CHAPITRE III
Critique de la forme des caractères typographiques.
IL est inutile de remonter à Torigine du caractère typographique pour l'examen et la critique du dessin de la lettre ; cet examen ne portera, dans ce chapitre, que sur les lettres latines actuellement en usage, et, à moins de comparaison nécessaire, les caractères gothiques ainsi que les lettres de fantaisie seront laissés de côté. Il ne s'agit ici que de l'analyse et de la critique de la lettre. Cette critique est faite en vue de démontrer la visibilité et la lisibilité de l'image des caractères, bases essentielles de la bonne conformation . d'un caractère, surtout pour les types employés à l'impression des livres scolaires.
On doit avant tout définir les deux termes : visibilité et lisibilité^ qui font l'objet principal de ce chapitre et auxquels seront ramenées toutes les objections et toutes les critiques.
La visibilité d'une lettre se dit de la tache
produite par cette lettre sur le papier et visible à la plus grande distance possible. La visibilité augmente avec la lumière et diminue avec son amoindrissement; elle est donc en rapport proportionnel de l'éclairage et de la couleur du papier sur lequel on a imprimé. La visibilité cesse lorsque la tache n'est plus séparée et se confond avec les lettres voisines pour ne former qu'une ligne confuse unique, ou encore, si elle est seule, lorsqu'elle disparaît entièrement.
La lisibilité consiste au contraire à pouvoir définir nettement avec l'œil le dessin de la lettre ou ses contours et par conséquent l'ensemble des lettres d'un même mot. Un certain caractère n'est lisible qu'à une distance déterminée, qui est indiquée bonne par l'acuité visuelle.
La lisibilité est donc en rapport direct : i° avec la forme même de la lettre ; 2° avec la proportion de la lettre en hauteur et en largeur; 3** avec l'épaisseur des pleins et des déliés de cette lettre ; 4"* avec les blancs ménagés autour et dans l'intérieur de la lettre.
Pour bien comprendre la première de ces deux qualités nécessaires à la bonne lecture d'un texte, la visibilité, on a choisi le dessin de la lettre e, en partant depuis la forme la plus épaisse, jusqu'à la plus grêle, en passant par deux séries de teinte grise. Ce type de lettre a deux grandeurs : 10 millimètres et 5 millimètres (fig. 60 et 61).
Chacune des lettres d'une série est désignée par numéro d'ordre i à Set i' à 8'.
Fig. 60. — Caractères pour expérience de visibilité. 10 millimètres de hauteur.
eceeeeee
Fig. 61. — Caractères pour expérience de visibilité. 5 millimètres de hauteur.
A la lumière naturelle intense, ces lettres sont visibles dans la proportion suivante : jusqu'à plus de 10 mèti*es pour les n"" i , 2, 3 ; 5 mètres pour le n^ 4 ; 3 mètres pour les n*** 5, 6 et 7 ; 2 mètres So*^ pour le n° 8. Les n°' i' à 8' sont encore visibles à plus de la moitié des distances ci-dessus.
Leur vi.sibilité n'est plus dans les mêmes proportions à la lumière artificielle. Avec une lampe à pétrole de 12 lignes, sans abat-jour, placée à I mètre du tableau, les proportions de visibilité sont à peu près de moitié de celle du plein jour et diminuent si le papier est teinté.
L'expérience a porté sur une seule lettre, parce qu'il importe peu pour montrer la visibilité du type que la lettre ait telle ou telle forme, la tache seule devant produire une sensation sur la rétine.
Comme la lisibilité de la lettre ne tient pas à la tache, mais à son dessin et à la proportion des pleins et des déliés, on doit expéri^ienter différemment et analyser la forme de chacune des lettres du tableau. Il a été question antérieurement de la proportion de lisibilité des lettres entre elles, dans ce chapitre, on n'aura souci que de signaler les lettres à lisibilité défectueuse et d'indiquer de quelle manière cette défectuosité pourrait être corrigée.
uoieapD(?t
Fig. 62.
Hauteur : 10 mm. pour les lettres basses.
uoiea
Fig. 63
pbgt
pbgt
uoica
Fig. 64.
Fig. 6a à 64. — Lettres à utiliser pour expérience de lisibilité.
Dans le tableau ci-dessus, on a placé 9 lettres diverses, disposées dans un ordre irrégulier ; 3 pro-
portions différentes ont été choisies : lO millimètres, 5 millimètres et 2 millimètres et demi de hauteur (fig.. 62, 63, 64).
La lisibilité s'est trouvée répartie de la manière suivante ;
A la lumière naturelle :
Pour la première ligne, lettres de 10 millimètres, nous avons pu les lire à l'œil nu à la distance de I mètre. — Avec un lorgnon, verres h^ 14, dont nous nous servons très rarement, elles sont restées lisibles à la distance de 8 mètres.
Sur cinq personnes dont la vue est normale et ne se servent pas de lunettes ou de binocles, elles ont été lisibles dans les proportions suivantes :
r® à plus de 5 mètres.
2® à 5 mètres.
3® à 5 mètres.
4® à 2 mètres.
5® à 5 mètres.
La deuxième ligne, lettres de 5 millimètres, a été lue par nous à une distance de 85 centimètres sans lorgnon; avec binocles, à la distance de 4 mètres.
Les personnes indiquées ci-dessus les ont lues aussi, mais aux distances de :
r® à 3 mètres.
2® à 4 mètres.
4® à I mètre.
5^ à 3 mètres.
Les caractères de 2 millimètres et demi ont été lisibles pour nous à 55 centimètres, avec lorgnon à 2 mètres.
Pour les cinq expérimentateurs, nous avons les données suivantes :
i^'^à I mètre.
2® à 2 mètres.
3® à 2 mètres.
4® à 5o centimètres.
5® à I mètre.
La lecture de ces trois lignes a eu lieu dans une galerie vitrée orientée vers le E.-N.-E.
Avant d'exprimer une opinion personnelle sur la transformation nécessaire de certaines lettres, il nous a paru prudent de citer l'opinion du D^ Javal, qui, de tous les écrivains sur cette matière, est le plus compétent, sur la forme des lettres en usage, et sur leur modification nécessaire :
<( Parmi les longues supérieures ^ le d, le kèt ri ne prêtent à aucune confusion. Pour bien différencier le bde rh, nous aurons soin, conformément à ce qui vient d'être dit, de faire la panse du b bien ronde, etTangle qui réunit la partie horizontale et le second jambage de Th aussi peu arrondi que le goût le permettra. Il en résulte, pour l'uniformité d'aspect, que la panse du d devra être bien arrondie ; elle devra être une idée plus large que celle du b, pour paraître égale. Les lettres f et t
prêtant à une confusion lorsque la tête de Tf est brisée, ce qui arrive bien souvent lorsque les caractères ont servi longtemps, nous aurons soin de prolonger vers la droite la petite barre de Vt et vers la gauche, celle du t, de raccourcir ces barres du côté opposé et de leur donner une épaisseur aussi grande que possible, sans tomber dans une forme insolite. De plus, nous ferons le t relativement court, nous empâterons l'angle qui est situé en haut et à gauche de la lettre, et nous éviterons de faire au bas de la lettre le crochet remontant qui s'est substitué graduellement à la petite partie horizontale des anciens typographes ; ce crochet ne peut se faire gracieux que s'il est extrêmement fin, et l'on verra plus loin que nous réagissons cpntre la finesse des déliés. La forme que nous proposons a un cachet d'ancienneté qui est aussi un motif de préférence pour nous, car l'ensemble de nos caractères ayant un aspect un peu ancien, tous doivent y concourir pour que le goût ne soit pas blessé. Parmi les longues supérieures, nous pouvons ranger l'i, bien que le point ne soit pas en contact avec le corps de la lettre. Nous ferons le point plus gros que le fut de la lettre, car l'expression mettre les points sur les i indique tout justement l'utilité des points, qui contribuent beaucoup à la lisibilité. Il importe qu'il soit gros, non seulement pour éviter la confusion de l'i avec l'I et l'f dans les impressions fines, mais aussi pour qu'il casse moins fréquemment. Nous placerons
le point aussi haut que possible pour augmenter sa visibilité.
« Les longues inférieures 9 J ? P? 4 et y sont d'excellentes lettres. Pour le g, nous éviterons la forme nouvelle, analogue à celle du g italique et qui le ferait ressembler par le haut à un q ; à l'exemple des plus anciens imprimeurs vénitiens, nous donnerons à sa partie supérieure la forme d'une ellipse à axe horizontal pour en augmenter la grandeur, qui est nécessairement restreinte dans le sens vertical, et nous rétablirons à la partie supérieure gauche de la boucle, l'angle aigu très élégant qui a été abandonné après Garamond. Enfin, pour l'y, la forme qu'on vient de voir a un cachet plus ancien et n'est pas moins gracieuse que la forme plus nouvelle, où la partie inférieure de la lettre est verticale, et qui est adoptée par l'Imprimerie nationale. Pour le p et le q, nous aurons soin de faire la panse du q un peu plus large que celle du p, pour qu'elle paraisse égalé. Cette pratique est généralement suivie par les graveurs habiles.
(c Parmi les lettres droites courtes^ iïi,n, etu, l'm doit présenter un peu moins d'intervalle entre les jambages, et si l'on adopte les traits terminaux habituels, il faudra faire l'u un peu plus serré que l'n, surtout par le haut pour qu'il paraisse égal.
(( Depuis que notre œil s'est habitué aux m de la dactylographie, on nous pardonnera de réclamer des m un peu plus serrés que cela se fait d'habitude ; par une exception unique, nous obtiendrons
ainsi une lettre dont la visibilité augmentera par le fait de la diminution de l'espace que nous lui accordons.
a Nous appelerons ro;z(ie^ les lettres a, c, e, o et s. Pour toutes, sauf dans la typographie très compacte, nous nous conformerons à Tusage de leur faire dépasser très légèrement par le haut et par le bas l'alignement des lettres droites pour qu'elles ne paraissent pas plus petites ^
(( Pour Ta, nous remonterons jusqu'au delà des premiers imprimeurs italiens, et dans les manuscrits qui leur ont servi de modèle, nous choisirons un a dont la tête soit extrêmement petite et ne surplombe pas toute la panse. En effet, par des expériences faites en regardant de loin des lettres isolées et collées sans ordre sur un carton, on peut constater que les lettres a, c et s sont les plus mauvaises de Talphabet \ Il faut donc simplifier la forme de Ta, ce qui peut se faire en diminuant considérablement la tête ; alors, vu de loin. Ta prend la forme d'un r renversé : J, et devient aussi lisible qu'une autre lettre,^ si l'on a soin de donner une forme étroite et allongée à la panse. Pour le c, nous éviterons la forme actuelle, qui facilite la con-
^ Cet usage n'existait pas avant le xix^ siècle, car on ne compte aucune différence entre les lettres rondes et les lettres droites dans la planche de Jaugcon, ni chez les autres fabricants de caractères.
2 La figure 144, faite selon la description de Javal, permet de se rendre compte de ses objections.
fusion avec To et avec Te, et nous prendrons la forme ancienne, se rapprochant beaucoup d'unç demi-circonférence. Pour Te, nous n'hésiterons pas à revenir à la forme ancienne, e, qui ramène le trait horizontal à peu près à Tendroit où passe la ligne de regard pendant la vision, et nous éviterons de faire trop remonter la ligne par laquelle Te se termine en bas et à droite. Peut-être même nous résoudrions-nous à donner au trait transversal la position oblique qu'il affecte dans certains manuscrits, de manière à augmenter la longueur et l'importance de ce trait. Si ce n'était pas contraire à tous les usages, Texpérience d'accord avec le raisonnement conduirait à faire l'o rigoureusement rond, sans déliés, beaucoup plus petit que toutes les autres lettres. Enfin l's reste, quoi que nous fassions, une mauvaise lettre ; tout ce que nous pouvons essayer est de lui faire gagner de là surface en le rendant un peu plus anguleux qu'on ne le fait habituellement: sa visibilité deviendra ainsi presque égale à celle du z.
(( Les lettres contenant des droites obliques^ v, w et 2, ne nous fournissent pas matière à observations, si ce n'est que le v et le w doivent dépasser un peu l'alignement par le bas, sous peine de paraître trop courts.
« Il ne nous reste plus à parler que de l'r, dont nous ne ferons pas retomber la larme, comme le font les modernes, chez qui le haut de Tr finit par ressembler à celui de n. Nous préférons la forme
ancienne r, bien plus originale et par suite plus lisible ^ »
Nous allons reprendre, dans Tordre même où le D** Javal les a données, les observations sur la forme des différents caractères et, pour nous rendre bien compte des critiques qu'il formule, il nous a paru prudent de reproduire une image de chaque lettre incriminée en y joignant la correction qu'il indique.
Nous nous permettrons ensuite de présenter nos propres observations accompagnées d'une figure quand cela nous a semblé nécessaire.
J*. — Pour les deux lettres b (fig. 66, 67) et h (fig. 68, 69, 70) qui pourraient se confondre, surtout dans les caractères compacts et petits, on obtient, avec les rectifications que le D*" Javal propose, l'image de la figure 67.
Sans changer la forme du b qui est normale et très lisible et auquel l'ouverture plus grande de la boucle ne changerait rien, la modification pourrait porter sur la lettre h. Son dessin peut se présenter sous trois formes : i^ en terminant la barre de la boucle par une courbe légère allant dan« l'intérieur de la lettre; 2^ en terminant cette barre en pointe; 3^ en arrondissant cette barre et en
* E. JavaL Op. cit., p. 201-203.
2 Pour ne pas répéter à chaque série d'observations le nom du D*" Javal, nous avons fait précéder ses observations de la lettre J. Celles qui nous sont personnelles n^ont pas besoin d'être définies.
faisant ressortir Textrémité- à l'extérieur droit. Cette dernière correction paraît la meilleure :
b b hLhh
Fig. 66 à 70. — 66. Forme normale de la lettre b. — 67.. Forme proposée par le D' Javal. — 68. Forme normale de la lettre h. — 69. Modifications possibles de la lettre h. — 70. Modification qui pourrait êtrç adoptée.
J. — L'observation qu'il fait pour les lettres f et t est juste (fig. 71 à 78); les corrections proposées sont raisonnables et ne sont que le retour à la forme des lettres de Garamond et des Elzeviers, pour le t tout au moins. En Angleterre et aux États-Unis, ces traditions ont été conservées et la lettre t est faite conformément aux critiques présentées. Dans ces deux pays, la lettre f a aussi subi une modification, mais qui doit aflfàiblir un peu la lettre.
ffff m
Fig. 71 à 78. — 71. Lettre normale. — 73. Forme anglaise et américaine. — 73. Modification dans la barre de la lettre. — 74. Modification dans le haut et la barre de la lettre. — 75. Forme primitive. — 761 Forme actuelle de la lettre. — 77. Forme proposée par le D» Javal. — 78. Modification dans le trait qui est plus long à droite.
Il n'y a aucune observation à faire pour Tf , une des lettres crénées, la correction proposée étant normale et préférable peut-être à Tamincissement du haut de cette lettre comme on le fait aux États- Unis et en Angleterre, ce qui lui enlève un peu de visibilité.*
Cette lettre, suivie des lettres f, î, 1, se trouve coulée avec sa voisine et ne forme ainsi qu'un seul caractère.
Pour le t, la courbe du bas a toujours existé, même chez les premiers imprimeurs en lettres gothiques, comme on peut en juger dans les Bibles de Gutenberg et d'Ulrich Gering, mais cette courbe ne remontait pas en un délié comme on le fait de nos jours. Il suffirait de terminer cette courbe d'une façon obtuse, sans la remonter, pour donner à la lettre et son apparence propre et une visibilité suffisante; la barre sera plus accentuée à droite qu'à gauche où elle se confondra avec la dépouille du haut de la lettre.
La nécessité du point sur l'i (fig. 79 à 82) n^a de raison en typographie que pour la lisibilité de la lettre ; au début de l'imprimerie, certains typographes n'en mettaient pas ; cette lettre était nue et se terminait quelquefois par une courbe en crochet, comme dans les types d'Ulrich Gering (Bible) .
^ Cette modification a aussi été faite eh France pour certains corps de lettres, surtout dans les caractères grasw
Le point plus large que le fût de Vi ne paraît pas gracieux ; on peut le mettre à la même hauteur que la fin des lettres hautes, comme cela existe dans beaucoup de corps de lettres; il n'y aurait aucun risque de rupture de la lettre. Peut-être qu'en ne faisant pas porter le point à la même hauteur que la queue des 1 ou h, on obtiendrait' une lettre plus agréable à l'œil, au moins dans les caractères où ces lettres ont la queue d'égale hauteur que les lettres basses ?
Fig. 79 à 82. — 79. Forme primitive de l'i. — 80-81. Formes proposées par le Df Javal. — 8a. Modification du point. Les deux 1 sont placées là pour montrer la proportion de la hauteur du point.
Le D"" Javal recommande la forme du g antique tel qu'il était fait dans les premières impressions vénitiennes et qui ressemble par conséquent à celui de h, figure 84, comme dans les lettres de Gasparin de Pergame.
Dans la biblç d'Ulrich Gering et dans la typographie de quelques autres imprimeurs du xv® siècle, on trouve la forme de la figure 85, dont très certainement le type en usage (fig. 88), a dû dériver.
Ces diverses formes sont visibles, il est certain.
mais Tensemble des boucles est compliqué, et elles sont sujettes à s empâter. *
On trouve au contraire dans les caractères gothiques du xvi^ siècle, dans les livres sortis des presses de Pigouchet, de Dolet, etc., les formes des figures 86 et 87, et dont Ton pourrait faire dériver le dessin que nous proposons à la figure 89.
88S33gS
Fig. 83 à 89. — 83. Forme adoptée par Gutenberg. — 84. Forme de Nicolas Jenson et U. Gering (Lettres de Gasparin de Pergame). — 85. Forme de Ulrich Gering (Bible). — 86. Forme de Pigouchet {Heures 1488). — 87. Forme d'Etienne t)olet. — 88. Forme moderne. — 89. Modification de la forme proposée.
Nous ne croyons pas qu'il soit possible de confondre, dans le corps d'un texte, ces formes avec celle du q, comme le craint le D^ Javal.
J. — On admet que la lettre j, autre lettre crénée, est excellente et Ton n'en fait nulle critique si ce n'est pour la courbe terminée par un point, assez facile à se briser. La forme en crochet qu'on donne au bas de cette lettre avec un point terminal (fig. 90) est moins heureuse selon nous que le dessin proposé par Jaugeon (fig. 91); en effet,
^ Gaston Pâris^ l'éminent romanisant, se plaignait beaucoup de la forme de cette lettre, paraît-il.
comme il est dit, Textrémîté de la lettre doit être sujette à se briser; Jaugeon évite, dans la terminaison de ses lettres, les points trop accusés, ou alors les déliés qui les soutiennent sont plus forts, comme dans les lettres a, c, g, f, r, s, y.
jij"
Fig. 90 et 91. — 90. Lettres normales. — 91. Forme nouvelle. La lettre 1 est mise là pour démontrer la position du point.
La lettre y, crénée comme f et j, est une lettre lisible, c'est admis, mais à la condition toutefois que la barre en pointe de droite ne soit pas un délié imperceptible terminé par un point fort
ym
Fig. 93 à 95. — 93. Lettre normale. — 9?. Forme de l'Imprimerie nationale. — 94. Épaississement du délié. — 95. Modification proposée.
(fig, 92) ; la forme employée par l'Imprimerie nationale (fig. gi) n'est pas très heureuse avec sa barre droite dans le bas. On pourrait supprimer
le point en terminant cette ligne par un empattement en largeur, ce qui éviterait la rupture du bas delà lettre (fig. 95).
J. — La modification qu'il propose à la lettre q (fig. 96) peut se faire sans inconvénient, bien que cette lettre soit normale et ne puisse être confondue avec le g, surtout si cette dernière lettre est modifiée.
qqppp
Fig. 96 à 100. — 96. Lettre normale. — 97. Épais sissement des déliés. — 98. Lettre normale. — 99. Forme de Garamont. — 100. Modification proposée avec ouverture de la boucle, comme dans certaines inscriptions des XI» et xvo siècles.
En effet le q est formé de deux parties bien distinctes : un ovale pris dans un peu plus de ses deux tiers, auquel est fixée une ligne perpendiculaire pleine terminée en queue ; selon nous, la lettre p (fig. g8) mériterait plutôt d'être transformée en ouvrant légèrement la boucle par le bas, ou en la courbant sur la droite (fig, loo) ; cette lettre resterait ouverte comme dans les manuscrits. Dans les caractères des imprimeurs du xvi® siècle, le p se distinguait du q par une patte pleine qui ressortait sur la gauche dans le haut de la lettre (fig. 99) .
Les modifications proposées pour les lettres courtes droites peuvent être admises, à l'exception cependant de celle de Tu (fig. loi) ; en le serrant dans le haut, il perd un peu de son caractère et court le risque d'être confondu avec la lettre a sans courbe dans le haut (fig. 102) ; il serait préférable de faire porter le changement sur Tn (fig. io3), soit en le terminant par une boucle de retour (fig. io5, 106), soit en resserrant la deuxième barre du haut comme cela existe dans certaines typographies anglaises (fig. 104).
un nnnn
loi. 102. 103. 104. 105. 106.
Fig. loi à 106. — loi. Lettre normale. — loa. Modification proposée par le D' Javal. — 10}. Lettre normale. — 104. Forme de la lettre dans certains alphabets anglais. — 105-106. Formes modifiées.
La forme de Tm en caractère dactylographique (fig. 108), comme le voudrait le D^ Javal, n'a rien d'agréable et de gracieux. On serait obligé d'amoindrir les pleins, de les resserrer, pour donner à cette lettre la même largeur qu'à l'n ou à l'U, ce qui enlèverait l'harmonie proportionnelle des pleins des lettres les unes avec les autres ; si au contraire, on maintenait la même largeur des pleins pour l'm, cette lettre ne serait visible que par sa tache. On pourrait peut-être terminer le dernier jambage par une légère courbe
IjS LA TECHNIQUE DU LIVRE.
pour modifier suffisamment cette lettre (fig. 109).
mmm
Fig. 107 à 109. — 107, Forme actuelle de la lettre. — io8. Forme en caractère dactylographique, — 109. Modification proposée.
J. — Le changement de dessin demandé pour la lettre a est juste; on est obligé de convenir que cette lettre est d'une lisibilité difficile, particulièrement dans le petit texte où elle est souvent empâtée. Elle forme tache à très petite distance et se confond avec Ts. C'est dans la diminution ou l'atténuation de la courbe de la tête et dans l'amoindrissement de la panse que doit porter la modification. Le D^ Javal propose de lui donner une forme qui se rapprocherait de l'r renversé (fig. iio):
jjd
Fig. iio. — Partant d'un r renversé, la lettre a devrait dériver •de là, selon le D' Javal.
Il nous semble plus pratique de puiser l'inspiration du changement dans le dessin de cette lettre aux xv« et xvi* siècles; l'a du manuscrit de Properce (xv«)* (fig. 112) ou celui de Gunther
i Paléographie des Auteurs latins, pi. Cil.
Zainer d'Augsbourg^ présentent une forme assez intéressante. Voyez, du reste, les figures 114 a
a aaaaaaa