‹ La Tension Artérielle et la GuerreChapitre 13 sur 18 · SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

SYSTÈME NERVEUX

Depuis la découverte par CLaupe BERNARD des nerfs vaso-constricteurs et vaso-dilatateurs, on sait que le système nerveux tient sous sa dépendance le tonus vasculaire. Celui-ci en se modifiant réagira sur la tension, faisant surtout varier les résistances périphériques, facteur important de la pression artérielle.

Ces modifications du tonus vasculaire se produisent normalement de façon constante, de telle sorte qu'il semble que l’on devrait, constamment aussi, observer des variations parallèles ; or, à part quelques légères modifications physiologiques le taux moyen de la tension sanguine varie peu. C’est que normalement, pour obéir à la loi du « balancement circulatoire », il se produit par le jeu même des vaso-constricteurs et des vaso-dilatateurs des compensations : à une vaso-constriction périphérique répondra une dilatation centrale. Mais pour cela il faut un équilibre nerveux parfait, que la guerre a maintes fois troublé.

Pour être le plus nombreuses, ces variations d’origine nerveuse seront généralement les moins graves et les moins durables : elles disparaitront habituellement

avec la cause émotionnelle qui leur a donné naissance.

Par quel mécanisme agit le système nerveux ? L'intervention des centres supérieurs n’est pas admise par tous. LANGE soutient en effet que l’impression ne remonte pas au-dessus du bulbe, tandis que GraAssET admet le contrôle de l'écorce et des centres spéciaux de la circulation. Quoi qu'il en soit « l’impression périphérique arrive directement ou après passage dans l'écorce cérébrale aux centres bulbaires vaso-constricteurs ou vaso-dilatateurs d’où par le sympathique elle agit sur les terminaisons nerveuses contenues dans l'épaisseur de la couche musculaire de la paroi ‘artérielle » (Ériexxe et Ricuarp). Les vasoconstricteurs agiraient directement sur le tonus, tandis que les vaso-dilatateurs joueraient un simple rôle d’antagonistes de la vaso-constriction, de nerfs d'arrêt.

Sur les centres vaso-moteurs. deux éléments principaux agiront : les émotions et les commotions. BALLET et Ro- GUES DE Fursac les confondent dans un même chapitre, faisant remarquer qu’il y a rarement commotion sans émotion. Mais avec LÉPINE nous élablirons une distinction entre ces deux faits : les émotions appartiennent surtout au domaine subjectif; la commotion comporte un élément physique dont nous verrons les effets particuliers.

Le plus souvent l'émotion crée une vaso-constriclion périphérique, d’où une élévation parallèle de la tension sanguine : le centre vaso-constricteur est en effet le premier à réagir, mais une émotion très violente pourra amener l'entrée en scène des nerfs hypotenseurs, dont l'action primitivement prévalante causera une baisse de la pression. ù

Le plus souvent — nous l’avons vu‘par l'analyse des pressions — l’action des vaso-constricteurs est prédominanlte, mais dès la cause disparue la tension retrouve un taux normal. Dans certains cas d'action prolongée, il se

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produit une sorte de lassitude du système vaso-moteur sollicité; aussi au bout d’un temps variable observe-t-on une « réaclion de fatigue » : à une hypertension prolongée succède une hypotension de durée parfois considérable par épuisement des constricteurs. C'est là un phénomène habituel, normal, aussi, dans tous les cas où l'hypertension sera persistante, faudra-t-il penser qu’elle est due à un autre facteur : l’action des glandes endocrines, et en l'espèce l'hypersécrétion d'adrénaline.

Le sympathique ne renferme pas que des filets vasomoteurs : on y a signalé également des filets accélérateurs du rythme cardiaque; cela nous explique pourquoi nous observons si habituellement une tachycardie dont la marche sera parallèle à celle de la tension.

La tachycardie est d’ailleurs parfois l'élément dominant et nous avons vu à l'étude du cœur que souvent on ne trouvait à la base de ces troubles aucune lésion du myocarde, et que pour expliquer ces tacychardies essentielles on invoquait pour nombre de cas une débilité particulière, constitutionnelle du système nerveux (GALLAVARDIN).

Mais le sympathique n’est pas seul à agir sur la fibre cardiaque, à son action excilatrice s'oppose l’action inhibitrice du pneumogastrique. Celui-ci pourra être également sollicité par la cause émotionnelle, et dans ce cas, son action primant celle du sympathique, nous observerons des phénomènes d’inhibition tant dans le domaine cardiaque que dans le domaine pulmonaire.

Voici, à ce sujet, l'opinion de Marrer et PIÉRON :

« L'émotion entraîne une véritable décharge d'influx nerveux qui, suivant la conception très juste de Lapicque, déborde des voies normales adoptées pour les réponses usuelles et les réflexes utilitaires. Cette décharge déborde en particulier dans le domaine du pneumogastrique et du sympathique, agissant aussi bien sur les voies exécutrices

de quesur les voies inhibitrices, d'où, suivant la prédominance de l’un ou de l’autre système : des phénomènes d’excitation, spasmes, tachycardie, polypnée, secrétions exagérées, exallation du péristaltisme intestinal avec diarrhées — ou des phénomènes d’inhibition : relâchements sphinctériens, syncope, arrêt respiratoire, suppression brusque des phénomènes digestifs.

« Fréquemment, ces effets d’excilation succèdent aux effets inhibiteurs par suite d’une fatigue du premier système. Mais parmi les actions sympathiques désordonnées, il en est qui s’exercent sur les glandes à sécrétion interne, dont l'intervention, dans le mécanisme humoral du fonctionnement biologique, a besoin d’être particulièrement bien réglé. »

Hypertension primitive, hypotension de fatigue, tel est donc le plus souvent le mode d'action du système nerveux et le résultat des émotions.

Dans les phénomènes de shock consécutif aux commotions, nous avons observé le plus souvent une hypotension primitive; 1l y a donc ici un élément nouveau qui les sépare des émotions. Nous avons déjà parlé des signes de la commotion, nous n’en voulons retenir ici que l’hypotonie musculaire et l’hypotension — jointe à une sensation douloureuse abdominale. Dans la commotion, en eftet, il y a choc violent des masses d’air déplacées par l'explosion contre la surface du corps : l'abdomen est le plus vulnérable, « le plus facilement dépressible par la pression extérieure. Au moment de l'explosion, celle partie cède, le sang qu'elle contient est refoulé, non plus comme dans la décompression, par le dégagement des gaz de l'intestin, mais simplement par le fait de la pression extérieure. Ce sang, poussé dans tout le système circulatoire comme par un coup de piston, épuise sa pression dans les capillaires généraux et cutanés, d’aulant que le temps pendant lequel

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celle pression s'exerce est excessivement court; mais les organes contenus dans une cavité inextensible, et en état d'équilibre de pression, comme le système nerveux central, suspendu en quelque sorte entre la pression sanguine et celle du liquide céphalo-rachidien, supportent intégralement cet excès de pression. C’est ainsi que dans le système nerveux central se produit fatalement un coup de bélier vasculaire, tout à fait analogue à celui qui constituait la lésion accessoire de la maladie des caissons ». (LÉPINE, Troubles mentaux de querre.) Ce coup de bélier pourra déterminer des lésions anatomiques dans le système nerveux, notamment des hémorragies cérébrales. Ces lésions nous expliqueront la persistance de l’hypotension, hypotension qu’aideront des troubles vasculaires. « La conséquence immédiate de l'explosion, c’est la paralysie vasomotrice des vaisseaux subitement distendus. » Cest secondairement la production d’un œdème cérébral, qui sera une cause de compression.

Des lésions plus profondes des centres pourront enfin être causées par la commotion, toujours sous l'influence du coup de piston abdominal; aussi certains commolionnés présenteront-ils les mêmes séquelles que les trépanés, et chezeux l’on observera ces troubles diffus ou dimidiés étudiés par Locre et BouTrTier, et qu'il faudra parfois diagnostiquer des troubles hystériques. Nous avons signalé ces variations unilatérales, localisées, de la tension accompagnant des troubles sensitifs et moteurs discrets, asymétriques, à forme hémiplégique. La sphygmomanométrie, qui relévera la déséquilibralion vasculaire, nous donnera un élément primordial de diagnostic; on pourra remonter ainsi à une lésion des centres vaso-moteurs et attribuer sensiblement à une base anatomique bulbaire les troubles moteurs ou subjectifs constalés. Nous rappelons pour mémoire les observations de Bagnsxi, FRoMExT,

as Herrz, Goporicne, qui démontrent bien l'intervention du système nerveux central dans ces variations tensionnelles.

L'hypotension pourra d’ailleurs être généralisée, correspondant à une lésion grave, souvent une perte de substance cérébrale, Dans une communication à la Société médicale des hôpitaux de Lyon, LERICHE signalait un cas d'hypotension générale chez un ancien blessé du crâne; le système central paraissait donc bien responsable de cette baisse de la tension, qu'accompagnaient de violentes céphalées, résultat de l’hypotension. Agissant sur Île sympathique dont nous avons dit la richesse en filets vaso-constricteurs, l’auteur a provoqué une vaso-constriction qui a amené une relève de la tension, produisant ainsi la disparition des céphalées. Ici nous apparaissent donc opposées les deux actions du système central et du système sympathique dans le taux de la tension.

LÉPixE a noté semblablement chez les commotionnés de guerre des phénomènes douloureux accompagnés d’hypotension qui cédaient à une médication vaso-constrictive : hamamelis, marron d'Inde ; pour remédier à l'insuffisance des centres vaso-moteurs nous voyons encore ici utiliser la mise en action du système nerveux périphérique.

Mais il est des cas d’hypotension dans lesquels une médication vaso-motrice est inefficace, qui s’accompagnent d’ailleurs d’autres signes subjeclifs et objectifs tels que l'asthénie, la ligne blanche de SERGENT, des douleurs lombaires. Le système nerveux n'est ici qu’en partie responsable et il nous faut rechercher la pathogénie de ces accidents dans le domaine des glandes endocrines : surrénales et thyroïde entre autres.

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