‹ La télégraphie sans filChapitre 23 sur 57 · BRANLY · texte numérisé non relu

BRANLY

à la fin du xvinr® siècle, suscité les expériences de Dalibard et de Franklin, qui avait conduit Feddersen, puis Hertz à des résultats d'une importance exceptionnelle, allait encore, sous sa forme ordinaire, jouer un rôle précurseur.

. RADIOCONDUCTEURS

La première télégraphie électrique sans fil fut une télé graphie par étincelles. Elle eut pour origine des recherches qui furent présentées à l’Académie des Sciences en 1890

et 1891, et qui signalaient la fermeture. à distance, d'un circuit de pile sous l'influence rayonnante d'une étincelle . de décharge de condensateur.

Dès sa première communication, l’auteur, M. Branly, décrit explicitement une expérience au: offre à la fois un fait : nouveau de conductibilité électrique et son utilisation pratique. 4 | * Dans une salle de cours, (fig. 33) se trouve, en E, un éclateur à étincelles dont les boules sont les pôles d'une machine électrostatique de Wimshurst munie de son condensateur (fig. 12). Dans une salle éloignée de la salle de cours et séparée d'elle par trois pièces, est installé. en R, un petit circuit local (fig. 34) formé par un élément Daruell à sul-

fates P, un galvanomètre G et un tube à limaïlle t, qui est un tube de verre étroit contenant un peu de limaille métallique intercalée entre deux tiges conductrices aa et bb

(fig. 35). La: ligne droite ER, qui va de.

l'éclateur au circuit.

de pile, a une. longueur d'au moins.

25 mètres, elle traverse deux murs que sépare une cour. On peut dire que. l'éclateur se trouve à un poste d'émission ét le tube à iimalle à un poste de réception. [Il n'y a aucune liaison maténelle. entre les deux postes. Le circuit étant fermé, aucun courant. ny circule et l'aiguille mobile du galvanomètre reste au: zéro de la graduation. Si, à un moment donné, une étincelle éclate à l'éclateur, la limaille devient instantanément conductrice et le galvanomètre accuse une déviation qui persiste quelque temps. Un très léger choc sur le tube à : lhimaille ou sur son support supprime !e courant, une nou-

velle étincelle entre les pôles de l’éclateur le rétablit. Ces

alternances se succèdent à volonté.

L'auteur changea successivement la nature de Ja limaille, la grosseur de ses grains, la substance isolante qui sépare les grains, le métal des pistons conducteurs, leur pression. Îl opéra aussi avec un contact unique de deux substances conductrices choisies, dont il fit varier encore les conditions. La modification de la résistance fut, avec presque toutes les substances en contact, une diminution,

Souvent les étincelles de l’éclateur de la machine de Wimshurst furent remplacées par celles d’un éclateur alimenté par le fil secondaire d’une petite bobine d’induction. Les appareils sensibles, à conductibilité alternative, qui étaient employés et qui se. comportaient comme le tube à limaille du début. renfermaient constamment un ou plusieurs con- . tacts impartaits de forte résistance initiale. Leur conducti-.

bilité se produisait encore, sous l'influence d'une étinceile électrique, à distance, lorsque le circuit dont ils faisaient partie était largement interrompu. En le fermant après l’éclatement de l'étincelle active, on constatait la conductibilité.

Les contacts les plus sensibles étaient ceux qui offraient déjà, avant l'action de l’étincelle, une conductibilité presque imperceptible. Cette très faible conductibilité initiale était atteinte par une pression lentement graduée sur les conducteurs qui lhimitaient lé contact imparfait, ou par un accroissement de la force électromotrice de la pile.

Le contact imparfait qu'une étincelle électrique rendait conducteur à distance pouvait être appelé un radioconducteur, puisque l'effet paraissait se produire sous l'influence d'un rayonnement. Intercalé dans un circuit de pile, le radioconducteur maintient d'abord le circuit ouvert à la façon d’un isolant, mais il livre ensuite passage au courant quand une étincelle de décharge de condensateur éclate à sa portée.

Alors que des corps conducteurs laissent passer d'emblée un courant électrique, que les corps isolants arrêtent Île courant, les radioconducteurs peuvent devenir successivement, à volonté, conducteurs et isolants : leur conducti- -bilité peut donc être intermittente.

Dans ces expériences, la lumière de l'étincelle n'intervient -pas, car le circuit récepteur, installé dans une salle éloignée, est séparé de l’étincelle par des murs : il peut d’ailleurs ‘être installé isolément dans une cave. La conductilité du radioconducteur se produisait, sous l'influence d’une étincelle éloignée, quand on l'enfermait avec son circuit entier ‘ dans une cage en verre bien close ou dans une caisse en bois.

Dans ce dernier cas, une sonnerie, que lé courant mettait brusquement en activité, était souvent substituée à un galvanomètre dont les parois de la cage masquaient les déviations,

Tout changeait si le radioconducteur était, avec son circuit, complètement enveloppé par une cage métallique. Si petite que fut, cette fois, la distance des deux postes et si puissante que devint l'étincelle extérieure, le radioconducteur se montrait constamment insensible. Les parois de la cage pouvaient être de minces feuilles d’étain ou des toiles métalliques à à mailles serrées.

Deux faits importants furent ensuite observés. - Dane une première série d'expériences, un circuit étant enfermé tout entier dans une cage métallique, alors qu'une forte étincelle extérieure ne produisait aucun effet à l'intérieur, même quand elle éclatait au voisinage immédiat de la cage, une étincelle qui pouvait être assez éloignée, se montrait active s'il sortait par une petite ouverture de la cage une longueur de quelques centimètres d'un fil conducteur rehé métalliquement au circuit intérieur à contact sensible. Ce fil conducteur était isolé de la cage comme le circuit luimême. On employait souvent une cage en toile métallique que la lumière traversait suffisamment pour qu'on pût voir, par réflexion sur un miroir, les déviations de l’aiguille du galvanomètre du circuit intérieur.

Dans une autre série d’ expérierices, on voyait une tige conductrice, reliée à une des branches de l'éclateur, augmenter notablement la portée d'une étincelle d'émission. Grâce à l'emploi de pareilles tiges, suffisamment longues, une étincelle de condensateur fort éloignée, réduite à une petite fraction de millimètre, restait active.

Les deux séries précédentes d'expériences ont conduit,. respectivement, à l'emploi des tiges conductrices annexées régulièrement plus tard, sous le nom d'antennes, à chacun des deux postes de la télégraphie sans fil.

Au point de vue du mécanisme de la conductibilité

provoquée dans un radioconducteur on constatait qu’un radioconducteur sensible à l’action d’une étincelle à distance, devient encore conducteur quand on le soumet simplement, dans un circuit, à l’action de la force électro motrice d'un nombre suffisant d'éléments de pile associés en série.

Lorsque la conductibilité développée par l'influence d'une étincelle était assez éloignée de la valeur maximum que pouvait atteindre le contact sensible, la moindre trépidation la supprimait. Îl fallait un choc accentué si la conductibilité était voisine de son maximum.

Un réglage du choc, facile à obtenir avec su étincelles -qui variaient peu, permettait de réaliser des alternatives ininterrompues de conductibilité et de résistance, par succession d'étincelles et de chocs. |

Dès le début, l’auteur des recherches précédentes faisait remarquer que la conductibilité provoquée dans un contact imparfait par l’étincelle était due à la haute valeur de la force électromotrice des courants induits que la brusque décharge d'un condensateur faisait naître à distance dans le circuit du radioconducteur.

En définitive, si l'étude des radioconducteurs faisait connaître un nouveau genre de conductibilité, elle présentait, en outre, une application de cette conductibilité en réalisant à distance la fermeture instantanée d’un circuit de courant électrique, sans liaison matérielle entre le poste de commande et le poste de travail. Une télégraphie sans fil a trouvé là ses éléments essentiels

1. Au premier jour du succès de ses mémorables expériences de 1899, entre es côtes de France et d'Angleterre, M. Marconi adressa à M. Branly la dépêche suivante qui {ut trans-

mise par télégraphie sans fil de Douvres à Wimereux :

arconi envoie à M. Branly ses respectueux mnt à travers la Manche, ce beau résultat étant dû, en partie, aux remarquables travaux de M. Branly,

Les expériences de radioconductibilité qui ont été décrites ne font intervenir aucuné idée théorique. Ce sont des faits observés. Il n'y est question ni d'oscillations électriques n1 d'ondes électriques. On voit figurer, d'uné part, une étincelle de décharge de condensateur éclatant en un poste À. D'autre part, un circuit qui renferme un élément de pile a été constitué en un autre poste B; ce circuit comprend un contact imparfait choisi et un indicateur de courant tel qu'un ampèremètre. Il n'y à aucune liaison entre les postes À et B. Quand une étincelle de décharge de condensateur vient à éclater ‘au poste À, la circulation immédiate d'un courant, que le contact imparfait suspendait, fait tout à coup dévier l’'ampèremètre du poste B: cette circulation peut d'ailleurs donner lieu, en B, à une action quelconque du courant “électrique. L'effet a lieu à travers les murs.

La commande ainsi effectuée, par une sorte de rayonnement électrique, est expérimentalement indépendante de toute connaissance antérieure sur la nature de l'étincelle électrique. Pour les applications, cette connaissance n'était pas indispensable. La nature de la lumière et son mode de propagation n'ont été fixés qu'au début du xix® siècle, cependant la lumière a été utilisée de tout temps. Il est vrai que, pour la lumière, notre organisme possédait un œil. Le circuit d’une pile qui renferme un radioconducteur est un œil électrique : cet œil indépendant a un avantage, on ne le forme qu'en cas de besoin. |

I! n’est pas inutile de faire remarquer que, avec un dispositif rigoureusement semblable à celui avec lequel elle a été observée et appliquée en 1890, la conductibilité intermittente d'un radioconducteur aurait pu être découverte il y a un siècle, après qu'Œrsted eut reconnu la déviation

d'une aiguille aimantée par un courant électrique. Effectuant alors la fermeture d'un circuit contenant un contact imparfait, à l'aide d'une étincelle électrique éclatant à distance, on aurait eu un rayonnement électrique utilisable. Une simple déviation de l'aiguille aimantée est un signal que la télégraphie à fil de ligne a, elle-même, primitivement employé. Une télégraphie sans fil aurait, ainsi, pu précéder la télégraphie à fil de sine

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