‹ La technique du livre. Typographie, illustration, reliure, hygièneChapitre 37 sur 53 · L HYGIENE ET LA RELIURE DES LIVRES · texte numérisé non relu

L HYGIENE ET LA RELIURE DES LIVRES

naîre: c'est le grecquage, qui consiste à fendre avec une scie les plis du dos en trois, quatre ou cinq endroits où doivent passer les fils de la couture. Ensuite chaque feuille est placée sur le cousoir, le dos appuyé de manière à ce que les fils montants s'encastrent dans les grecques ; une ouvrière passe un fil plus mince dans ces ouvertures, Tenroule autour de la ficelle et continue ainsi depuis la tête de la feuille à la queue ; elle reprend un nouveau cahier, l'applique sur le premier en commençant sa couture à la queue ; tous les cahiers sont successivement cousus de la sorte, par alternance. Le livre est cousu, c'est la première opération principale de la reliure qui est faite.

Ces travaux sont généralement confiés à des femnies. — Nous voulons montrer maintenant les fautes contre l'hygiène que l'on commet en n'apportant pas tous les soins désirables dans le choix des ouvriers et des ouvrières, ainsi que dans la malfaçon des niatériaux employés.

Dans les ateliers de brocheurs qui assemblent et cousent ensemble les feuilles des livres scolaires et autres, il serait important de n'employer aucun ouvrier, homme ou femme, atteint de phtisie. En toussant, le malade expectore des particules de crachats chargés de microbes, qui, tombant sur les feuilles imprimées, les contaminent irrémédiablement. Ces travaux devraient êçre faits au moyen de machines qui plieraient mécaniquement les feuilles. Une fois pliées, elles seraient confiées

à des ouvriers qui les coudraient mécaniquement, avec du fil, comme il est dit plus haut.

La couture métallique peut rendre de réels services, par la rapidité de son exécution, par sa simplicité pour des travaux de ville, tels que programmes, prix courants, catalogues, mais elle ne devrait jamais être employée pour les livres de littérature, d'érudition, d'amateurs et surtout pour les livres classiques. Si le papier n'est pas de très bonne qualité, la déchirure qu entraîne l'introduction de l'agrafe métallique se développe bien souvent, surtout si elle ne traverse pas exactement le pli delà feuille. La solidité de l'ensemble du livre en souffre, car les feuilles s'arrachent par l'usage. De plus l'ouverture du livre n'est pas complète, carie dos de l'enveloppe qui constitue la reliure est simplement collé sur le dos des feuillets, ou le plus souvent n'est formé que d'un emboîtage.

Heureusement, pour les livres d'amateurs et de luxe on ne procède pas de cette manière, mais la couture avec agrafe métallique est encore trop employée en Allemagne, en Amérique et en Angleterre pour le brochage et même le cartonnage des ouvrages de littérature, d'érudition et les livres scolaires.

Un autre genre de reliure doit être absolument rejeté, parce qu'il ne convient jamais pour les ouvrages de formats au-dessous de l'in-folio et même pour celui-ci si le papier en est épais et rigide : c'est la reliure arraphique. Comme on le

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sait, elle consiste à grecquer le dos des feuilles ou des cahiers ; dans ces grecques on passe une ficelle débordant de chaque côté de l'épaisseur du livre; le dos du livre est comprimé et serré entre des ais ou à la presse de telle sorte qu'il affleure à peine d'un ou deux millimètres. Sur la surface du dos on applique une forte couche de colle forte, puis on y pose l'intérieur du dos de la reliure ; les ficelles qui débordent sont fixées sur les plats intérieurs et dissimulées par une garde blanche ou de couleur. Le livre est ensuite refermé et mis sous presse jusqu'au séchage complet de la colle.

Ce procédé, tout au plus utilisable pour la' reliure des journaux quotidiens et de certains grands in-folios dont le papier est très souple, doit être rejeté pour tous les livres sans exception, car les feuilles intérieures des cahiers, non maintenues par la colle, se détachent du livre, ou même s'arrachent insensiblement ; d'autre part un livre ainsi relié ne supporte plus aucune reliure, il est peîrdu.

Il serait préférable que les livres scolaires soient cartonnés en toile pleine; la reliure souple en toile, dite à la Bradel, serait même meilleure.

Pour relier on se sert de colle de pâte ; celle-ci préparée sans soin, avec de la farine avariée bouillie dans l'eau, séjourne bien souvent trop longtemps à l'air et se putréfie. Si cette colle est employée ainsi, le livre peut être attaqué par les insectes pour peu qu'il se trouve à une exposition

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défectueuse dans les magasins, et l'on remet à Tenfant un livre en mauvais état dont les pages tombent et se détachent. Si on ajoute à la colle quelque substance antiseptique, dangereuse à un autre point de vue*, Tenfant peut se rendre malade en manipulant son livre avec les doigts mouillés et en les portant à la bouche ensuite.

Une couverture en toile pégamoïdée serait, au point de vue hygiénique, ce qu'il y aurait de mieux pour recouvrir les livres scolaires. Non seulement cette toile est solide et résistante, maïs çUe se lave à volonté ; avec un peu d'attention et de soin, les écoliers peuvent avoir des livres en parfait état de propreté.

* On recommandait autrefois la farine de marrons dinde, qui, mélangée à la colle de pâte, aurait suffi à écarter les insectes ; cette méthode parait surannée et tout à fait inefficace. Il serait préférable, comme l'indique Houlbert, de prendre des substances solubles dans Teau, qui s'amalgameraient à la pâte au moment de la cuisson, comme Tacide phénique, le borax, Talun, le formol, Tadéhyde éthylique, etc. ; mais il paraît dangereux de mélanger à la colle des poudres comme le sublimé corrosif, le cobalt, Tacide arsénieux en raison de leur virulence comme poison.

C. Houlbert. Les insectes ennemis des livres. Leurs mœurs. — Moyens de les détruire, Paris, Alph. Picard et fils, 1903, in-8^p. 251.

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