‹ La Tension Artérielle et la GuerreChapitre 16 sur 18 · ÉVOLUTION ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION ET PRONOSTIC

Nous avons observé combien sont nombreuses les modalités de variation de la tension artérielle; la pathogénie nous a révélé que ces modifications élaient la somme d’ac- Uüons mulliples, parfois antagonistes, auxquelles prenaient part le cœur, le rein, le système nerveux, les glandes endocrines. Le temps, grand clinicien — grand guérisseur aussi — fera s’estomper les agents secondaires, mettra en relief les manifestations pathologiques d’un appareil qui primeront les autres. Ainsi, dans le flot confus des sujets que nous avons successivement envisagés, se produira une sédimentation, et déjà après un repos prolongé, une longue hospitalisation, nous avons vu la grande majorité retrouver une tension d’avant-guerre, tandis que nous pourrons classer les autres en deux grandes familles : les hypotendus et les hypertendus.

Chez les premiers, l’élalonnage de l’Aypolension est toujours difficile à faire; il faudra se garder de prendre pour une hypotension véritable, pathologique, ce qui ne serait que tension basse, mais physiologique d'un sujet.

Parmi ces hypotendus, nous lrouverons des nerveux, des cardiaques, des surmenés. Les nerveux nous présenteront souvent d'autres symptômes plus graves qu'une baisse de la tension, car elle est chez eux signe d’une lésion des centres; ce seront soit des commolionnés graves, soit des trépanés, avec parfois des phénomènes d'épi-

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lepsie jacksonienne; pour eux, le pronostic lointain devra être réservé. £

Les cardiaques seront le plus souvent des cardiaques lésionnels, et la baisse de la tension ne sera qu’un signe secondaire pour l’évolution de leur cardiopathie.

Un cerlain nombre de cardiaques fonctionnels prendront

pourtant place à côté d'eux; ce sont ceux que signale Lépine : « Chez des commotionnés, dont l’état mental et même nerveux s'est rapidement amendé, persiste parfois une hypotension extrême avec tendance à l’hyposystolie. Ces hommes sont devenus des cardiaques fonctionnels, n'ayant d'autre tachycardie que celle d'effort sans manifestations émotives quelconques. »

Nous avons vu enfin que tu les surmenés le syndrome d'insuffisance surrénale s’accompagnait d’une hypotension importante. Il s'agira, le plus souvent, d'une inhibition temporaire, sous linfluence des fatigues, des émotions, du manque de sommeil. Les matériaux toxiques éliminés, la surrénale retrouvera le plus souvent son intégrité physiologique et bien rarement se constituera le syndrome addisonien.

Les hypertendus forment un groupe plus important : nous pourrons, avec le temps, les classer en trois grandes catégories : les cardiaques, les rénaux, les nerveux ; à vrai dire, celte classification est un peu artificielle, les groupes non tranchés nettement : entre eux, nous observerons des formes de passage, car les lésions ne se cantonnent pas loujours dans un seul ordre d'appareil.

Parmi les hyperlendus cardiaques, nous retrouverons les tachycardiques fonctionnels étudiés par A. Ricnarp dans sa thèse, les palpilants de Lian, tous les « cœurs irritables » devenus si prompts à réagir sous l'influence d'une émotion légère, d'un travail peu pénible.

La tension artérielle nous sera un précieux élément de

diagnostic. Chez les palpitants simples, à tension variant peu, le pronoslie sera favorable; leur affection rentrera dans les cardionévroses à forme légère étudiées par Gar- LAVARDIN et CoRDIER. Chez certains persistera pourtant un degré plus ou moins accentué d” « irrilation cardiaque ».

A leur sujet, Lran écrivait :

« Les tachycardiques de guerre, après avoir retrouvé leurs conditions normales d'existence, ou même après avoir été obligés d'observer un long repos relatif, verront leur état s'améliorer. Mais nous sommes portés à croire que certains d’entre eux resteront incapables d’exercer toute profession un peu pénible et que la plupart ne bénéficieront que d’une amélioration incomplète, sans récupérer leur équilibre cardiaque excellent — ou déjà troublé — du temps de paix. »

Il est d’autres tachycardies où l’élément tension devient prépondérant; les unes évolueront vers la cardio-sclérose, les autres traduiront simplement une hypertonie du sympathique — et nous les retrouverons en parlant des formes nerveuses — d’autres, enfin, plus ou moins condiditionnées par dés troubles endocrines, donneront progressivement naissance à des goitres exophlalmiques. EL nous rappelons à ce sujet l'opinion de MERKLEN, GALLAVARDIN, Lran, qui tendent à voir dans tous les tachycardiques des gravistes frustes.

Chez les rénaux, on sait que l'hypertension est le grand, parfois le seul symptôme. Et pourtant, c'est chez eux qu'il importe davantage de dépister l’étiologie de l'hypertension, car insidieusement elle évoluera vers la cardio-sclérose, vers le mal de Bright, et il semble que celte évolution se fasse d'autant plus facilement que la lésion primilive rénale a été plus torpide.

Les « néphrites dites de guerre » auront en effet généralement un pronostic bénin. Ces néphrites n'évolueront

que très rarement vers le mal de Bright confirmé. L’albu-

minurie n’est, au point de vue pronostic, qu’un facteur secondaire ; l'hypertension lient ici encore le premier rang; elle dénonce, en effet, un degré d'insuffisance rénale plus ou moins latent, précédant la sclérose vasculaire, ou marchant de pair avec elle. « L'hypertension artérielle, dit Hucuarp, est la cause, non l'effet de l’artério-sclérose ;

elle précède, pendant un temps plus ou moins long, l'évo-

lution de diverses maladies (cardiopathies et néphrite interstitielle), lesquelles sont elles-mêmes sous la dépendance de la sclérose vasculaire. » Cette interprétation de Huchard, qui fait de l'hypertension la cause de la sclérose rénale, n’est pas, nous l’avons vu, adoptée par tous, car, avec Porain, on place généralement à la base une lésion rénale primilive. Quoi qu'il en soit, que la lésion soit primitivement une artério-selérose généralisée ou localisée, ou une affection du rein, la même évolulion est généralement admise par ous et nous conclurons, avec CoRDIER, que «ces phénomènes [d’hypertension] sont au nombre de ceux qui marquent le premier stade de l’évolution à la-

quelle nous assisterons dans les dix ans qui suivront la

guerre; c'est à ce moment que nous verrons toute une génération d'hommes de quarante à cinquante ans frappés d’affections cardio-rénales dont seront rétrospectivement

responsables les intoxications, les commotions, les fati-

gues, les infections latentes de la guerre. » En nous avertissant de ces dangers, l'étude de l'hyper-

tension nous permeltra d'y parer; en instituant, dès le dé-

but, un régime rigoureux, un trailement rationnel, nous

pourrons amener l'élimination complète des toxines et

éviter les lésions de l'épithélium rénal.

Le cadre des nerveux esl cerlainement plus complexe que les deux précédents. Nous avons vu que les commotionnés graves présentent de l’hypotension et que l’hy-

ER CESR pertension est le plus souvent constatée chez les émolionnés; on peut enfin observer des formes où la tension apparaît instable.

Le professeur Durré définit ainsi le déséquilibre circulatoire constaté chez ces malades : « Tachycardie occasionnelle, souvent permanente el paroxystique; instabilité du pouls ; alternalives de vaso-constrictions et de vaso-dilatations périphériques ; dermographisme ».

Ce déséquilibre nerveux sera entretenu par les sécrétions glandulaires augmentées et modifiées ; aussi l’observera-t-on au cours de l'examen tardif des émotionnés de guerre. Le système vaso-moteur a perdu, semble-:l, de sa sûreté de contrôle.

Comme complément à son article avec le professeur ÉTIENNE sur « les Glandes et Émotions de bombardement », auquel nous avons fait de nombreux emprunts, le docteur Ricrarp voulait bien nous communiquer, le 26 janvier 1920, les résultats donnés par un examen récent de ses «sujets ». « Sur les soixante que j'ai revus cette année, douze sont restés des hypertendus, à des degrés divers; tous les autres ont retrouvé leur tension antérieure, mais sont restés des instables vaso-moteurs, des « déséquilibrés du sympathique ».

Ajoutons que nous observerons ici encore des troubles glandulaires qui, sous l’action d’un système nerveux hyperexcitable, pourront donner naissance à des goîtres plus ou moins caractérisés.

L'évolution des différents types que nous avons passés en revue se poursuit tous les jours; progressivement leur groupe, si complexe au début, se sédimente et l'étude de la tension nous a permis de les diviser en trois familles

bien distinctes :

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Les rares hypotendus vrais, blessés ou commotionnés graves des centres nerveux, pour lesquels le diagnostic doit être réservé ;

Les tachycardiques hyperlendus, chez qui, avec des signes de déséquilibre nerveux, nous retrouvons les stigmates de l’excitation sympathique plus ou moins entachée de goitre exophtalmique ;

Enfin, les hyperlendus purs, dont le rein, le système vasculaire vont se sclérosant lentement et qui, si une thérapeulique rigoureuse n’est précocement instituée, deviendront des victimes du mal de Bright.

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