltes, et la bande de terres basses qui, dans la Slovaquie orientale, borde entre l'Ipel et le Hornâd le massif métallifère, s'épanouit au delà de l'Ondava dans la large vallée de la Tisa et de ses afïluents. La tache verte
des forêts suit sur presque tout son pourtour la ceinture montagneuse de la Bohême, particulièrement étendue et sombre dans la Sumava (prolongement de la Forêt de Bohême au sud du seuil de Domazlice (Taus)), et dans les monts des Géants, et s'étale en Silésie sur le bord oriental du bassin de Glatz. A la frontière morave-slovaque, elle couvre les Carpathes blanches et les Petites-Carpathes, puis plus au Nord-Est les Beskydes et les Tâtry, s'allongeant dans les Monts Métallifères jusqu'au voisinage de Nitra, et dans les hautes vallées du Vâh et du Hornâd jusqu'à quelques lieues de Kosice. Interrompue entre les vallées du Dunajec et de l'Ondava, elle s'étale de nouveau sur la Russie Subcarpathique, élargie en triangle du Xord-Ouest au Sud-Est jusqu'à recouvrir toute l'extrémité orientale du pays. L'industrie s'est attachée surtout aux gisements minéraux, houillers ou métalliques, et les régions textiles se trouvent le plus souvent au voisinage des montagnes. Autour des mines des vallées de l'Ohfe et de la Bîlâ et des minerais voisins s'est développée la grande région charbonnière et métallurgique du Xord de la Bohême, à laquelle se rattachent Prague et la vallée de la Berounka (Beraun) avec Plzen (Pilsen). A la bordure du pays charbonnier de Karvinnâ, en Silésie, sont nés à l'Ouest le grand centre métallurgique de Moravskâ-Ostrava avec Vitkovice (Màhrisch-Ostrau-Wittkowitz) et, à l'Est, les usines de Tfinëc, près de Tèsin. Sur les deux versants des Monts Métallifères slovaques se font face la région métallurgique de Banskâ-Bystrica - Kremnica - Stiavnica (Beszterczebânya - Kôrmocbânya-Selmeczbânya, Neusohl-Kremnitz-Schemnitz) dans la moyenne vallée du Hron, et celle de Dobsina- Roznava-Rimavskâ-Sobota (Dobsina-Rôzsnyô-Rima-Szombât, Dobschau-Rosenau-Rima-Szombât) dans le haut bassin de la Slanâ et de ses affluents, au voisinage des usines de Salgô-Tarjân et de Miskolcz, parties du même bassin que la frontière laisse à la Hongrie. Les industries textiles, moins étroitement liées au sol, se pressent surtout le long de la frontière orientale de la Bohême, au bord des Monts des Géants, et, par delà la pointe méridionale du bassin de Glatz, en Silésie occidentale : elles font ainsi pendant à celles de la Saxe et de la Haute-Silésie. Les deux versants
des hauteurs de Moravie leur ont offert dans la région de Humpolec-Jihlava un centre secondaire, qui se prolonge jusqu'à Brno, foyer industriel un peu isolé, aussi important pour sa métallurgie que pour ses tissages. Dans l'ensemble, la Bohême et surtout la Silésie sont les régions les plus industrielles, tandis que la jNIoravie et la Slovaquie accusent davantage la prédominance du caractère agricole. Le charbon n'est pas abondant dans la République tchécoslovaque. A côté d'un grand nombre de petits gisements ou insignifiants ou inexploitables on ne compte que 5 bassins houillers importants, et 4 de lignite ; pour la houille, Ostrava Karvinnâ, Plzen-Stribro (Mies), Kladno, Zâclef (Schatzlar) dans le Nord-Est de la Bohême, Rosice (Rossitz) en Moravie, un peu à l'Ouest de Brno ; pour le lignite, Bohême du Nord, autour de Most et Duchcov (Briix et Dux), Falknov sur l'Ohre (Falkenau), Moravie du Sud, autour de Hodonin, Slovaquie (Handlovâ, dans le département de Nîtra). Encore le tableau de l'extraction en 1919 montre-t-il bien que, sur ces 9 bassins, il n'y en a que cinq sur la production desquels l'industrie tchécoslovaque puisse vraiment faire fond.
Extraction en 1919, en tonnes, et pourcentage de l'extraction totale de la Tchécoslovaquie :
Houille.
Ostrava-Karvinnâ 6.852.000 tonnes 69,6 %
Kladno 1.419.000 —
Plzen-Stfibro 920.000 —
Zâcleï 343.000 —
Rosice 320.000 —
Lignite.
Bohême du Nord 13.084.000 tonnes
Falknov 3.461.000 —
Moravie du Sud 22.8000 —
Handlovâ 13.2000 —
On comprend ainsi l'intérêt passionné que l'opinion tchécoslovaque a pris au règlement de la question de Tesin. La revendication polonaise sur une grande partie du territoire de ce duché silésien, qui depuis des siècles faisait partie des pays de la couronne de Bohême, ne heurtait pas seulement la nation dans son sentiment du droit et dans sa dignité ; elle mettait aussi en péril l'indépendance économique de la République, et ainsi tout son avenir. Les réserves du bassin d'Ostrava-Karvinnâ sont estimées à 8 milliards de tonnes, celles des autres bassins houilliers à guère plus d'un demi-milUard. On a calculé que sur la base de l'accroissement probable de la consommation actuelle, cette réserve d'un demi-milliard serait épuisée en cinquante ans. L'arrangement qui a clos le litige de Tésîn a laissé à la République tchécoslovaque la moitié environ des réserves d'Ostrava- Karvinnâ. De la sorte, son industrie a au moins le temps de s'organiser pour puiser à d'autres sources l'énergie dont elle aura besoin lorsque celle de la houille lui manquera. Les réserves de lignite sont évaluées à 11 ou 12 milhards de tonnes, et la consommation actuelle est d'environ 75% supérieure à celle de la houille.
L'extraction de la houille a été en progrès constant dans les quarante années de 1876 à 1916. A ne considérer que les bassins principaux, elle a, durant cette période, presque quintuplé, de 3.100.000 tonnes à 14.000.000 en chiffres ronds. Celle du lignite, partie de 5,010.000 tonnes en 1876, a atteint son maximum en 1913 avec près de 17 millions ; depuis elle était par une diminution régulière redescendue en 1916 au chiffre de 14.000.000. Entre 1916 et 1918, la guerre faisant sentir tous ses effets, l'extraction tombe à 10.900.000 pour la houille et 11.400.000 pour le hgnlte. En 1919, la houille donne un résultat encore moins satisfaisant, par suite du gros déficit du bassin de Karvinnà, dont l'une des causes principales est la situation pohtique troublée ; le lignite au contraire se relève. 1920 voit une reprise générale (11.143.000 tonnes de houiUe, 19.943.000 de hgnite) que la consolidation pohtique et économique de l'Europe ne pourra qu'accentuer.
Tandis que la production de houille de la Tchécoslovaquie ne suffit pas à la consommation indigène, la production de
lignite au contraire, la dépasse. En outre, les houillières tchécoslovaques ont, par suite des conventions qui règlent la liquidation • de l'ancienne monarchie austro-hongroise, l'obligation de fournir une importante quantité de charbon à l'Autriche et à la Pologne : le quart environ de la production tchécoslovaque passe ainsi à l'étranger, Il en résulte un déficit en houille qui est comblé, en partie, par un échange avec l'Allemagne : elle prend du lignite contre de la houille qu'elle fournit, dans la proportion de 2 à 1 ; une convention conclue en janvier 1921 prévoit un échange mensuel de 220.000 tonnes de lignite contre 110.000 de houille. La quantité totale de charbon exportée par la Tchécoslovaquie a été en 1920 de 1.134.000 tonnes de houille, 274.000 de coke, 3.430.000 de lignite, 55.000 de briquettes de lignite. Les pays destinataires ont été l'Autriche (522.000 tonnes de houille, 142.000 de coke, 1.062.000 de lignite, 12.000 de briquettes), l'Allemagne (28.000 de houille, 2.368.000 de lignite, 43.000 de briquettes), la Pologne, uniquement par le bassin de Moravskâ-Ostrava (570.000 tonnes de houille, 117.000 de coke). Le reste, par petites quantités, est allé surtout en Yougoslavie, en Hongrie et en Roumanie. L'importation n'a porté que sur de la houille et du coke de Haute-Silésie, 918.000 tonnes de l'une et 125.000 de l'autre.
Les trésors enfouis dans le sol de la Tchécoslovaquie sont extrêmement variés. On y trouve en effet de l'or (quantité de métal produite en 1917 : 130 tonnes), de l'argent (27.500 tonnes), du cuivre (en 1913 : 1.000 tonnes), des minerais de fer (1913 : 990.000 tonnes, 1917 : 711.000), de plomb (1917 : 8.000 tonnes), d'étain, d'antimoine, de zinc, de graphite (29.000 tonnes), d'urane (780 kilos) et de wolfram (9 tonnes), du sel. Parmi les terres précieuses, outre les argiles à briques (dans les régions de Prague, de Brno et de Breclava), on remarque le kaolin (surtout près de Karlovy Vary et de Znojmo) et le feldspath, qui ont donn énaissance à une importante industrie de la porcelaine, et la silice qui se rencontre dans le Nord de la Bohême et dans la haute vallée de l'Ipel.
Une des grandes richesses naturelles de la République réside dans ses sources minérales et thermales, nombreuses.
L'ÉTAT ÉCONOMIQUE 7a
abondantes, variées et efTicaces. Les principales se trouvent dans les deux vallées de l'Ohie et du Vâli, ou dans leur voisinage : d'une part Karlovy Vary (Carlsbad), Frantiskovy Làznè (Franzensbad), Mariilnské Lâznê (Marienbad), et Teplice, de l'autre Piestâny (Postyén, Pistyan)etTrencianské Teplice. Parmi les autres, moins importantes, Luhacovice, en Moravie, sur les pentes occidentales des Carpathes blanches, Podëbrady, dans la vallée de l'Elbe, Bilina près de Teplice, Kysibl (Giesshiibel), au voisinage de Karlovy Vary,. Rajec sur le versant Ouest des petites Tâtry, Sliac dans la vallée du Hron méritent d'être citées. Avant la guerre, l'afflux des baigneurs venus des pays même les plus lointains était pour l'Autriche une source de gros revenus : la République n'en tirera pas moins de profits lorsque le rétablissement de communications plus faciles qu'aujourd'hui en permettra le plein développement. D'autre part, l'exportation des eaux minérales occupe une place intéressante dans le bilan du commerce extérieur tchécoslovaque.
Dans un avenir assez prochain, la Tchécoslovaquie peut trouver dans sa richesse en pétrole une compensation à l'insuffisance de sa production charbonnière. Il n'existe encore qu'une exploitation en activité, les puits slovaques de Gbely (Egbell), à l'extrême pointe sud-occidentale des Carpathes blanches ; et le rendement annuel n'en est que de 6 à 7.000 tonnes. Mais l'identité géologique des versants septentrional et méridional des Carpathes a porté à soupçonner la présence en Slovaquie orientale et en Russie Subcarpathique de gisements pétroliers dont les sondages ont confirmé l'existence. Ils ne paraissent pas devoir le céder de beaucoup à ceux de la Galicie, dont la richesse est connue et dont la fortune a été grande. S'il en est ainsi, la Tchécoslovaquie prendra rang parmi les pays grands producteurs de pétrole, et verra s'ouvrir devant elle de nouvelles perspectives très brillantes d'avenir économique.
A côté de l'énergie tirée du pétrole, celle que fourniront les forces hydrauliques lui permettra de voir avec moins de craintes approcher le moment où ses réserves de charbon seront épuisées. Les rivières de montagne à pentes rapides non moins que les fleuves plus calmes et plus puissants offrent d'immenses ressources à une électriflcation systé-
matique, dont les travaux préparatoires ont été entrepris presque dès la naissance de la République. Pour la ,seule Slovaquie, les études faites sous l'administration hongroise, qui n'avaient guère porté que sur les stations de plaine (au-dessous de 400 mètres d'altitude), accusaient une capacité de production de plus d'un milliard et demi de kilowattsheures par an, qu'augmenterait notablement le contingent fourni par les stations plus élevées. Celui des pays tchèques n'y resterait certainement pas inférieur. Aux usines centrales hydrauliques s'ajouteraient les usines à vapeur qui seraient ou développées ou créées de toutes pièces : on y emploierait notamment les grandes quantités de lignite de qualité inférieure qui actuellement sont transportées à grands frais jusqu'aux lieux de consommation où l'énergie électrique arriverait à moindre coût, ou même restent inutilisées. Le territoire de la République est déjà divisé en 14 régions à électrifier. Les plus grandes usines prévues sont celles de Chomutov (Komotau), fonctionnant au lignite, et de Stèchovice, hydraulique, toutes deux destinées à alimenter la région de Prague ; on compte que la capitale à elle seule, avec toute son industrie, consommera 100 millions de kilowatts-heures par an, ce qui correspond à 300.000 tonnes de lignite. Les mines de lignite de la Bohême méridionale seront une source nouvelle d'électricité. En Moravie, l'agrandissement de l'usine à vapeur d'Oslavany et la création près de Znojmo d'une nouvelle usine hydraulique donneront une puissance presque égale à celle de la région de Prague. Pour la Slovaquie, c'est surtout la force des eaux du Vâh qui peut servir à en modifier toutes les conditions économiques. Les conséquences de ce plan de grande envergure, dont l'exécution est amorcée, se feront sentir jusque dans un tout autre domaine. Non seulement le problème de l'énergie industrielle se trouvera singulièrement simplifié, et celui des chemins de fer prendra un aspect tout nouveau : mais les travaux d'aménagement des cours d'eau permettront une irrigation dont l'agriculture ressentira les heureux effets ; et, par l'augmentation de la capacité des voies navigables et la correction de nouvelles rivières, des transports plus faciles et plus économiques seront assurés aux grosses industries du pays.