HISTORIQUE
Plusieurs auteurs font remonter au début du XIX° siècle la première idée des bienfaits de la collapsthérapie provoquée, sur les lésions pulmonaires.
Piéry et Roshem, après d’'intéressantes recherches, rapportent que deux auteurs anglais, Carson, physiologiste à Liverpool, en 1822, et Kamagde, praticien de Londres, en 1832, réalisèrent le pneumothorax artificiel et démontrèrent son utilité.
A ce moment là, précisément, d'après Dessirier, les idées étaient plutôt défavorables sur les conséquences du pneumothorax spontané : des statistiques noires avaient été publiées. Saussier (thèse 1841) déclarait que le pneumothorax occasionnait « constamment et fréquemment la mort chez les tuberculeux ». C'est Laënnec qui nota Je premier des cas de pneumothorax spontané de gravité atténuée et même guéris, et, après lui, quelques auteurs étudièrent l'influence du pneumothorax spontané, quand il tendait vers l'amélioration, sur l’évolution des lésions du poumon : Woillez, en 1853 et Béhier, vers 1861, d’après J. Castaigne, prouvèrent qu'un épanchement gazeux dans la plèvre qui comprimait et immobilisait le poumon arrêtait l’activité d’une tuberculose. En 1880,
Toussaint, élève du Professeur Potain, publia dans sa thèse
24 observations de pneumothorax guéri, avec en outre dans quelques cas une amélioration notable de l’état pulmonaire (Dessirier). Au congrès d Alger, en 1881, Hérard exposa les idées soutenues par Woillez et Behier : à la
première et à la seconde comme à la troisième période de la phtisie, la compression du poumon et son immobilisation, déclarait-il, influencent favorablement les lésions. De nombreuses critiques lui furent adressées.
Tous ces auteurs n'avaient pas posé nettement la question du pneumothorax artificiel.
En 1888, le Professeur Potain fit à l’Académie de Médecine une communication sur les injections intra-pleurales d'air stérilisé dans le traitement des épanchements consécutifs au pneumothorax ; les malades non seulement ont guéri de leur pneumothorax, mais encore leurs lésions tuberculeuses se sont améliorées dans une large mesure et certaines même se sont cicatrisées. Potain réserva ces injections d'air stérilisé aux cas d’hydropneumothorax.
Carson, de ses expériences et de ses constatations, conclut quun poumon portant une lésion, soustrait à l'influence de l’élasticité pulmonaire, qui s'oppose à la cicatrisation, grace à la production d’un pneumothorax, sera dans de meilleures conditions de guérison et pensa même, puisque le collapsus pulmonaire peut diminuer spontanément, à « la possibilité de la réalisation de deux pneumothorax successifs, avec intervalle suffisant ». Idée que le Professeur Forlanini a émise tout récemment au VII Congrès international contre la tuberculose, tenu à Rôme du 14 au 20 avril ۰
Il est regrettable qu'on n'ait pas, déjà à cette époque, appliqué à des cas avancés de tuberculose pulmonaire, la nouvelle méthode de Carson d’une précision scientifique remarquable.
Quelques années plus tard, Ramagde, dans son traité sur la nature et le traitement de la consomption, écrivit que « tout procédé capable d’amener l’accolement des
ro
parois de la caverne, et par suite de favoriser la cicatrisation sera le moyen de choix ». EL il insista sur la compression du poumon. Deux observations illustrent son ouvrage ; la première a trait à un malade qui a bénélicié d'une compression non recherchée par le praticien, la deuxième à un malade dûment opéré, tous deux d'ailleurs avec un certain succès.
Ramagde venait de réaliser le premier pneumothorax artificiel.
Eux-mêmes, Carson et Ramagde, d'après Piéry el Roshem, eurent un précurseur, en Baglivi, au xvi? siècle, qui a rapporté que les piaies pénétrantes de la poitrine ont eu un effet curateur chez des malades atteints de consomption, et qui a souligné la grande valeur de cette thérapeutique inattendue.
Nous avons vu que, malheureusement, ces observations semblent avoir été peu connues. -Elles n’ont pas servi à élargir l'horizon thérapeutique-des générations suivantes. Et il faut arriver à notre époque pour voir, sous linfluence salutaire du Professeur Forlanini, le pneumothorax artificiel de nouveau prôné, mais cette fois vulgarisé et étudié par de nombreux praticiens, un peu partout, en Europe et en Amérique. C’est une ère nouvelle qui commence, une ère d'études cliniques qui vont donner à la méthode de Forlanini toute sa valeur et sa portée. Forlanini, d’ailleurs, n’est pas-seulement un vulgarisateur : non seulement il a été le premier à faire entrer dans le domaine de la pratique la collapsthérapie provoquée, mais encore il a été le créateur de sa méthode « Dans le courant de l’année 1882, il fit paraître en Italie une série d'articles où il exposait ses vues. Simple idée théorique à cette époque, elle était basée uniquement sur des faits physiologiques et principalement sur
les conceptions particulières qu'a ce savant, de la nature de la tuberculose pulmonaire (Dessirier).
Les idées que Forlanini exposa en 1882 sur le pneumothorax arliliciel ne trouvèrent pas d'écho. Et ce n'est qu'en 1894 qu'il fit au XI Congrès international de médecine de Rome, la première communication retentissante de quelques observations de malades traités par la vollapsthérapie. En octobre 1895, au VI Congrès de la Société italienne de médecine interne à Rome, il présenta le premier cas vraiment miraculeux de tuberculose avarcée unilatérale avec spélonque du sommet, guérie 0 à la production d'un pneumothorax artificiel
Cayley tenta en 1885, dans un cas d’hémoptysie ۰ fuse, le pneumothorax artificiel (thése Dessiricr).
En Amérique, le D” J.-B. Murphy, tenta des essais et obtint de bons résultats (1898). Il se fit ensuite le défenseur de l'opération de Forlanini qu'il chercha à faire entrer dans la pratique. En Amérique encore, en 1899, A.-F. Lemke, traita heureusement 65 malades par le pneumothorax thérapique. En Italie, Riva Rocci traita de la valeur de la méthode pneumothoracique (1903). (Thèse Dessirier.)
Le nombre des adeptes augmentait sensiblement.
En octobre 1905, Stuart Tidey, de Montreux (Suisse), au Congrès international contre la Tuberculose à Paris, communiqua un travail sur la compression du poumon dans la tuberculose pulmonaire, où il déclarait que le pneumothorax artificiel est le procédé thérapeutique qui permette le mieux le relâchement du poumon, favorable à la sclérose des lésions avancées et qu'il est bon d'y avoir recours quand la nature — par la rétraction de la paroi thoracique — commençait déjà, mais sans pouvoir Vachever, le travail de cicatrisation.
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En Allemagne, en 1905, le Professeur Brauer, de Mar bourg, employa la methode de Forianini et plus tard, a cctte methode, par la ponction, 1 substitua celle de 1 cision qui porte son nom el dont nous aurons à dire quelques mots dans le chapitre de la technique.
Depuis, des travaux, des statistiques multiples se succédent, surtout dans ces dernières années. Le Professeur Schmidt (Dresde), en 1906, M. Delagenière au XIX“ Gongrès français de chirurgie (Paris, octobre 1906), le Professeur Saugmann de Vejlefjord (Danemark), en 1907, ont relaté les bons effets de la méthode de Forlanini.
En France, on resta longtemps dans l'expectative. On était même, en général, réfractaire. On cite le mot du D” Gaillard, de l'hôpital de St-Antoine, à Paris, qui, en 1907, en parlant du malade qui porte un pneumothorax dans son côté, dit : « le moindre zéphyr est pour lui vent de tempête ۰
C'est l'Ecole lyonnaise, croyons-nous, avec à sa tête le D” Dumarest, d'Hauteville (Ain), qui s'engagea la première dans la voie suivie à l'étranger depuis déjà quelques années. Dessirier écrivit sa thèse en 1908.
Le D” Dumarest tenta avec succès quelques essais. Lors du Jubilaire du professeur Teissier en 1909, il publia un article des plus intéressants sur « les applications, les risques et les complications secondaires du pneumothorax artificiel ». Il cite le cas d'un malade atteint d’une tuberculose très grave, condamné à bref délai, qui ressuscita grace au pneumothorax artificiel. Plusieurs publications intéressantes ont paru sous sa signature (voir bibliographie). Une bonne statistique de Dumarest, Persch et Brauer, parue dans le Journal médical français du 25 juin 1912 porte sur 100 cas.
En décembre 1909, le professeur Lucius Spengler, de
Le
Davos (Suisse) fit connaître les résultats de ses expériences qui furent très salistaisants.
Le D” Küss, d'Angicourt (Seine-el-Usse) a fait paraitre plusieurs travaux importants traitant du pneumothorax artificiel (voir bibliographie). Un appareil à insufflations intrapleurales d'azote et un trocart spécial portent son nom. |
Les D Leuret et Vourch, Balvay et Arcelin, Lyonnet et Piéry, Bayle, Fourgous se sont occupés de la question (voir bibliographie).
Piéry publia dans le Lyon médical du 3 et 10 mars 1912, une statistique encourageante qui porte sur 17 ۰ (J. Castaigne.)
Fourgous, dans sa thèse, a publié la statistique de Lucius Spengler, une bonne statistique qui porte sur 4o cas.
Un instrument perforateur, pour l'introduction de l’azote dans l’espace interpleural a été imaginé par P. Courmont (Lyon médical, 1911, 1° semestre).
A Leysin (Vaud), en Suisse, c'est le D” Sillig qui a le premier expérimenté la collapsthérapie en 1910. Après lui, les D Jaquerod et Burnand ont fait également des essais. Dans certains cas déterminés, ils ont obtenu de bons et d'excellents résultats : statistique de ro cas du D* Sillig, assez bonne ; statistique du D” Jaquerod de 22 cas, bonne; statistique du D” Burnand, 28 cas (21 du sanatorium populaire, que nous détaillons dans notre travail, 7 en dehors du sanatorium), bonne.
En 1911, les professeurs Braüer et Spengler publièrent un ouvrage très important compris surtout dans un esprit clinique et dans lequel ils rapportent 102 cas trai tés par le pneumothorax artificiel. Le D” Muralt de Davos
appliqua très largement le pneumothorax artificiel dans [Amérique du Nord.
Le D” Felice Cova, ancien assistant de Forlanini, fit paraître en juin rgr2 un article très intéressant sur le pneumothorax suivi d’une assez bonne statistique. Il eon- . clut que la collapsthérapie est la meilleure des méthodes de cure quand l'indication est nette et que le médecin qui ne voudrait pas y avoir recours commettrait une erreur.
Encore d’autres statistiques, de Saugmann, (83 cas), de Lemke (65 cas), (Dumarest) : de Zubiani, de Geeraerd, de Billon et Eiglier, appartiennent à la littérature médicale. La Revue de la tuberculose relève tous les travaux qui paraissent sur le pneumothorax artificiel. Le Professeur Forlanini les consigne dans sa revue (Rivista delle Pubblicazione sul Pneumotorace terapeutico), dont le 1° numéro a paru en septembre 1908, à Pavie.
Tout récemment, au VII Congrès international contre la tuberculose, à Rome de nombreuses communications ont été faites. Forlanini a exposé de nouveau sa méthode, en a donné les indications possibles jusqu’aujourd’hui et rapporté une statistique de 163 cas.
L'opération de Forlanini a pris droit de cité. Le jour n’est pas loin où les praticiens pourront l'utiliser pour le grand bien des malades. A notre avis, elle doit entrer, prudemment, mais elle doit entrer dans la pratique courante. Il ne faut pas « frauder les pauvres poitrinaires d'une ressource thérapeutique, géniale, dans la conception, facile dans l'application, presque jamais nuisible, et très souvent utile, et utile surtout, lorsque loute autre ressource est vaine ». Zubiani. Congrès de Rome ۰
« Les auteurs qui ont la plus grande expérience de la
question sont unanimes à souhaiter que la méthode de Forlanini trouve partout l'estime et le crédit qu'elle mérite ct que, sous le bénéfice de la prudence et de l'expérience que comporte son application, un plus grand nombre de
malades soit appelé à en bénéficier. » Dumarest.
Deux grands procédés pour la production du pneumothorax artificiel ont été préconisés : la ponction ou la thoracentèse directe de Forlanini et Vincision préalable, sanglante de Brauer. La majorité des praticiens qui appliquent la collapsthérapie ont adopté le prorédé de Forlanini qui est, en effet, très simple et qui donne d’excellents résultats. C’est de ce procédé que nous nous occuperons
Brauer en s'appuyant sur 58 observations de malades traités dans le courant de deux années, a montré au Congrès de médecine de Vienne (1908) les avantages de sa méthode. Elle consiste à inciser d’abord la peau, les muscles intercostaux, en réduisant les limites de l’incision dans la profondeur, puis la plèvre, mise à nu, à la perforer. Avec L. Splenger, il a publié un mémoire (Beitrage zur Klinik der Tuberkulose, Bd xu, Heft, 1, p. 420-424), où sont décrits tous les temps du procédé de Vincision. Sa méthode s’est très peu répandue parce qu'elle nécessite une véritable opération, presque toujours inutile. Son avantage est qu'elle supprime le temps le plus difficile — relativement — de l'opération de Forlanini, la recherche de l’espace interpleural, au cours de la première ponction. Murphy lavait déjà appliquée avant lui en Amérique. Elle est réservée par quelques médecins aux cas difficiles d’adhérences très étendues et très résistantes qui ne peuvent pas être traités par la ponction ; la poche