I-ig
Neuf lettres ont leur forme dessinée dans la moitié supérieure, auxquelles il faut ajouter les lettres liées œ, œ, ainsi que douze lettres portant
des accents ou des points, se trouvent, par conséquent dans les mêmes conditions que celles de la figure i o :
âeefflftf¥W
Fig. 10,
Fig. II.
tra
Fig. II hh.
Fig. 12.
Les six lettres suivantes ont Içur forme accusée dans le bas de la ligne^ ainsi que ç ; cependant la lettre g pourrait être vue en haut et en bas.
^fO^
Fig. 13.
Enfin quatre lettres, plus la lettre o surmontée d'accents, ont leur image visible indistinctement en haut et en bas.
osxzoo
Fig. 14.
La proportion n'est plus la même pour les lettres capitales. Celles dont le dessin est bien distinct dans le haut sont au nombre de neuf, plus les lettres. liées se, (b.
ÂKiniwzv
Fig. 13.
Fig. 16.
Fig. 17.
Les accents, dans les majuscules n'étant pas toujours indiqués, il n'en a pas été fait de dessin, mais en général, elles sont donc visibles par en haut : tel à, é, u.
Il y a aussi huit lettres dont le dessin est en bas ;
Fig. i8.
Les neuf autres lettres ont la même forme, suffisamment définie, pour être visibles dans le haut ou dans le bas :
EFHIOPUXY
Fig. 19.
Une observation reste à faire au sujet du choix de la forme des lettres. Il aurait fallu, pour la démonstration de la vision de la lettre, adopter des capitales avec des déliés et des pleins afin de mieux faire ressortir la saillie de la lettre qui reste visible et qui permet dé la définir davantage, mais ayant commencé par des caractères gras pour les minuscules, on n'a pas cru devoir les modifier à cause de l'harmonie des lettres entre elles.
Cette disposition dans le dessin des lettres latines ou romaines, qui paraît d'une grande simplicité, nous rend très difficiles les débuts de lecture des caractères typographiques de forme
différente. Ainsi pour les caractères gothiques en usage en Allemagne, la vision se porte sur la forme entière des caractères ; la forme carrée et anguleuse des caractères russes, avec certains déliés et traits terminaux accessoires, en fait une réelle difficulté pour la lecture. Ce cadre ne permet pas de faire une analyse sur la lisibilité des différents alphabets connus ; cette étude exigerait le concours de bien des linguistes *•
Après ces généralités sur le mécanisme de la lecture, voyons son processus chez Tenfant :
Au début, récolier, regardant son livre, cherche à lire le dessin de la lettre avant de lire la suivante ; il fait un effort pour se rappeler la forme ; il assemble les lettres, puis il construit le mot en ' épelant les syllabes les unes après les autres, enfin il lit le mot^ Le mécanisme de la lecture se décompose donc en trois parties. La première seule nous intéresse, au point de vue de l'enfant, la lecture de la lettre. L'effort que fait l'enfant ne doit pas être contrarié par la défectuosité typographique de son livre.
Silalettreest trop petite, au-dessous de lo points, par exemple, l'enfant, même avec une bonne vue, sera tenté de rapprocher sa tête pour mieux voir le dessin. Si ce dessin est trop maigre dans toutes
* Lé fait de faire lire le mot à l'enfant avant qu'il ne connaisse bien ses lettres, en se basant sur la nécessité de connaître les sons, ne nous parait pas absolument logique.
les parties de la lettre, Tenfant éprouvera une fatigue réelle à renoncer, car il en discernera mal les lignes et la confondra avec d'autres de forme identique, ainsi en sera-t-il de c = e, u = n, b == d, p = q, etc.. Il est donc très important que la lettre ait une grandeur normale, que sa forme soit nettement dessinée pour qu'il ne puisse exister de confusion, et enfin qu'elle soit lisible séparément sans se détacher cependant du corps du mot. Pour cela les caractères gras, ou mieux encore les caractères antiques larges, seraient les meilleurs pour les débuts de lecture d'un enfant. Les pleins et les déliés sont de même épaisseur, il n y a aucun trait accessoire qui puisse embarrasser l'écolier, aussi lira-t-il très vite sans se fatiguer la vue, ni faire d'efforts ^
Il ne faut pas que les lignes des premiers livres soient trop longues ; l'élève serait obligé de déplacer la tête à mesure qu'il s'avance; les interlignes trop grands sont peut-être aussi une cause de fatigue en raison du contraste trop intense des blancs et des noirs.
a En résumé, dit Trousseau, un livre doit être nettement imprimé en caractères gras, bien sépa-
* A ce propos nous signalons le choix judicieux que les auteurs de : Technique de Psychologie expérimentale (D' Toulouse, N. Vaschide et H. Piéron) ont fait en prenant des ^caractères gras pour les textes d'observations de lecture. Le caractère antique aurait été préférable, à notre avis, car le sujet n'aurait pas été arrêté, comme cela doit être quelquefois, par les obits et les empattements des lettres, celles-ci se détachant moins net* tement du tableau.
MÉCANISME PHYSIOLOGIQfUE DE LA LECTURE 75
rés, sur du papier d'un blanc franc. Les jpages ne doivent pas être longues et elles seront formées de larges marges. Des lignes et des pages trop longues forcent Taccommodation et maintiennent Tœil dans un état spasmodique qui se prolonge trop et n'a pas assez souvent l'occasion de se relâcher\ n
En insistant sur ce qui a été dit dans les précédents chapitres et en l'exprimant sous une forme succincte et condensée à la fin du mécanisme de la lecture^ nous avons voulu démontrer l'importance qu'il fallait attacher à toutes les conditions que doit réunir un texte imprimé à l'usage de l'enfant, pour lui permettre d'acquérir la connaissance des lettres et le mécanisme de la lecture dans les conditions d'hygiène absolue.
La lecture des textes manuscrits offre des difficultés bien plus grandes que celles des imprimés et la fatigue qui résulte pour l'œil non habitué à cet excercice est plus intense. Il n'est pas possible d'entrer dans une analyse détaillée sur le mécanisme spécial de cette sorte de lecture, cela nous entraînerait bien en dehors du cadre de ce livre et demanderait à faire un chapitre de paléographie avant d'aborder les écritures modernes. Il suffit de savoir que pour le déchiffrement et la lecture de nos écritures. modernes, si variées d'aspect et de forme, il faut une longue habitude et une pra-
» Trousseau. Op. cit.y p. 79-80.
tique constante, que TécoHer n'acquiert que peu à peu.
Nous terminerons par quelques conseils généraux qui semblent devoir être indiqués au lecteur habituel, soit qu'il fasse sa distraction de la lecture, soit* qu'il étudie et compulse des ouvrages de science.
On doit toujours lire à une lumière bien franche, qu'elle soit naturelle ou artificielle ; nous répétons que la lumière de face vaut mieux que la lumière latérale, surtout celle qui vient de droite.
Le lecteur doit tenir son livre à près de trente centimètres des yeux, il ne doit pas se contenter d'avoir l'impression de l'image du mot, il faut que l'image soit complète, absolue, alors seulement la mémoire retiendra ce mot.
Si les lignes ont au delà de dix centimètres de longueur, ce qui ne devrait jamais se faire, il est préférable de tourner la tête en même temps que les yeux pour*lire jusqu'au bout ; l'effort de l'accommodation sera moindre, d*où moins de fatigue aussi.
Après une lecture continue d'un quart d'heure environ et selon la sensibilité de la vue, le lecteur devrait distraire son regard en le portant en dehors du livre; c'est un repos nécessaire qu'il accorde aux yeux.
Au bout de deux heures de lecture, on devrait faire une suspension d'au moins un quart d'heure.
car l'œil, affecté par le contraste du blanc et du noir, se fatigue.
Pour qu'une lecture soit fructueuse, il ne faudrait pas la porter au delà de deux à trois heures,
Les règles de la lecture à haute voix sont données dans des traités spéciaux où l'on s'attache beaucoup plus à rechercher l'accentuation du mot et l'intonation à donner que l'alternance de repos et de reprise de lecture.
Comme le poumon joue un rôle réel, en même temps que la voix, il y aurait lieu d'établir un rythme précis entre l'émission des mots et l'inspiration et l'expiration de l'air des poumons. En un mot, le mouvement du poumon du lecteur doit être bien réglé, car l'émission de voix dans la prononciation n'a lieu qu'au moment de l'expiration et jamais dans l'inspiration de Tair.
Il est vrai que la ponctuation intervient et permet les repos ; mais il existe des ouvrages littéraires où cette partie est souvent négligée, sans harmonie avec les fonctions respiratoires ou vocales du lecteur. C'est là une faute dans laquelle tombent beaucoup de littérateurs qui ne se préoccupent que de Teffet et de la sensation de la phrase, sans en rechercher l'harmonie par le repos.