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LA TENSION DU SOLDAT. — SES VARIATIONS

Nous avons vu combien fertile en éléments modificateurs de la tension se trouvait être la vie du soldat. A l’aide des données sphygmomanométriques nousallonsrechercher dans quel sens agissent ces éléments, quels troubles ils impriment à la tension sanguine. ;

À tout seigneur, tout honneur. Étudions en premier lieu la pression artérielle du fantassin, qui, plus que tout autre, hélas ! est soumis à de si dures conditions d’existence.

BonxeET, dans sa thèse (Nancy, 1918), Pierre MÉnaRn, Biner, Biscons et Mercier, dans des rapports à l’Académie de, médecine, ont exposé le résultat de recherches et de travaux dont on devine la difficile expérimentation. Les résultats diffèrent d’ailleurs, tout au moins en apparence, les différences étant facilement explicables si l’on tient compte des conditions des observations.

En première ligne, d’après Biscons et Mercer, les lensions minima et maxima sont abaissées, pour remonter légèrement lorsque le sujet passe en seconde ligne. D'après les travaux d’AUBERTIN, qui a expérimenté sur des soldats en période de combat, on relève beaucoup plus souvent la tachycardie, tachycardie qui ne s’accompagne d'aucun signe d’auscultation; par contre le Pachon nous révèle une hypertension fréquente dans 60 pour 100 des cas examinés. La tension systolique atteint 16-17 au lieu de 12-13; la tension diastolique monte également de

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8-9, taux normal, à 9-11. Après l'engagement la tachycardie cédera complètement ou partiellement à quelques jours de repos, mais par contre l'hypertension subsistera longtemps, et nous pourrons la suivre chez le soldat, comme un souvenir des émotions passées.

Comment interpréler cette dissemblance de résultats ? Biscons et MercCIER ont observé sans doute des hommes fatigués par un long séjour en secteur, tandis que les sujets d’AuBerriN étaient sous le coup de cette « décharge nerveuse » qui stimule le sympathique agissant par son intermédiaire à la fois sur la fibre cardiaque et sur les vaso-constricteurs vasculaires.

A son tour BINET note de la bradycardie avec ou sans hypotension. C’est là, nous le verrons, un signe de surmenage, mais qui ne s’installera qu'après un séjour en ligne long et fatigant.

Les commotionnés légers, ceux qui sont plutôt des émotionnés n’ayant pas souffert du choc physique produit par l'explosion, nous présentent également tachycardie et hypertension, par un mécanisme semblable à celui du soldat au combat. Si la commotion trop forte a lésé les centres nerveux, s’il y a eu traumatisme des surrénales, le sujet sera en état de « shock », où l'hypertension dominera.

En dehors de ces causes, la pression variera essentiellement chez les individus; plus basse chez les déprimés, plus élevée chez ceux qui auront un recours trop fréquent à une pipe consolatrice, ou à une « goutte » soigneusement tenue en réserve. Mais ce sont là modifications fugilives. Quant au café nous ne saurions le mettre en cause; le « jus » du troupier élait bien peu riche en caféine et agissait souvent beaucoup plus par vertu psychique que comme renfermant un stimulant réel.

Chez le gazé, réfugié au poste de secours, on constale

de l’hypotension ; même quand l’intoxication est légère cet effet s'explique par l’action démoralisante des gaz. Le gaz est par lui-même, par son action toxique, un hypotenseur. Nous retrouverons cette action chez nos gazés de l'arrière (Préry). Lorsque, chez l'intoxiqué très grave, l'ypérite et surtout l’oxychlorure de carbone donnent naissance à l’æœdème pulmonaire, on voit l'hypertension constatée tout d’abord faire place à une hypotension brusque, quand éclatent à l’auscultation les petits râles caractéristiques.

Très voisin parfois du fantassin, bien que jouissant d’un confortable (?) relatif, nous trouvons l'artilleur. Mieux protégé des intempéries, mais soumis bien souvent aux mêmes éléments d’origine ennemie, l’artilleur nous offrira les mêmes modifications lensionnelles que son frère des tranchées : le plus souvent hypertension avec tachycardie, d'autant qu'ici les détonations de sa pièce en activité créent peu à peu une sensibilité particulière du système nerveux.

Survolant fantassin et artilleur, les protégeant l’un et l’autre, voici le « spad » rapide ou le Bréguet de bombardement. La facilité plus grande de l’expérimentation, jointe à la nécessité d'éliminer chez nos pilotes toute tare organique, à conduit à une étude très approfondie des rapports du vol et de la pression artérielle.

Avant la guerre, plusieurs auteurs, Crouzox entre autres, avaient analysé la tension sanguine chez l'aviateur : la tension, normale au départ, s'élevait de 2 centimètres de mercure après l'atterrissage.

Depuis 1914; les études se sont multipliées. ÉTIENNE et Lamy, Ferry, Josué, MouzinieB ont effectué des recherches parallèles. FERRY note une diminution de la pression maxima, d'autant plus grande que le vol a été plus rapide

-en montée et surtout en descente ; la pression minima est augmentée, ce qui en définitive aboutit à une diminution

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considérable de la pression différentielle : elle nous marque une fatigue de l'appareil cardio-vasculaire, qui se chiffre tout d’abord par l'hypotension, et plus tard, à usage, par les troubles spéciaux accusés par les aviateurs (somnolence, vertiges, défaillance). %

Ces troubles, Biner les étudie sous le nom de « mal des aviateurs, » il les interprète de même façon, mais il note en plus un fait particulier. Les émotions vives, qui, nous l'avons vu, déterminent chez le soldat une tachycardie plus ou moins accentuée, se traduisent chez l’aviateur fatigué par une chute brusque, mais non très durable, du rythme, qu’il dénomme « bradycardie émotive ».

On entrevoit ici l'intervention d’un élément nouveau, dont le rôle nous apparaîtra. mieux par l’étude de la pathogénie : les glandes surrénales. C’est par un trouble de leur fonction que l’hypotension persiste entre les vols. C'est ainsi que Josué note au Pachon une pression maxima de 11-12, alors qu’elle atteint normalement 14-15.

Chez un pilote aguerri, bien entraîné, ces différences sont moins accusées et la pression maxima tend à revenir à la normale. Quant à la pression minima elle subit peu de changement, présentant seulement une valeur légèrement supérieure au taux habituel.

Ces modifications que subit la tension chez des êtres jeunes, aux organes neufs, on devine que nous les retrouverons également marquées dans des organismes parfois fatigués, rendus plus vulnérables par les intoxications d’avant-guerre. ë

Bien que peut-être exposés à de moindres dangers, les lerritortaux, nos glorieux « pépères », n’en sont pas moins soumis, à une vie de faligue, non exempte d'émotions. Ils se présentent à la visile, accusant des palpitations, se plaignant de douleurs vagues, de troubles d’apparence digesbifs. On a signalé à plusieurs reprises le danger de

ques considérer ces malades comme des névropathes ou des « carottiers ». À la réunion médicale de la 1v° armée, du 10 mars 1916, Lian témoigne de la fréquence de ces palpitations et indique leur véritable cause, qui est l’hypertension artérielle.

Un syndrome où figurent l’essoufflement, la gêne douloureuse précordiale qui surviennent pendant la marche et empêchent le pas de gymnastique doit mettre sur la voie; il s'y ajoute souvent un degré plus ou moins avancé d’accélération cardiaque.

Cette. tachycardie peut céder au repos, mais d'habitude elle se maintient, signalant ainsi l'hypertension latente. Étudiée de plus près, la pression artérielle se révèle supérieure de 1 à 5 centimètres de mercure à la normale. Nous verrons que c’est là bien souvent le signe d’une insuffisance rénale.

Il faut pourtant apporter ici une restriction : c’est la tendance normale à l’hypertension des gens âgés. Nous avons vu que DE LA PRADE notait un accroissement régulier de la tension jusqu’à quarante ans, limite où celle-ci ne possédait plus la marge nécessaire pour supporter un effortimportant. Cette hypertension des gens âgés est le fait d’une sécrétion plus active d’adrénaline qui, en dehors des intoxications chroniques ou aiguës, maintiendra le système sympathique à un taux élevé d’excilabilité.

Quiltons maintenant, si vous le voulez bien, les zones de l'avant et gagnons avec la relève les cantonnements de repos. Les hommes y oublieront en parte les angoisses, les fatigues du secteur. Aussi, chez la plupart, la tension revient-elle vers la normale : les nerveux voient leur pouls retrouver un rythme plus lent; une alimentation meilleure permet aux surmenés de combattre l’hypotension. Chez certains pourtant, on note déjà une certaine permanence des modifications tensionnelles observées en ligne. S'il y a

amélioration apparente, il n'y a pas guérison et, anaphylactisés en quelque sorte, ces instables de la pression offriront une emprise plus considérable aux émotions lors du retour prochain en ligne.

Au repos, on a accusé les exercices violents d'entretenir un taux anormal de la pression. Un auteur anglais, GORDON, note chez les joueurs de football une hypertension légère, tout au moins au début de la partie — et il constate à la fin une hypotension également peu accusée chez les joueurs non entraînés ; le mécanisme de ces troubles est facilement compréhensible.

C'est encore au repos, où d’ailleurs les conditions d’observation sont meilleures, que certains hommes qui, par amour-propre, n'auront pas voulu se «faire porter malades » en ligne viennent trouver le médecin. Et nous devons signaler, avec Du CASTEL, cerlains états d’hypertension mal caractérisés qui pourront amener certains sujets à se présenter à la consultation. Il s’agit d'une asthénie particulière à laquelle s'ajoutent des douleurs vagues et difiuses des membres, mieux localisées par le malade dans la région dorso-lombaire. Cetle asthénie, très pénible en secteur, où les causes de faligue sont multiples, rétrograde souvent avec le repos ; elle pourra réapparaître après une marche matinale, une manœuvre dans des terrains la- bourés, rendant presque impossible le port du sac. Les signes que présente le malade sont uniquement subjecls: pas d'dème, pas de souffle cardiaque, pas de signe d'urémie. Une exemplion de service semble suffire au début, puis, devant l’insistance du malade, la persistance des douleurs accusées, notamment du lumbago, parfois l’apparilion d'un léger œdème palpébral et malléolaire, un examen plus profond est fait : il révèle une hypertension très caractérisée, alteignant 21 et 22 centimètres au Riva- Rocci dans les exemples de pu CasTEL.

Cette tension élevée suffit à éliminer le diagnostic d'insuffisance surrénale, où l’asthénie et le lumbago dominent également — et c’est vers le rein, vers une imsuffisance rénale que nous orientefons la recherche de la pathogénie.

Voilà à peu près au complet, nous semble-t-il, le tableau de la pression artérielle à l'avant. Les modifications observées, constatées à peu près chez tous, ne sont pas à ce stade incompatibles avec un service actif. Mais à un degré plus avancé une évacuation est nécessaire.

Profitant de notre séjour à l'arrière, allons interroger à l’ambulance même le pouls et la tension des malades, des blessés évacués des lignes.

Que sont les données sphygmomanométriques chez les blessés de la veille ? À une hypertension momentanée, due à l'excitation directe des fibres nerveuses — à moins qu'il n'y ait eu primitivement shock inhibiteur et hypotenseur — succédera le plus souvent une hypotension de fatigue. Cette hypotension sera d’autant plus constante que s'y ajoutera l'influence de l’anesthésie. Rarement marquée avec l’éther, l’hypotension s’accentue par l'emploi du chloroforme ; etelles'accentue d'autant plus que l'intervention a été plus longue, plus mutilatrice. Comme les blessures accidentelles, les interventions chirurgicales donnent lieu tout d’abord à une hypertension plus ou moins marquée au moment des sections nerveuses, mais une réaction se produira en sens inverse l'opération terminée, d’autant plus vive que l'excitation première aura été plus considérable. Aussi l’on voit l'intérêt de connaître le taux de la pression avant une opération — le chirurgien se gardera d'intervenir ou devra tout au moins la relever, si elle est trop basse. — Parallèlement nous observons de la tachycardie, sauf dans certains cas de blessure de tête ou de poitrine (Biner).

Chezles émolionnés qu'un diagnostic hâlif aura fait évacuer sous la rubrique de commotionnés, nous ne noterons souvent aucune modification du pouls et de la tension. Tachycardie et hypertension auront cédé avec quelques heures de calme sécurité; parfois pourtant on constate encore un état impressionnant d'angoisse et de tachypnée. Sur les caractères du rythme cardiaque et du taux normal de la pression, Biscoxs et Mercier fondent un signe de différenciation d'avec les commotionnés purs.

Ceux-ci nous offrent un riche champ d'observation, souvent parcouru et exploité par LÉPiNE dans son ouvrage sur «les Troubles Mentaux de guerre », par BaBinski, FromEexT et Herrz dans leurs recherches sur « les paralysies hystériques et les contractures d’ordre réflexe », par Locre el BouTtrier dans les communications à la Société deneurologie, par MaLLer, par LericnEe, MERKLEN, RiBARD Il n’y a pas d’ailleurs un parallélisme absolu entre les recherches des divers expérimentateurs ; LÉrr le fait remarquer en notant que ces différences tiennent tout d’abord à la multiplicité des cas observés, à leur complexité aussi, puis à l’évolution des symptômes qui se présenteront, par conséquent, sous un angle différent suivant l’époque plus ou moins précoce des observations.

Chez la majorité des commolionnés, OPPENHEIM note de la tachycardie ordinairement légère ; la bradycardie s’observe également, mais moins souvent; dans l’un et l’autre cas le pouls est instable : ce sont là les signes que nous avons constatés chez les émotionnés simples ; à un degré plus accusé, le même auteur signale l'hypotension comme fréquente (25 pour 100). LorPEr, examinant ses malades de façon plus précoce, note une moyenne plus forte. Cette hypotension peut être le seul signe subjectif observé ; on a signalé par ailleurs le syndrome vagotonique complet, signifiant une atteinte du pneumo-gastrique et caractérisé

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