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III. — L'imitation spontanée

V imitation constitue une catégorie de suggestions particulièrement intéressantes, où Tarde a vu une modalité psychique d'une loi universelle de répétition et un facteur essentiel de la vie sociale, et dont Baldwin s'est attaché à mettre en lumière le rôle dans le développement mental.

La loi de répétition dans l'ordre psychologique se manifeste dans la persistance virtuelle et la réapparij| tion ondulatoire des états de conscience selon lei ordre d'association ; c'est la loi la plus générale d< phénomènes de mémoire et d'habitude.

Déjà la simple suggestion mécanique a pour condition la préexistence d'habitudes, qui lui servent de point de départ. Dans l'imitation la suggestion est compliquée par un nouveau phénomène de répétition : la représentation d'un acte (geste, articulation vocale) donne lieu à un ensemble de mouvements, répétant à peu près l'ensemble de mouvements qui a produit la représentation. Exemple : la représentation d'un bâillement fait bâiller.

L'imitation est donc un processus circulaire : l'acte imitatif produit une représentation analogue à celle qui lui a donné naissance ; cette nouvelle représentation tend à provoquer de nouveau l'acte, etc. L'imitation est ainsi un mode puissant de création d'habitudes actives nouvelles, et en même temps un mode d'influence directe et continue du milieu social sur l'individu.

Mécanisme de V imitation spontanée.

Les psychologues de l'enfance ont tendance à ne considérer que les formes intellectuelles et volontaires d'imitation ; c'est le cas de Preyer, et Baldwin même s'attache très principalement à la considération de ces formes. Cependant il est très utile, pour la bonne compréhension des faits d'imitation et de leur utilisation pédagogique, de fixer l'attention sur le processus spontané de l'imitation, qui apparaît clairement en des cas simples de psychologie animale. Cas du merle qui imite un air : il n'imite qu'un air sifflé dans son registre ; il y a lieu de supposer que le son entendu, en raison d'une liaison déjà existante entre les sensations auditives et vocales, produit un commencement de mouvement vocal. La suite des sons constituant l'air crée ainsi une série d'images auditives liées entre elles, dont chacune tend à produire le mouvement vocal correspondant : Pair appris n'est qu'une nouvelle combinaison de cris de merle substituée à des combi-

naisons déjà existantes. Chez l'enfant, c'est un processus analogue, qui paraît être à la base de l'acquisition imitative de la parole : il y a superposition de séries déterminées de représentations auditives à des images motrices latentes (1).

Cas plus complexe : imitation d'un ges-te vu. Ici la représentation n'est nullement semblable à la représentation qu'aurait l'enfant de sa propre exécution du geste. 11 faut donc supposer que la représentation visuelle du geste à imiter rencontre dans Tâme de l'enfant un ensemble d'images latentes,, auquel elle se superpose, et que cet ensemble d'images latentes est lui-même déjà lié directement ou indirectement à un ensemble de réactions motrices réalisant préci&ém.ent un geste analogue à celui qui a été l'occasion du déclenchement de tout le cycle d'associations.

En somme l'imitation, en ce qu'elle a de spontané, suppose des liaisons motrices latentes capables de réa. liser quelque chose de semblable à l'objet d'imitation; ainsi le sourire vu, l'expression sensible de la gaîté amènent en réponse le sourire de l'enfant en vertu d'associations virtuellement existantes et se réalisant sous l'influence de la représentation actuelle. Il faut supposer chez Tenfant un riche clavier d'associations latentes, dont les éléments sont des images des mouvement» habituels du^corps humain, notamment des images d'expressions sentimentales, et les images directement motrices liées aux premières. Au cours de l'expérience de l'enfant les perceptions éveillent, complètent en les modifiant les images latentes, font jouer le mécanisme associatif. U imitation spontanée est ainsi une rencontre^ dans laquelle V enfant prend possession delui-même^ en même temps qu'il s'unit aux autres.

(.1), Ce processus est d'ailleurs complété par un exercice d'élocution, qui appartient â l'imitation réfléchie, dont il est question un peu pins loin.

ILES FACTEURS SOCIAUX DE l'ÉDUCATION MORALE 1Q7 ar là s'expliquent plusieurs caractères intéressants 'imitation spontanée :

1« Son originalité relative : elle n'est pas une copie mécanique, plus ou moins parfaite, mais l'éveil et le développement d'une image latente originale. L'enfant est comme l'artiste, dont la vision préexistante corrige inconsciemment le modèle qu'il croit copier.

2^ Uinftuence modificatrice du modèle : les perceptions habituelles tendent à se substituer aux images latentes, à les recouvrir, à les abolir.

3° Les limites de V influence modificatrice : le modèle peut simultanément évoquer des images motrices imitatives et des images motrices opposées aux premières; ainsi la vue d'un acte de brutalité peut éveiller les images motrices capables de réaliser l'acte, et d'autres amenant des réactions opposées. De là les cas de contre"* imitation, les résultats heureux de mauvais exemples (et vice versa), et la relativité de la puissance de l'exemple.

La sympathie.

C'est un fait d'imitation spontanée (imitation des sentiments), fait psycho-social d'importance capitale (importance pratique des dispositions affectives transmises par sympathie à l'enfant).

Mécanisme : Deux formes, d'après Baldwin : l** la représentation de l'expression d'un état sentimental éveille directement l'émotion chez le sujet de la représentation ; 2° elle éveille l'émotion par l'intermédiaire de l'imitation motrice de l'expression du sentiment (en présence d'un homme en colère, l'imitation spontanée de ses gestes, de sa voix, éveille en nous le sentiment de colère lié à ces mouvements).

Sympathie collective : renforcement de Témotion sympathique du fait du nombre des individus qui l'éprouvent (Tarde-Le Bon-Sighele). Les émotions collectives : 1^ se propagent très rapidement et presque

invinciblement ; 2" en se propageant, se développent et se modifient.

Quelques indications sur leur mécanisme. Dans la foule l'imitation simple est reproduite un grand nombre de fois par convergence de perceptions pratiquement équivalentes : le sentiment commun est ainsi renforcé par des évocations répétées et par la durée de son maintien dans le champ de la conscience. En outre l'anony mat de chacun favorise le relâchement du contrôle et la libre expression de l'émotion ; l'exagération de l'expression réagit ensuite sur le ton du sentiment. i{

Le phénomène de sympathie collective fait de toutes les assemblées, et particulièrement des réunions périodiques des membres d'un groupement permanent, des foyers puissants d'influence sociale par contagion sentimentale.

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