‹ La TchécoslovaquieChapitre 20 sur 29 · V. — Le commerce · texte numérisé non relu

V. — Le commerce

L'ensemble du commerce tchécoslovaque s'est élevé, dans l'année 1919, à 4.550 millions de couronnes à l'exportation et 5.300 à l'importation. Dans ces chiffres ne figurent ni je charbon à l'exportation, ni les achats du ravitaillement d'État qui se sont montés à 2 milliards de couronnes. Pour 1920, les statistiques définitives ne portent encore que sur le premier semestre, et ne représentent que le volume du mouvement commercial et non sa valeur. Une statistique provisoire évalue le total des importations de l'année à 12.500 millions de couronnes, celui des exportations à 13.300. A cause du dérèglement économique de l'univers, de la crise de la couronne tchécoslovaque et de l'existence de nombreuse restrictions à l'importation et à l'exportation, ces chiffres n'ont qu'une valeur d'indice ; ils ne marquent pas la capacité comm.erciale de la Tchécoslovaquie, mais ils perm.ettent d'entrevoir la place que, dans des conditions normales, elle pourra prendre dans la vie économique du monde.

Les chiffres du premier semestre de 1920 montrent que le commerce tchécoslovaque n'emprunte encore les voies fluviales que pour un cinquième à l'exportation, un dixième à l'importation, et que la route de l'Elbe est dix fois plus employée que celle du Danube. Elles placent l'Allemagne au premier rang des fournisseurs ou des clients de la Tchécoslovaquie (60 % des importations, 44 % des exportations, mais il est possible qu'une partie de ces chiffres vienne au compte du transit encore insuffisamment organisé), l'Autriche au second, comme acheteur (8 % des importations, mais 35 % des exportations, ce qui réfute le reproche souvent adressé aux Tchécoslovaques de vouloir l'affamer). Les États-Unis vendent à la Tchécoslovaquie 3,5 % de ses

importations, et lui achètent en quantité fort peu. Le contingent de l'Italie est, à l'importation en Tchécoslovaquie, 2 %, à l'exportation 3 ; celui de la France, 0,5 et 4,5. Lorsque le service de statistique, que la République a dû improviser et dont les débuts sont encourageants, fonctionnera normalement, lorsqu'il aura pu fournir, pour plusieurs années, des chiffres comparables, l'étude détaillée et méthodique du développement des relations commerciales de la Tchécoslovaquie promet d'intéressants enseignements.

Le plus gros article d'exportation, par sa masse, est le charbon (le rang qu'occupe l'Autriche parmi les chents de la Tchécoslovaquie s'explique en partie ainsi) ; ensuite le sucre, le bois, le verre, le papier, les produits de la métallurgie. A l'importation les charbons, le sel de cuisine, les céréales, les huiles et goudrons, le coton, le vin, les substances et prod uits chimiques, la laine, le poisson. Si faussés qu'ils soient par l'omission du charbon, les chiffres de 1919 ont une valeur d'indice qui ne peut pas être négligée. Ils montrent que l'Autriche a reçu de la Tchécoslovaquie 1.400 millions de couronnes de marchandises, et lui en a livré 610 (elle était encore, dans une très large mesure, l'intermédiaire des échanges entre la Tchécoslovaquie et la Hongrie) ; l'Allemagne, 620 et 540 millions ; la France, 526 (grâce au sucre) et 190 ; la Pologne 364 et 66 ; l'Itahe, 174 et 515 ; la Grande-Bretagne, 138 et 242. Par catégorie de marchandises, les premiers articles étaient le sucre (1.265 millions), le houblon et les autres produits végétaux (576), le bois (544), les tissus (429), le verre (423), les produits métallurgiques (278), le papier (155) ; à l'importation les denrées a limentaires et boissons (2.100 millions), les matières premières nécessaires à l'industrie et les produits textiles (1.100), les machines (257), le fer et les métaux (240), les produits chimiques (185), le cuir et les articles de cuir (184), les denrées coloniales (125).

Le bouleversement général des conditions économiques à la suite de la guerre entraîne nécessairement de grandes modifications dans l'orientation du commerce tchécoslovaque, et par contrecoup dans certaines industries importantes. L'industrie textile de Brno, par exemple, avait ses principaux marchés en Hongrie et dans les Balkans. Elle

était outillée pour fournir à ces pays les étoffes grossières qu'ils consomment en masses, produisait donc à bon marché, c'est-à-dire en grosses quantités, et pour une bonne part en laine renaissance, au moyen de draps usagés qu'elle retravaillait, et dont elle importait les déchets principalement d'Allemagne. Mais l'Allemagne interdit cette exportation ; par suite des jeux du change, la Pologne et l'Autriche, grâce à la dépréciation de leur monnaie, offrent à meilleur compte que l'industrie morave chez ses clients traditionnels,^ et l'Italie commence à l'y concurrencer aussi ; en même temps, une partie de ces clients, la population paysanne, enrichie par la guerre, est devenue plus difficile, et demande désormais de la qualité ; enfin l'élévation du taux des salaires et le renchérissement des machines chargent la production de frais généraux que ne peut plus supporter une marchandise vulgaire. La conclusion est une crise, et l'idée de changer de système, et de se tourner désormais vers la fabrication de draps bons et chers. Tous les anciens débouchés ne se fermeront pas pour cela, mais peut-être une partie d'entre eux ; il en faudra donc chercher ailleurs de nouveaux. Bien des industries, dans l'état troublé de l'Europe orientale, devront procéder ainsi à des adaptations.

Pour assurer autant que possible sa stabilité économique, la République s'efforce de conclure des traités de commerce ou des accords commerciaux. Outre les États voisins, elle en a signé avec la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, et en étudie avec d'autres pays. Le régime de réglementation du commerce extérieur et de prohibitions qu'elle a adopté à ses débuts, pour des raisons surtout financières, fait place peu à peu à la liberté surveillée, et, dans les relations avec l'étranger, à des concessions réciproques, le plus souvent par voie de contingentement.

La position géographique de la Tchécoslovaquie, assise au centre de l'Europe, intermédiaire entre l'Ouest et l'Est du continent, bien équilibrée sur son agriculture et son industrie, semble la prédisposer à jouer dans le grand courant des échanges commerciaux de l'Europe un rôle original. Profitant de la proximité des débouchés et des marchés de matières premières de l'Europe orientale, sa métallurgie surtout, mais aussi ses industries textiles

peuvent, accentuant un mouvement déjà commencé, s'allier à celles de l'Occident pour leur emprunter les techniques et les perfectionnements grâce auxquels elles deviendront les grandes pourvoyeuses de la Russie et des Balkans en outillage, vêtements et articles de grosse consommation courante. Vers l'Europe occidentale serait dirigée la production de luxe, les spécialités, auxquelles se joindraient les bois, les sucres et les produits agricoles ; en échange, elle y achèterait, avec les machines de précision, les denrées alimentaires fines et les tissus de qualité supérieure. La structure économique du pays le prédestine à être grand exportateur, et, dans l'état où est l'Europe, son exportation est pour longtemps assurée de trouver à ses portes et dans son voisinage immédiat, parmi les pays de caractère agricole, la Hongrie, la Bulgarie, la Yougoslavie au moins pour un temps, et dans les immenses espaces de l'Est, un marché qui absorbera sans peine sa production.

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