DESSIN DES LETTRES ET FORMAT DU LIVRE
sans liaison directe entre eux et que Tharmonie doit résulter autant d^une application d'une idée continue, que d'une main-d'œuvre habilement dirigée et bien exécutée.
Prenons pour exemple T-exécution d'un livre traitant de l'art sous la Renaissance depuis ses origines jusqu'à son entier développement au XVI® siècle. Pour lui garder son caractère esthétique absolu, on devrait choisir des caractères typographiques du modèle créé par Jenson pour les origines jusqu'en vers 1 540. La fin du volume serait imprimé en caractères Garamond. L'impression devrait être large, interlignée, en corps de- 10 ou II même, avec des lettres ornées en couleurs, des filets et des rinceaux dans le goût et d'après les modèles de la Renaissance. Les illustrations dans le texte pourraient être des bois travaillés, aux simples contours presque sans hachures, comme dans le « Songe de Polyphile )),-au moins pour la première partie ; des gravures sur cuivre et des eaux-fortes dans le genre des maîtres italiens du xv- siècle, comme Baccio Baldini, Sandro Botticelli, Mantegna et surtout Raimondi, dit Marc-Antoine, l'un des plus célèbres de tous, ou comme Wohlgemuth, Durer, Holbein, s'il s'agit de l'étude de la Renaissance allemande, et enfin, comme les artistes français de cette époque procédaient, si l'on traite de la Renaissance française. Ces gravures tirées à part rehausseraient singulièrement une pareille œuvre. Le papier
devrait être du vélin à la forme ou du beau vergé légèrement teinté en bistre clair. Le vélin serait peut-être préférable, car les rinceaux ,et les filets ornés et coloriés ressortiraient davantage sur sa blancheur qui imiterait le vélin animal.
Un roman peut présenter des cas particuliers, selon qu'il traite de psychologie ou d'aventures.
Dans le premier cas, on peut conseiller le caractère un peu allongé du genre de Marcellin-Legrand, plus haut que large, comme il était d'usage d'en employer au milieu du xix- siècle ; ce caractère est d'une apparence un peu triste, il porte à la mélancolie et se prêterait par conséquent à la description de ce qu'on est convenu d'appeler « les états d'âme » particulièrement dans les psychologies tristes et tourmentées. Un certain espacement des lettres, des interlignes larges avec des pages un peu courtes, engagent les lecteurs de ces sortes d'ouvrages à les lire avec plaisir. Il n'y a aucune fatigue et l'harmonie corrélative du lecteur et de la forme du livre existe avec le sujet. Ces livres doivent toujours être imposés en in- 12, en petit in-8^ carré, en in-i6 ou en in-i8, mais jamais dans des formats supérieurs.
Au contrairQ, pour le roman d'aventures, de capeetd'épée, le roman-feuilleton en un mot, une typographie un peu compacte ne nuit pas. Avec des marges médiocres, l'absence d'interligne, un type de caractère quelconque, un corps de 8 ou 9 points, ce livre possède une saveur particulière.