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V. — Rapports de personnalité

Dans ce qui précède on a examiné les modes psy chologiques généraux selon lesquels se produit Tin

(1) Cf. supra : La démonstration morale, pp. 85, 86.

tervention étrangère dans le développement moral de l'individu. On envisagera maintenant en particulier, en tant qu'ils intéressent le développement moral, les rapports de l'individu avec les autres personnes individuelles (1).

La plupart des psychologues de l'enfance, notamment Preyer et Stanley Hall, ont cherché à faire Tétude génétique de la formation de la notion du moi personnel, en décrivant les diverses expériences par lesquelles l'enfant arrive à délimiter son propre corps, à le distinguer des autres corps. Le grand mérite de Baldw^in «st d'avoir insisté sur l'influence, qu'exerce sur la constitution du moi personnel la connaissance progressive des autres personnes, et d'avoir mis en lumière la communauté réelle des notions du « moi » et des « autres ».

La notion des personnalités externes précède l'acquisition de celle du moi subjectif. Sans doute faut-il admettre que la notion des personnes extérieures se détermine progressivement au cours de l'expérience de l'enfant; que l'intérêt particulier, qui s'attache pour lui dès les premières semaines de son existence aux ensembles ,de mouvements coordonnés caractérisant les personnes qui l'approchent, fixe son attention sur ces ensembles : en sorte que ceux-ci s'isolent et émergent de la masse des choses inanimées. Il convient toutefois de ne pas accorder à cette description empirique une valeur génétique absolue ; j'estime que la distinction des personnes et des choses se précise en effet au cours de l'expérience décrite, mais en vertu d'une préadaptation de l'imagination de l'enfant à l'expérience de ses rapports aux personnes. Gomme les réactions motrices du corps du petit enfant paraissent en quelque mesure

(l)Dans les leçons professées on a traité la question en exposant «d'abord la théorie très pénétrante qu'en a donnée Baldwin, puis en apportante cette théorie quelques modifications critiques; dans le présent résumé on a dû se borner à un rapide exposé dogmatique, qui em prunte largement, mais librement aux travaux de Baldwin.

DELVOLVÉ. — Technique. 8

lU PEDAGOGIE MORALE ET INTELLECTUELLE

préadaptées aux préhensions dont il est l'objet, aux attitudes et aux gestes de l'allaitement, il semble raisonnable de supposer que des images latentes, affectives, douées d'intérêt propre, préexistent aux perceptions des formes et des mouvements caractéristiques de la vie et en permettent un certain pressentiment, une très vague reconnaissance. Ne serait-ce pas le pressentiment du vivant, du semblable, qui conférerait dès les premiers jours à toute perception de mouvement un spécial intérêt? N'est-ce pas à des associations latentes qu'il convient de se référer , pour expliquer l'intérêt très tôt accordé aux yeux, les premières interprétations faites par l'enfant du sourire, des expressions de voix, de physionomie, les premières frayeurs, sympathies, antipathies ? Mais, ceci admis, il paraît parfaitement j»uste d'accordei à l'observation utilitaire le rôle principal pour la détermination de la notion de personnalité; et il paraît également juste de remarquer avec Baldwin l'importance pour cette observation, de l'irrégularité de la conduit( des personnes, de l'arbitraire de leurs actions, qui sou vent déçoivent l'attente de l'enfant et l'amènent à con cevoir quelque chose d'analogue à la libre initiative Ce sont ces valeurs acquises par l'observation extern( que l'enfant reporte dans les premières notions réflexives de sa propre activité : elles enrichissent leî expériences quHl fait relativement à son propre corps à ses propres mouvements. Et avant que la distinctioi des « moi », du subjectif et de l'objectif, soit effectuée déjà l'enfant a le sens d'une vie, d'une initiative humaine, distinguée de la pure passivité matérielle e1 même à quelque degré de l'animation animale. L'enfan participe activement aux harmonies de la vie, répon< aux suggestions, interprète les sentiments, avant de distinguer de l'ensemble son cercle d'activité person nelle et de se former la notion de l'opposition des « moi » ; c'est ainsi, par exemple, que l'observatior par un enfant d'une personne, de qui il attend un aci

se termine souvent par un effort pour que cette personne se meuve. L'enfant vit d'abord confusément une vie universelle. Le débrouillement des « moi » se fait à partir de ces centres divers d'activité, que sont les personnes extérieures : en les observant, en les imitant, l'enfant s'exerce à discerner d'elles ce centre de production d'actes, dont le rayon d'action s'arrête aux limites de son corps. — En résumé, le sentiment de soi et la connaissance des autres se forment ensemble par actions et réactions incessantes au cours du développement social du moi.

Conséquences pratiques.

1" Ce mode général des rapports de personnalité n'est point particulier à la première formation du moi et de sa notion dans le jeune âge. La formation de l'individualité consciente est l'effet d'une perpétuelle pénétration et imitation des personnalités extérieures : au cours de toute notre vie nous ne faisons que commencer de débrouiller, en pensant et en agissant, l'unité confuse, qui est la société des hommes, qui est la vie universelle, unité dont nous sommes dans la première enfance un élément indistinct. C'est ainsi que se connaître soi-même est la tâche permanente et infinie, puisqu'elle ne s'achèverait que par la pénétration totale de l'unité humaine et universelle.

La représentation de la société humaine comme une collection d'êtres distincts fermés les uns aux autres et communiquant seulement par le dehors, est étrangère à la réalité. Ce qui est réel, c'est l'unité dans laquelle nous établissons des séparations en raison des exigences de la vie pratique. L'enfant ne commet pas une erreur de fond, quand il cherche à mouvoir son père, sa mère, son jouet par un effort de sa volonté. Il se trompe seulement sur les moyens dont il dispose, croyant à tort pouvoir agir dans ces cas à la façon d'un

hypnotiseur qui réaliserait la communication de la pensée sans intermédiaires sensibles. Si l'idée d'un tel mode de communication de la pensée gène notre raison, en sorte que la plupart des esprits cultivés ne se résoudraient à accepter cette hypothèse, que si les faits ne leur permettaient pas de l'écarter^ c'est que la communication immédiate de la pensée semble impliquer une identification des personnes : d'où scandale rationnel. Cependant, si Pévidence des faits nous contraignait à surmonter cette répugnance, l'esprit scientifique tiendrait toutes prêtes des hypothèses capables de rétablir la continuité entre les deux modes, en apparence hétérogènes, de communication; il aurait tôt fait d'imaginer quelque système d'ondulations d'énergie nerveuse, de cerveau à cerveau, extraordinairement complexe et varié. Et d'autre part, est-ce que le sens de la vie intérieure, éclairé par la réflexion, ne nous avertit pas que la communication des consciences par la voix entendue, par le geste vu, est, tout aussi bien que la communication par propagation directe de quelque forme de vibration cérébrale, parfaitement in intelligible, à moins de considérer que tous les rapport sensibles et tous les mouvements, que les science physiques analysent ou supposent, sont simplement le symboles d'une unité des consciences et des êtres ausî réelle que l'unité de l'individualité consciente?

L'intérêt pratique général de cette théorie des rap ports de personnalité n'est pas douteux, s'il est vrai comme nous avions été amenés ces années dernières i le reconnaître au cours de l'étude des conditions d( l'enseignement moral, que la condition suprême de h compréhension morale et de la volonté morale, c'est h conscience de l'unité réelle de l'être, de l'universalité réelle des fins (1). La réalisation de cette conscience

(1) On trouvera l'exposé justificatif de cette thèse dans Bationalisr et Tradition. Alcan, 1910.

partir de l'obscure intuition de l'unité nous apparaît maintenant comme la loi générale, qui régit les rapports entreles personnes. L'enfant, dontl'acte suppose la communauté du vouloir, est donc entièrement inhabile à l'analyse de l'expérience et mauvais praticien; mais il est meilleur métaphysicien que l'adulte, dont l'esprit, par suite de l'usage constant de le pensée analytique, subit invinciblement l'illusion de la réelle distinction des parties d'un tout et celle de la réalité des actions transitives.

2'^ Par rapport aux personnalités qui lui sont indispensables ou utiles pour le développement de la sienne, l'enfant se trouve en état de naturelle subordination; il a besoin de reconnaître une autorité, de subir un ascendant personnel : c'est la source de l'obéissance volontaire. Deux conditions générales d'ascendant : à) accord suffisant de la nature de la personnalité dominatrice avec celle de l'enfant; b) richesse de la personnalité dominatrice. Si l'on venait au détail, on verrait l'étude de l'ascendant personnel soulever les problèmes les plus délicats.

3" Le besoin de subordination aux personnalités dominatrices s'accompagne chez l'enfant d'un besoin complémentaire d'exercer lui-même un ascendant sur des personnalités inférieures à la sienne, et l'exercice de ce besoin est aussi un moyen nécessaire du développement personnel. Domination subie et domination exercée sont deux modes constants d'assimilation sociale, en même temps que de développement individuel. Ils se retrouvent dans tous les rapports d'une personne avec des collectivités (sociétés familiales, écolières, etc.), ou avec d'autres personnalités individuelles (rapports divers entre individus, et notamment amitiés).

VI. — Formation sociale des habitudes et de la volonté MORALES ENVISAGÉE DANS LE CAS LE PLUS SIMPLE

(influence familiale) .

I. — Cherchons à présent à distinguer comment, par le jeu des processus d'influence déjà décrits, s'organise sous l'influence sociale la vie morale de l'enfant.

Le caractère social de la régulation morale est évident. L'habitude morale répond à quelque exigence de la vie d'un groupe et est généralement, à des degrés divers, habitude individuelle des membres du groupe (mores, morale).

Dès longtemps a été reconnu le rapport entre le caractère collectif de certaines habitudes et le sentiment intérieur d'obligation caractéristique de la volonté morale. Cette vue a pris de nos jours des formes précises. C'est ainsi par exemple que pour Wundt [Ethik)^ reprenant avec variantes une théorie d'Ihering, les formes d'action conçues par l'individu comme ayant un caractère moral correspondent à des habitudes collectives étendues et contraignantes. A peu près de même, mais avec plus de précision, Durkheim définit le fait moral dans une société donnée comme « toute règle de conduite à laquelle une sanction répressive diffuse est attachée dans la moyenne des sociétés de cette espèce considérées à la même période de leur évolution ».

Comment les règles exprimant les habitudes collectives viennent- elles à régir V activité habituelle d'un individu? Comment arrivent elles à se manifester dans la conscience individuelle avec un caractère de valeur absolue les rendant obligatoires?

Telle est la question posée, mais non résolue, par la métaphore de la pression exercée par les mœurs sociales sur les individus et donnant naissance aux habitudes morales.

C'est une question psychologique. Pour la traiter, il

convient de préciser au préalable les notions de mœurs sociales et à' habitudes morales.

II. — Il n'y a pas correspondance exacte des mœurs aux habitudes individuelles. Il y a souvent exigence sociale sans correspondance morale exacte chez les individus : ainsi des règles précises de probité sont dans nos sociétés Tobjet d'une exigence sociale à peu près universelle, tandis que les habitudes morales de probité sont extrêmement variables. Les mœurs sociales ne sont point la collection des habitudes morales, mais sont des exigences, qui n'ont pas la même extension que les habitudes.

Les mœurs (exigences sociales) sont relatives à l'organisation sociale et aux circonstances sociale's : c'est ainsi, par exemple, que les mœurs admises par les membres d'une société donnée se modifient profondément dans les conditions de l'essaimage colonial ou dans l'état de guerre. La fixité des mœurs est relative à la fixité des circonstances sociales.

Du point de vue sociologique, si l'on considère la teneur des codes, les sanctions légales, etc., il peut être exact de dire, qu'en tant qu'exprimées par ces choses les mœurs correspondent à un point d'évolution d'un type de société donné. Psychologiquement il faut reconnaître que la notion du type social est trop abstraite, pour qu'on lui rapporte les modalités réelles des exigences sociales : un grand nombre de celles-ci varient selon les classes, les professions, les cercles sociaux, les circonstances mêmes des rapports entre les personnes (exemple : règles relatives à la fraude, à Tassistance). Ce qui tend à s'imposer comme habitude aux activités individuelles, ce n'est jamais une règle abstraite commune à tout un ensemble social complexe et étendu (société européenne, société nationale) : ce sont des exigences propres à des groupements sociaux variés, comme à des circonstances variées de la vie sociale.

En résumé, en tant qu'elles influent sur les habitudes morales, les mœurs ne sont pas exprimables par des règles abstraites et fixes, identiques pour toutes les circonstances et pour tout un ensemble social complexe et étendu (société européenne, société nationale d'un certain type) : elles sont des exigences variables, relatives à des groupements sociaux divers et à des circonstances variables; et variable aussi est la correspondance des habitudes individuelles à ces exigences. Ge& conditions de l'influence concrète des mœurs laissent une grande souplesse à l'adaptation sociale des individus. Point d'impression mécanique des mœurs ; au développement individuel la vie sociale offre des possibilités variées, des combinaisons à l'infini. C'est par la considération intime des rapports sociaux particuliers qu'il faut chercher à déceler les modes réels d'influence sociale sur la constitution des habitudes morales.

III. — Si le terme « mœurs » recouvre une réalité diverse et variable, il en est de même du terme « habitude morale ». A un pôle : pratique habituelle conforme à l'exigence sociale (par exemple : usage des formules de politesse); à l'autre : habitude d'agir en harmonie avec une loi sociale connue, comprise et voulue (par exemple : respect intérieur de l'enfant pour ses parents, pour son maître, pour ses camarades, etc.) ; entre les deux : une foule de nuances intermédiaires.

Tâchons de nous rendre compte du chemin qui va d'un pôle à l'autre, qui de l'habitude conforme conduit à l'habitude proprement morale.

a. — L'habitude naissant de la répétition de l'acte, la suggestion mécanique et l'imitation sont, on l'a vu, créatrices d'habitudes, modes de transmission des façons d'agir : des claques sur les doigts d'un petit enfant lui font perdre par suggestion l'habitude de griffer ; l'imitation de la mère ménagère tend à créer en lui des habitudes de propreté, de travail. A ce degré, point de différence entre les habitudes proprement

morales et les autres habitudes, sauf la conformité de fait des premières à des exigences sociales (1).

Gomment se produit l'apparition progressive du caractère spécifiquement moral de l'habitude?

h. — Les premières formes de l'activité spontanée ont déjà des traits communs avec les actions pensées comme obligatoires : l'instinct s'impose d'abord à la conscience, qui le constate sans le créer, sans le dominer (vie animale). Même caractère de l'habitude: une habitude est capable de vaincre une inhibition de douleur, voire une volition. La répétition imitative emprunte elle-même ce caractère de l'habitude : l'acte, objet d'imitation, exige son accomplissement imitatif.

En outre toute activité paraît engendrer l'exigence de sa propre universalisation : l'enfant aime et exige qu'on mange quand il mange. Pais de différenciation essentielle de ses actes et de ceux des « autres » ; il tâche de coordonner ceux-ci à ceux-là, soit en imposant ses habitudes (aux plus petits), soit en soumettant son activité aux façons habituelles des personnes qui ont autorité. Exigence conformiste et subordination imitative, formes de l'assimilation sociale, sont des manifestations de l'unité réelle, que supposent et expriment tous les rapports entre les consciences.

c. — Au cours de la vie enfantine les caractères de l'habitude proprement morale (obligation, exigence de l'universalité), en germe dans toute activité psychique et sociale, prennent leur développement propre sous l'influence de la contrainte éducative. La contrainte répétée constitue une suggestion générale d'accomplir un ordre donné, souvent en conflit avec d'autres impulsions. L'habitude d'obéissance procure

(1) La conformité, même à ce degré inférieur de l'habitude morale, doit être entendue comme relative. Il faut avoir sans cesse présent, au cours de cet examen des modes de la conformité morale, ce qui a été dit plus haut de la suggestion et de l'imitation et de la part de spontanéité individu-elle que comportent tous les processus d'assimilation sociale.

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à Penfant (normalement) les plus fructueuses imitations et aussi un moyen d'union sympathique (contentement manifesté par des éloges et des récompenses). Les parents, en tant qu'ils commandent, deviennent pour toute la collectivité des enfants des modèles exemplaires et des autorités; en tant qu'ils ne commandent pas, ils ne sont que des modèles facultatifs. L'enfant obéissant tend à identifier sa volonté avec la loi, qui gouverne tous les rapports familiaux. 11 est particulièrement sévère pour ses égaux, dénonce toute infraction de leur part, en réclame le châtiment.

Le conformisme familial de l'enfant est soutenu, d'une part, par l'habitude d'obéissance née de la contrainte, d'autre part, par la satisfaction profonde trouvée dans Y assimilation sociale due à l'obéissance, c'est-à-dire à l'adhésion de tous à la règle familiale ; à ces mobiles profonds s'ajoute enfin la notion de l'utilité de l'obéissance pour éviter les châtiments et obtenir les récompenses. De tous ces appuis bénéficient les habitudes sanctionnées par l'autorité de ces êtres supérieurs, que sont les parents. Elles se distinguent par là des autres : du conformisme familial se dégage une véritable volonté de subordination de l'activité individuelle à l'activité harmonique du groupe familial. Et cette volonté rencontrant une résistance dans des désirs individuels, il se crée un antagonisme d'une partie de l'âme enfantine contre l'autre, une première distinction grossière et une première opposition entre ses divers modes d'activité : le conformisme familial entraîne l'établissement d'une certaine hiérarchie interne des tendances, d'un certain contrôle des actes par l'idée de la loi familiale.

Exemple: La fillette rentrant de la promenade range d'abord son manteau et son chapeau par jeu d'imitation; puis elle le fait régulièrement par contrainte, ensuite elle prend conscience de la valeur d'assimilation sociale acquise du fait de son obéissance (participation à la

tenue de la maison et à la vie organique de la famille, tendresse manifestée et éprouvée, autorité acquise sur le petit frère, à qui elle impose la règle à son tour); elle accomplit volontairement Tacte de supérieure valeur, et pour cela réfrène son impatience d'aller jouer : elle accède alors à la véritable habitude morale de l'ordre.

d. — Le moment décisif de ce processus est celui où l'obéissance apparaît à l'enfant comité la voie royale du développement propre par assimilation sociale. Et le secret de cette révélation de la vie morale, c'est l'unité réelle et organique de la société et de l'individu, de l'autre et du moi ; en raison de cette unité, la tendance vers des formes morales et sociales d'activité est de l'essence de l'âme individuelle. La loi sociale, ce n'est pas la règle abstraite delà coutume, c'est la loi de développement de la vie individuelle dans la vie sociale et c'est aussi la loi de réalisation perpétuelle de la vie sociale par le concours et le mouvement des volontés dites individuelles.

La contrainte n'est qu'un moyen épisodique de l'autorité familiale. L'autorité vraiment créatrice d'habitudes morales est celle qui, émanant d'un être supérieur, dont l'action crée une harmonie sociale, agit moins par prohibition que par impulsion et attraction, en ouvrant les voies sociales de développement aux activités enfantines.

L'essence de l'habitude morale, c'est un conformisme non mécanique ni servile, mais qui cherche dans la conformité un mode d'union et d'enrichissement de la vie, et qui est prêt à remplacer la lettre de chaque règle par d'autres formes de relations répondant mieux à l'unité réelle et au développement social de la vie humaine. En d'autres termes, l'habitude morale se distingue du simple conformisme, en ce qu'elle implique volonté d'action conforme à la loi.

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