‹ La tentation piece en cinq actes et six tableauxChapitre 120 sur 173 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Cela dépend de toi. Je ne .crains pas de ,tc le dire de\ant tqn mari. Cela dépend de toi. Car nous sommes coupables souvent, ma fille, crois-moi, de nos malheurs autant que de nos fautps. Ne demande pas trop à la vie... elle est douce, la vie... elle a des heures divines, tu le sais déjà... mais pourtant ce n’est pas le ciel... N’exige pas trop non plus du cœur do ton mari... Les hommes, les meilleurs, les plus nobles, ont leurs instants de distraction, de défaillance... et puis, ils ont leurs goûts, leurs plaisirs, commo nous les nôtres... et enfin il ne faut pas oublier qu’ils soutiennent la part la plus lourde de l’existence commune. Ne laisse jamais surtout se glisser dans ton cœur ni dans ton langage cette amertume, cette aigreur qui flétrit peu à peu, qui détruit toute confiance et toute intimité!... un seul mot de tendresse peut prévenir tant de douleurs! Sois bonne, et sois brave! Sois brave I car le courage c’est le devoir, et le devoir c’est la vérité, c’.est l’éternelle consolation! (Avec, beaucoup démotion.) Enfin, ne l’abandonne pas... et Dieu ne t’abandonnera jamais!... Allez, maintenant, allez tous deux promener votre bonheur au soleil I ( Hélène baise la main de sa mère et

prend le bras d'Achille. Tous deux sont près de sortir.)

GONTRAN, faisant un pas vers eux; et ramenant Achille.

Achille! pardon, mon ami, il me paraît assez singulier de te parler le langage d’un père... c’est chose nouvelle dans ma bouche, mais enfin, il s’agit du bonheur de ma fille, (u passe près de saûiie ’.)

ACHILLE

Mon ami!...

GONTRAN y retenant avec peine son émotion.

Eh bienl je recommande également à Hélène les vertus qu,o lui recommandait sa mère... le courage, la bonté, la résignation, au besoin... mais toi, mon ami, je t’en prie, ne mets pas ces vertus à une trop forte épreuve. Comp'e sur elles, mais n’en abuse pas. (ca-

miilo écouta & son tour avec anxiété.) N’>US SOmnflPS, nÔUS aUtTOS, TTlOn

ami, un peu trop portés à traiter d’illusions, de chimères, de rêveries, les sentiments et les idées qu’une ûme délicate, comme celle d’une femme, doit naturellement concevoir... Nous sommes trop

t. Achille, Gontran, Hélène, Camille.

portés à repousser, à refouler dans un cœur... qui souffre quelquefois... des élans, des effusions... dont la source n’est peut-être pas sans noblesse... car, après tout... que prouve toutcela? Qu’une femme ne vit pas seulement de pain, de cachemires et de dentelles, — qu'elle a une âme... et que cette âme aussi a le droit de vi\re... et veut être respectée... Et à ce compte-là, Hélène aussi sera une femme romanesque... je l’espère... je m’en flatte... et je te la donne pour telle... (u f-iUpuser.» muprè. d-Achuie.) Respecte donc l’âme sainte, l’âme fière que je te confie I N’oublie jamais que cette élévation, cette pa c sion, cette -fierté... dussent-elles t’importuner à quelque heure d’insouciant égoïsme... sont des trésors sacrés qu’on ne dédaigne pas, qu’on n’outiage pas impunément! Croismoi ! (at«c beaucoup démotion.) Ah! crois-moi, mon ami, ton bonheur et le sien sont à ce prix !

ACHILLE, lui serrant la main.

Je tfi Crois... compte sur moi !... (il prend le bras d’Héfène et s’éloigne

à gauche; Gontran les conduit jusqu’à la porte. )

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