‹ La Tension Artérielle et la GuerreChapitre 12 sur 18 · APPAREIL RÉNAL · texte numérisé non relu

APPAREIL RÉNAL

A maintes reprises, nous l'avons signalé comme étant à l’origine de nombreuses hypertensions. Il nous faut donc rechercher quelles lésions la guerre a pu déterminer dansle rein. Tout d’abord, y a-t-il eu une « néphrite de guerre » qui, par son évolulion, aura pu déterminer une sclérose du parenchyme rénal, augmentant ainsi les causes d’hypertension ?

Nous emprunterons à l'étude que P£nu, Dacuer et MarrTin on faite des « néphrites de guerre » leurs conclusions à ce sujel. Les néphrites ont certes été fréquentes pendant celle guerre, mais s'agit-il réellement d’une affection idiopathique constatée chez les combattants et « dont la genèse peut vraisemblablement être rapportée aux conditions générales dans lesquelles vivent ces derniers » ? Toutes les causes ont été invoquées, les facteurs hygiéni-

ER

ques, physiques, le froid, Ia malpropreté de la peau, les toxines alimentaires, la vaccination antityphique. Mais rien de spécifique n’a élé trouvé; les symptômes ne se distinguaient que peu ou prou de ceux de la néphrite habituelle. Les coupes histologiques pratiquées par Péau et MarTIN n’ont donné aucun caracière différentiel; aussi le professeur Teissier concluait-il que l’on ne pouvait voir dans les néphrites des combattants une espèce nosologique disüncte.

La guerre n’a donc point créé de lésion rénale partieulière; mais celle-ci, du fait des condilions, a-t-elle évolué vers une forme particulièrement grave qui nous expliquerail les troubles d'insuffisance rénale si fréquemment constatés ?

AMEUILLE et TixiER ne notent qu'un petit ‘nombre de formes hypertensives, et l'hypertension, n’est en rapport ni avec l'importance des œdèmes ni avec la durée de l’azotémie.

Péavu et MarrTiN n'ont observé que rarement des modifications tensionnelles au début. Quant à l’évolution, « un petit nombre seulement de néphrites à allure primitivement aiguë, écrivent-ils, deviennent ensuite des néphrites chroniques caractérisées; elles peuvent évoluer vers le mal de Bright avec ses caractéristiques cardio-vasculaires : hypertrophie du cœur el augmentation marquée de la tension artérielle. Mais c’est là une éventualité rare ».

Telles sont également les conclusions de TRÉMOLLIÈRES et CAUSSADE.

Mais si l'insuffisance rénale ne s’est pas installée à la ‘ suite d’un processus aigu, nous croyons que multiples ont élé les causes qui ont permis son installation torpide; on sait la toxicité des urines des sujels fatigués ; sous leur influence exagérée par le froid, l'humidité, une alimentation trop exclusivement carnée, ne peut-on penser à des alté-

rations du parenchyme rénal? Ces altérations ne nous sont pas apparues toujours clairement; dans de nombreux cas, nous avons trouvé, plus ou moins discrets, des signes de petite urémie, et surtout, les devançant, une hypertension moyenne ou légère.

Cette hypertension, rien ne nous la révélera parfois qu'une tachycardie qui risque d’égarer notre diagnostic; le malade nous apparaîtra comme un cardiopathe et sans le secours du sphygmomanomètre « on risque fort, dit Liax, de méconnaitre l’origine réelle des troubles cardiaques et de prendre pour un névropathe ou un farceur le brave territorial hypertendu qui se présente à la visite, se plaignant de gêne respiratoire et de palpitations ».

Il est permis de se demander si les troubles d’hypertension signalés par MERKLEN, troubles qui s’accompagnent d'une symplomalologie diverse, tant physique que fonctionnelle, ne reconnaissent pas une origine rénale; « nous ignorons tout de leur durée, de leur curabilité, de leur avenir », conclut MERKLEN.

Pourtant cet avenir, nous pouvons l’entrevoir, en rapprochant de ces hypertendus totaux les hypertendus partiels à allure d’acrocyanose, dont parle Cordier. Ici, en effet, l'hypertension partielle n’est que la manifestation d’une hypertension totale. On comprend que dans un système vasculaire sain l'hypertension soit en partie masquée; mais si un point du réseau vient à céder sous l’influence d’une cause adjuvante telle que le froid, l'humidité, le manomètre saisira plus facilement sur ce point les modifications tensionnelles.

Or ces cas d’hyperlension, sans autres signes du côté du cœur, du système nerveux, Corpier les interprète comme le résullalt d'uneinsuffisance rénale, ouplus exactement comme un symptôme évoluant parallèlement à la sclérose du filtre

rénal, précédant l'apparition du gros cœur, de l’albumi-

ee

nurie, du bruit de galop — et de fait, nous verrons évoluer vers le brightisme partie des sujets ainsi hypertendus.

Aussi, si, dans les « néphrites de guerre », on peut observer des troubles de la tension qui suivront les rétentions chlorurées ou azotées, les cas d'évolution vers une néphrite chronique sont rares — et beaucoup plus souvent intervient en pathologie de guerre, sous l'influence de l’intoxication carnée — ou alcoolique — une sclérose ou une insuffisance rénale installée sans bruit, sans processus aigu et qu'une hypertension primitive sera, nous le répétons, parfois seule à nous révéler.

Page 1