INTRODUCTION XI
leurs propriétés essentielles ; ils n'ignorent pas que sans le secours des engrais — qui suppléent de façon heureuse à Tinsuffisante richesse du sol — ils obtiendraient de bien maigres récoltes dans les milieux relativement pauvres.
Mais pourquoi tel terrain se montre-t-il inégalement fertile ? Pourquoi tel autre nécessite-t-il rapport des amendements ou des engrais ? Comment les diverses matières fertilisantes se transforment-elles dans le sol qui les reçoit ? Pour quelles raisons, enfin, les mêmes substances ne produisent-elles pas toujours les mêmes résultats ? Ces multiples questions, longtemps, ont paru insolubles... On essayait vainement de les interpréter. Et si les explications données sont demeurées parfois imprécises ou vagues, il ne s'ensuit point que la science agrologique soit impuissante à nous renseigner utilement.
Il ne suffit pas d'éluder les difficultés d'interprétation en invoquant l'inégale aptitude d'assimilation des espèces végétales cultivées, il faut serrer de plus près les données du problème. A la vérité, on connaît mal la chimie du sol, la chimie agrologique ; on se fait une fausse idée de la fécondité au point de vue théorique ; Vactivité chimique de la terre arable, qui est la résultante de sa constitution et de ses propriétés, nous apparaît capricieuse
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et pleine de mystères! Des réactions incessantes se produisent à notre insu, dans ce milieu hétérogène qu'est le sol, et aboutissent à des équilibres, à des limites encore insaisissables. Pour pénétrer ces secrets, il est indispensable de décomposer la terre en ses éléments, de la disséquer en quelque sorte. Or, jusqu'à ce jour, quVt-on fait ? On a séparé la terre fine, les cailloux, puis les composants mécaniques de la terre fine... Et pour apprécier la richesse chimique^ on a dosé, sur ce mélange de terre fine, Tazote, la potasse, l'acide phosphorique..., sans s'inquiéter de la ténuité pourtant si différente des sables, de largile et des matières humiques ! S'est-on préoccupé davantage de la constitution minéralogique ? Non ! Et l'admirable page écrite sur ce sujet par De Gasparin devait rester lettre morte jusqu'à ces derniers temps.
Voulez-vous savoir maintenant l'idée qu'on se fait de la terre arable ? Consultez les recueils spéciaux, questionnez les agriculteurs qui savent le plus de choses, et tout ce que vous apprendrez se résumera en ceci : « La terre est un mélange essentiellement composé de sable, d'argile, de calcaire et d'humus... associés en proportions très variables, ce qui con-
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,duit à distinguer des sols simples siliceux, argileux^ calcaires et humifèreSy ainsi que des sols composés sahlo-argileux et argilo-sa- .bleux^ argilO'Calcaires et calcaro-argileuXy silico'humifères et hunta-siliceux, etc.. En raison de leui* constitution, ces sols sont. plus ou moins meubles, perméables, consistants, •forts, légers, humides et froids... Au point de vue chimique, ils renferment des quantités variables d'azote, d'acide phosphorique, de chaux et de potasse... Ils sont, enfin, inégalement fertiles... » Si vous poussez plus loin votre curiosité, vous apprendrez encore que « les matériaux constitutifs du sol n'ont pas la même origine; que la partie minérale (représentée par le sable, l'argile et le calcaire) ré- -sulie de la décomposition ou du morcellement des roches qui formaient la surface de l'écorce terrestre ; que cette décomposition est due à des actions mécaniques, physiques et chimiques ; que le sable provient du quartz et l'argile du feldspath... Vous saurez enfin que Thumus est un résidu de la putréfaction ou de la dégradation des matières organiques, et qu'il est susceptible de céder son azote à la plante après une nitrification préalable.
« Ajoutez à tout cela des noms et des chiffres, des hypothèses et beaucoup « d'à peu près », et vous serez un aiglon — presque un aigle — en agrologie. Si Ton vous demande ensuite