GLANDES ENDOCRINES
L'action des glandes endocrines est devenue en pathologie notion excessivement fréquente; il semble même
; pe es parfois qu'on ait une tendance exagérée à rattacher à une perturbation de leur fonctionnement tout trouble tensionnel, notamment l’hypotension.
C'est par l'intermédiaire du liquide sanguin que les glandes agissent sur la tension. Rappelons à ce sujet que les caractères mêmes du sang, tels que son alcalinité et sa viscosité, ne sont pas un facteur négligeable. Une diminution de l’alcalinité serait un « facteur de prédisposition à la déviation vaso-motrice ». (ETIENNE et Ricrarp). Or, alcalinité et viscosité sont modifiées par les sensations violentes, la fatigue physique suite d’un travail musculaire exagéré, d'où déjà une cause de retentissement sur la pression artérielle; les altérations de la glande surrénale entraînent de même une diminution de l’alcalinité, et par conséquent une hypotension.
L'alcalinité n'intervient pourtant que d’une fäçon secondaire ; le vrai moyen d’aclion de la glande surrénale est l’adrénaline. Celle-ci se trouve normalement dans le sang : sa présence favorise la conductibitité et l’excitabilité du système nerveux; l'une et l’autre seront d'autant plus grandes que les quantités d’adrénaline déversées dans le sang seront plus considérables ; or, la guerre a fait grandement varier chez certains individus cette production d’adrénaline.
Les expériences de Dumas et Mazroizer, celles faites plus récemment par Canon sur le chat, montrent que les émotions font passer dans le sang un excès d’adrénaline. Dans les expériences de CaAnNoN on constatail une vasoconstriction périphérique, s’accompagnant d’une élévation de pression. La guerre a élé un immense laboratoire où de semblables réactions se sont multipliées chez l’homme. L'adrénaline hypersécretée sous de multiples influences cause une sensibilité plus grande du sympathique ; et celui-ci à son tour réagit par des modifications vaso-mo-
trices, qui s’adresseront davantage aux fibres vaso-constrictives, déterminant par conséquent une hypertension d'autant plus vive que l'émotion aura été plus forte.
Action glandulaire et action nerveuse se complètent l'une par l’autre ; l’influx nerveux amène des réactions secrétrices, et ces sécrétions modifient à leur tour conductibilité et excitabilité du sympathique et des centres vasomoteurs ; souvent nous ne saisirons que le résultat; la participation exacte de chacun de ces deux facteurs nous échappera.
Si les surrénales réagissent ainsi avec une sorte de prédilection à l’influx nerveux, c’est qu'entre elles et les centres n’existerait pas, d’après les auteurs américains, le neurone de relai que nous trouvons intercalé dans l’innervation de toutes les autres glandes. Avec plus d'intensité elles recevraient ainsi le contre-coup de tous les agents d'impression qui atleindront le système nerveux. Mais cette absence de neurone qui les rendra plus sensibles à une émotion moyenne les rendra plus vulnérables aussi aux émotions violentes. L'influx nerveux produit par un choc commotionnel intense, par des émotions longtemps répétées pourra agir comme inhibiteur, ou comme destructeur même des cellules chromaffines, d’où diminution d’adrénaline et, comme conséquence, sensibilisation moindre du sympathique et hypotension prolongée.
L'hypotension signe d'insuffisance surrénale a été constatée maintes fois pendant cetle guerre. SERGENT l’a décrite comme très fréquente. C’est également l’opinion de. LosPer et OPpPENHEM : « Chez de nombreux soldats qui se plaignent uniquement de fatigue et de faiblesse générale, nous avons pu constater, en dehors de toute intoxicalion endogène ou exogène appréciable, des signes très nets de meiopragie surrénale. À la fatigue, à l’asthénie, s'associent souvent la pâleur, l’amaigrissement, l’hypo-
termie, la tachycardie et surtout l’hypotension artérielle. » Sous le nom de surmenage surrénal, Josué désigne un «état morbide spécial caractérisé par une asthénie marquée, par de l’hypotension artérielle et par la ligne blanche de Sergent », et il attribue « au surmenage, aux émotions morales, au genre de vie » du troupier, cet état de fragilité particulier. des surrénales. Pour lui encore « l’asthénie des aviateurs », où les modifications hypotensives sont si importantes, reconnail les mêmes troubles glandulaires.
Nous avons vu que les commotionnés ayant une lésion nerveuse présentaient également une hypolension souvent très considérable : on la diagnostiquera de l’hypotension d’origine glandulaire par la bradycardie, l'exagération du réflexe oculo-cardiaque, les troubles labyrinthiques.
Enfin, c’est encore aux surrénales qu’on devra demander l'explication des phénomènes d’asthénie et d'hypotension relevés après certaines vaccinations antityphiques : elle serait le résultat d’une infeclion partielle.
En résumé, dans le domaine des surrénales nous trouvons deux modalités d'action : à une excitation moyenne correspond une hypersécrétion d’adrénaline et une hypertension ; à une excitation prolongée ou à un shock violent, une inhibition et des signes d'insuffisance.
En réalité on n’a pas toujours un schéma aussi net; d’abord parce qu'intervient le système nerveux, ensuite parce que d’autres glandes, la {hyroïde notamment, entrent en action et peuvent modifier, voiler ces résultats. La thyroïde agira d'autant plus que la sécrétion exagérée d’adrénaline entretient une exaltation anormale et permanente du grand sympathique et une hyperthyroïdisation consécutive; et c'est pour cela que l’on constate chez les jeunes une réaclion hypolensive après les émotions de guerre, car chez eux, beaucoup plus que chez le vieillard, le corps thyroïde est en activité; et l’iodothyrine hypoten-