CRU
puis fais saupoudrer la tête avec de la poudre de fenouil, de jonc odorant et de cinnamome, si l'air n’est pas trop froid, et. dans le cas contraire, avec les diverses espèces de menthe.
Il se produit très souvent là-bas des tumeurs aux jambes et dans les régions adjacentes. Lorsqu'un malade est atteint de cette affection, si l'humeur est encore diffuse et mobile et ne s'est pas déjà fixée, débarrasse le corps de l'humeur tuméfiante par des purgatifs drastiques, et applique sur la partie malade quelque amyntique tel que l'agäqiyä'. Si l'humeur s’est déjà localisée, tâche d’en assurer la fixation et débarrasse complètement le corps par la saignée. Lorsque l’humeur ne s’est pas fixée dans la partie inférieure du corps, tu n’es pas autorisé à provoquer l'évacuation par les purgatifs, ce qui aurait plutôt pour résultat de mettre en mouvement une autre humeur en la faisant confluer vers la précédente. Empêche que l’on déplace le membre tuméfié : il doit rester immobile.
La lithiase est fréquente dans ce pays. Le calcul n’est autre chose que l’agglomération des sédiments terreux de l’urine?. Les médicaments lithontriptiques sont bien connus : ce sont, par exemple, le chiendent, le mahaleb, le souchet odorant, la semence de melon, la pierre de Judée, et d’autres spécifiques nombreux qui ne sauraient trouver place ici. Mais attache-toi à ceux qui brisent le calcul et garde-toi de ceux qui échauffent trop ou qui dessèchent avec excès. Si tu dois recourir à des remèdes qui agissent de cette manière, corrige-les avec la semence de melon et
4. C’est le suc de l’arbre que les botanistes appellent Mimosa gummifera et qui porte, en arabe, le nom de Bän ((:,L).
2, Il ne s’agit ici que de la lithiase rénale et vésicale et nullement de la lithiase hépathique. Les calculs de cette nature sont bien des sels terreux, urates de chaux, oxalates de chaux et phosphates de chaux,
le bois de réglisse. La gomme de cerisier‘ est très efficace contre cette affection et on peut y avoir confiance.
Ne provoque pas d'émission sanguine si ce n’est en cas de nécessité absolue, et n’administre que des purgatifs modérés, seulement lorsque c’est indispensable : les humeurs ayant commencé à se corrompre, cette évacuation ne servirait de rien, et tu n’expulserais que des éléments dont la suppression nuirait au malade. Quand tu remarqueras une tendance naturelle à la survenance d’un phénomène qui annonce la crise, aide la nature dans cet effort.
Dans les maladies aiguës, il n'y a aucun inconvénient à ce que tu évacues l'humeur et ce qui peut causer du trouble et de l'agitation, car l'humeur, grâce à sa subtilité, s’empresse de répondre à ton appel et de sortir.
. Le manuscrit de Paris écrit Lol,s et celui de l’Escurial, Lot 0.
“ mot n’existe ni dans les dictionnaires ni dans les traités de Dotanioue ou de pharmacologie. J’avais d’abord pensé à y voir une transcription du grec zpactæ, pluriel de mpüctov qui est passé ex arabe sous la forme Ooruol,s et qui désigne le marrube, Mais je n’ai trouvé nulle part la mention de propriétés lithontriptiques attribuées à cette plante qui est considérée simplement comme diurétique et qui, d’ailleurs, ne fournit pas de gomme, Aussi j'en arrive à considérer comme fautive la leçon des deux manuscrits : c’est probablement Lol, $ qu’il faut lire. Ce mot est connu des lexicographes et des botanistes qui l’écrivent Luol,s, Los |,s et même Lou, > (Cf. ‘Abderrezzàq Kl-Jezä’iri, Kecf er-rumüz, op. laud.,
p. 129 du HA arabe et p. 295 de la traduction du Dr L. Leclerc); il désigne le cerisier, Or les propriétés de la gomme de cerisier sont les mêmes que celles de la gomme de prunier : l’une et l’autre sont considérées comme lithontriptiques (Cf. ‘Abderrezzàäq El-Jezà'iri, art. &+-o se gomme de prunier), Quant à l'erreur commise par les deux copistes, elle est probablement due à ce que le texte original portait Laul 2, avec un = mal tracé et arrondi au lieu d’être pointu, si bien que les scribes l'ont pris pour un », erreur d’autant plus naturelle de leur part qu'il s’agit là d’un terme technique qui leur était sans doute inconnu : car, dans le dialecte barbaresque, la cerise et le cerisier sont
appelés &Sskb| ee et SJokb| a 3,=*
TRADUCTION Si
Rappelle-toi la crudité que l’eau froide amène dans les humeurs, au cours des fièvres infectieuses, etne l’emploie en affusion que dans les fièvres consomptives continues.
L'air de Maroc est sec et produit fréquemment l’émaciation. Ne néglige pas de conseiller à ceux que tu redoutes de voir atteints de ce mal de prendre des bains d’eau douce tiède dans une baignoire placée au milieu d'une atmosphère tempérée, et d'oindre leur corps avec de l’eau et de l’huile de rose battues ensemble. Ce traitement est prophylactique.
Sache qu'il se produit parfois à Maroc, par suite de la sécheresse de l’air, des accès de toux; en pareil cas, on n'a qu’à flairer soit l’intérieur des concombres, des melons d’eau ou des melons de Palestine, soit des roseaux, à ajouter du sucre à l’eau de boisson dans la proportion d’une drachme par once, et à maintenir dans la bouche du bois de réglisse décortiqué et lavé.
C’est ici l'occasion pour moi d'attirer ton attention sur les causes de la toux. Elle est produite tantôt par une maladie du parenchyme du poumon ou par sa dyscrasie; tantôt par une matière introduite dans ses cavités et contrariant son fonctionnement normal, soit par sa masse, soit par son poids, soit par l’obstruction qu’elle crée dans les voies respiratoires susceptibles d’être obstruées, soit par la viciation qu'elle apporte à la syncrasie du poumon; tantôt encore par la cacochymie causée dans le poumon par l'air inspiré; tantôt enfin par une froideur d'origine externe qui atteint la poitrine et dont l’influence se propage juequ'au poumon. En un mot, [la toux résulte] de toute dyscrasie d’origine interne ou externe qui atteint l'organe, y amenant une sorte de crassitude qui nécessite l'expulsion de l'humeur peccante par le procédé grâce auquel sont rejetées les matières qui se trouvent dans les poumons.
Lorsque la toux provient d’une dyscrasie, elle persiste et la cachexie se maintient. Souvent la toux amène une perforation dans le poumon, et le malade tombe dans un état incurable : c'est pourquoi il faut se hâter d'instituer le traitement et d’atténuer les accidents par tous les moyens possibles, tout en continuant à lutter contre l’élément pathogène.
La toux peut aussi être due à une réplétion exagérée de l'estomac ou à l’existence de quelque tumeur, ou bien à la compression exercée soit par le diaphragme, soit par la plèvre, si l’un ou l'autre est le siège d’une tumeur, soit encore par le foie, soit enfin par la rate; elle peut aussi reconnaître pour cause une hydropisie, de quelque nature qu'elle soit, quand l’enflure qui en résulte est excessive.
Parfois la toux est occasionnée par ce qui descend* au poumon, venant de la tête ou des autres parties du corps:.
La plus curieuse des causes de la toux est celle qui consiste dans le reflux des humeurs vers l’intérieur du
1. L'auteur fait probablement allusion aux cavernes produites par la tuberculose, et peut-être aussi à la perforation de la plèvre d’où résulte le pneumothorax.
2. Au lieu de « descend » Go); le ms. de l’Escurial écrit « se répand » (rar). Le sens est à peu près le même pour les deux leçons ; mais tandis que la première évoque l’idée qu'exprime, en français, le terme de « catarrhe » (de xatäpfuos, qui coule de haut en bas) la seconde rappelle le mot « rhume » (de pedux, écoulement). Le processus morbide indiqué ici est bien celui de la rhino-trachéo-bronchite des modernes, dans laquelle les mucosités descendant des arrière-fosses nasales vers la trachée puis vers les bronches entraînent avec elles l'agent pathogène et favorisent sa propagation, — Cf. et. le mot à 5 qui signifie littéralement «descente » et qui désigne en arabe le rhume de cerveau et même la grippe.
3. Cette opinion n’est pas contraire aux vues de la médecine moderne : on admet parfaitement que l’agent pathogène qui envahit le poumon n'y pénètre pas toujours par les voies aériennes et qu’il peut y être introduit par les liquides organiques qui l’amènent d'un point plus ou moins proche déjà contaminé,
corps : c’est ce qui arrive notamment à ceux qui ont éprouvé une frayeur violente ou qui se sont dévétus à l'air froid. La même chose se produit parfois lorsqu'on porte sur les reins des fardeaux rigides : car les vaisseaux sont comprimés et le sang est refoulé vers l'intérieur du corps. Cela arrive aussi à ceux qui, accoutumés aux tapis moelleux, dorment sur une couche dure, et à ceux qui revêtent la cuirasse, à cause de la compression que les vaisseaux subissent de dehors en dedans.
Dans d’autres cas, la toux est provoquée par un corps [étranger] qui passe dans les voies aériennes comme cela se produit en Orient‘.
Les médecins en général connaissent toutes ces causes sauf deux : la dyscrasie et le reflux des humeurs vers l’intérieur du corps.
Le flux hémorroïdal? est chose fréquente dans les pays secs. S'il se prolonge, il amène la déchéance des forces, l’hydropisie et le ramollissement des chairs. S’il est coupé brusquement chez un malade qui y était sujet d’une facon chronique, cette suppression entraîne parfois des hémoptysies, des hydropisies et des affections nombreuses. Il ne faut donc pas négliger de traiter le flux hémorroïdal dès le début, de même qu'il ne faut pas le faire cesser lors-
1. En réalité, cet accident peut se produire partout. Mais Abù ’l-‘Alà’ veut, sans doute, parler des cas où il se généralise, par exemple, lorsque le simoun souffle en Égypte.
2. L'expression employée par l’auteur pour désigner le flux hémorroïdal n’est ni lol Mu ni jeuwlgn)l xs, mais Léuwlodll 13,1. Le mot cl)! qui signifie « souffles » fait penser à la classification étiologique Se naïve admise par le vulgaire chez les Arabes d'Algérie, et d'après laquelle toutes les maladies qui se manifestent par une tumeur ont pour origine le sang (ed-dem), celles qui sont caractérisées par un écoulement reconnaissent pour cause le vent (er-rth), et les autres sont imputables à Dieu (Rebbi)., à
qu'il s'est prolongé et est devenu chronique; il convient de permettre au sang de s’écouler par intermittences! et de chercher à exercer sur l'organisme une action émolliente par l'emploi du convoloulus scammonia?. Quand le malade est allé à la selle, il doit, après l’ablution habituelle, faire des lotions avec une eau dans laquelle on a fait bouillir à réduction jusqu’à ce qu’elle devienne rouge de la lavande stœchas® et un peu de camomille, d'argentine et de cyprès‘. Au début de l’affection, applique à la tumeur un traitement sédatif, ensuite emploie des astringents très énergiques; mais, pour ne pas brusquer l'organisme, pétris-les avec une décoction réduite de mauve. Si une personne est atteinte d’hémorroïdes, garde-toi de lui faire prendre quelque drogue qui les excite; aux médicaments qu'elle absorbe, mêle des sédatifs. Prescris-lui de faire, chaque fois qu’elle va à la selle, après l’ablution ordinaire, une lotion avec un liquide préparé comme il suit : faire bouillir ensemble, à réduction, parties égales de camo-
4. Le ms. de l'Escurial dit : « Il convient de s’eflorcer de diminuer peu à peu le flux sanguin ». La nuance est sensible, car cette prescription montre qu'on doit tendre à le supprimer, tandis que le tèxte de Paris semble indiquer qu’il faut le respecter tout en le modérant.
2, Abû ’1-‘Alà’ dit 39stl JsiA4Jb, pour marquer qu'il parle de la plante elle-même (Convolvulus scammonia L.) et non de la gomme-résine (scammonée) qui porte comme elle le nom de Bo et qu'on utilise comme purgatif drastique.
3. Le mot us{okadüs (og zh où KwgX&shuwl) par lequel les médecins et les botanistes arabes désignent le plus souvent la lavande stœchas présente une particularité assez curieuse, Comme beaucoup d’autres noms de drogues connues des anciens, il est emprunté au grec. Mais, alors que les termes de cette origine ont été généralement transcrits au nominatif singulier ou pluriel, celui-ci est venu du génitif otorydèoc et non du nominatif ototydc.
4, C'est surtout la baie de cyprès qu’utilise la pharmacopée Le : on lui attribue des propriétés dessiccatives, astringentes, et surtout hémostatiques,
mille et de mauve dans une quantité d’eau douce suffisante pour couvrir le tout, jusqu’à ce que l’eau ait complètement changé d'aspect, On doit employer ce liquide tiède, à cause de l’âcreté des humeurs; sinon celles-ci provoquent au siège des douleurs lancinantes, surtout lorsqu'il s’agit d’un malade qui se plaint déjà d’en souffrir.
Je te rappelle que les médicaments sont les mêmes [pour tout le monde] et qu’il n’est personne qui ne les connaisse. On ne peut se tromper que dans les différentes manières d’en faire usage. Tel demande à être trituré fortement et employé avec du vinaigre, pour être plus subtil; tel est utilisé à l’état frais‘, et on le mélange avec de l’huile* ou avec de la cire pour lui donner plus de consistance; tel est employé à l’état huileux ; tel est projeté en affusions sur la partie malade ; tel est employé tout entier, comme les graines de psyllium® (et c’est un fait connu, car la trituration détruit leur vertu en les tuant; parfois pourtant nous les broyons afin de tirer parti du principe nocif que la trituration développe en elles, comme dans le cas où nous les mélangeons avec les médicaments hémostatiques tels que ceux qui arrêtent l’épistaxis ou les hémorragies consécutives aux grands traumatismes); tel est employé en poudre ; tel est trituré et utilisé immédiatement, comme le serait la poudre que l’on répand sur la
4. Au lieu de « à l’état frais » (Los), le ms. de l'Escurial dit « pilé grossièrement» (Las ç=); les deux mots présentent des figures à peu près semblables si l’on tient compte des habitudes de la calligraphie maghrébine,
2. 11 faut remarquer que, dans la technologie médicale, le mot duhn (>) employé par l’auteur s’applique aux huiles tirées des graines oléagineuses, tandis que zit (Le ;) désigne l'huile d'olive.
3. ‘Abderrezzâq El-Jezà’iri dit aussi, à propos des graines de psyllium : « On ne les absorbe pas triturées » (RS 9° HS Y) (ESA LS Alger, Ahmed ben Murâd Et-Terki, s. d., in-8, p. 37).
partie antérieure de la tête, pour la débarrasser de la matière aqueuse. Tout cela est indiqué dans les livres : je parle des théories desquelles il y a un profit à tirer et un résultat à attendre.
Bien souventon emploie le miel sans enlever son écume, parce qu’elle peut servir d’adjuvant. Souvent aussi nous brûlons les médicaments pour qu’ils acquièrent quelque vertu que détermine en eux la combustion et dont nous pouvons tirer parti : quelquefois nous les mélangeons ensemble pour que leur action soit plus efficace, pour qu’il n’existe plus en eux aucune qualité nocive, et pour qu’ils réagissent les uns sarles autres, de manière à mettre en valeur la propriété résultant de cette association. Parfois on fait subir au breuvage un commencement d’ébullition pour que ses principes actifs parviennent plus aisément jusqu’à la tête.
Il arrive aussi que la putridité vienne aider les médicaments désobstruants à réaliser l’effet que nous recherchons. Sache bien qu’en même temps, l'emploi des désobstruants est un de nos meilleurs auxiliaires contre la putridité ‘ : c’est pour cette raison que parfois, quand nous voulons arrêter la diarrhée, nous avons recours aux drogues capables de la produire.
Suppose le cas d'un jeune homme dans l’organisme duquel la fièvre s'est établie à demeure, si bien que ses humeurs fonlent, sont chassées, et s'en vont par la diar-
1. Par putridité, on entendait les fermentations morbides qui viciaient les humeurs. Îl s’ensuivait souvent une fièvre diaire qui, selon les humoristes, avait pour résultat de dépurer l'organisme, d'où son nom de fièvre dépuratoire. Il se produisait, dans ce cas, une évacuation des humeurs peccantes qui venait seconder l’effet local des désobstruants. A l'inverse
quand on voulait arrêter ces fermentations morbides, on employait les désobstruants, notamment les purgatifs.
rhée; je ne connais, pour le traiter, rien de tel que de le plonger dans l’eau froide.
Imagine encore le cas où, par une température élevée, un homme de complexion chétive a pris un refroidissement, en sorte qu’il ne peut s’assimiler aucune nourriture, parce que sa chaleur s’est diffusée au dehors. Quel traitement convient-il d’instituer ? Pour ma part, je ne sais rien de plus favorable que les affusions d’eau froide.
Admets le cas d’un malade à qui l’on a fait prendre un purgatif, de sorte qu’il a rendu des humeurs crasses, cependant que la température est basse; il a éprouvé du malaise, du trouble, et des douleurs dans les intestins et dans l’estomac. Tout le monde sait qu’en se couvrant bien on arrête la diarrhée ; et pourtant, siles choses sont telles que je viens dete le dire, le médecin n’a pas d'autre moyen à employer que de faire entrer cet homme au bain et de le plonger dans une baignoire d’eau chaude. Dès que tu auras procédé ainsi, le ventre du malade sera dégagé, ses humeurs consentiront à sortir et il sera débarrassé de ses douleurs et de son malaise. Imagine, d'un autre côté, quelqu'un qui a pris médecine, la température étant basse; ses humeurs sont subtiles, de sorte que le médicament l’a abattu et débilité et que sa diarrhée est excessive. Il n'y a qu’à le faire entrer dans une baignoire d’eau chaude, au hammäm, et la diarrhée sera supprimée. Chez le premier malade, le bain chaud a fait fondre les humeurs et a assuré leur libre cours; chez le second, la chaleur du hammäm et celle de l’eau les ont attirées au dehors! et ont fait cesser la diarrhée. Il est indéniable, en effet, qu'une même cause peut produire deux effets contraires
dans deux corps différents.