‹ La terre arableChapitre 45 sur 77 · TOURBE CALCINÉE · texte numérisé non relu

TOURBE CALCINÉE

DIFFE- RENCES

Ainsi, deux facteurs interviennent dans la fixation de Tacide phosphorique par la terre arable ; si on pouvait les isoler, ils agiraient l'un et l'autre dans un sens déterminé — quoique différent — en raison même de leur nature propre ; mais il y aurait proportionnalité entre les quantités de phosphate absorbé et les doses d'humus ou de calcaire. Associés ensemble, ils doivent ajouter leurs effets d'une façon très inégale, et c'est la prédominance de la matière organique sur le carbonate de chaux qui paraît régler Yabsorption au début de l'expérience. Quoi qu'il en soit, ces essais montrent combien sont différentes l'absorption et la rétrogradation de l'acide phosphorique.

4° Absorption des humâtes alcalins. — Les humâtes alcalins sont retenus par le sol, mais leur absorption n'implique pas toujours une double décomposition aboutissant à la formation d'un humate insoluble de chaux. Elle se produit même dans les terres littéralement dépourvues de calcaire, et c'est V argile qui retient alors la matière humique en donnant naissance à un composé mal défini, représentant peut-être un colloïde humo-argileux décomposable par l'ammoniaque et par les alcalis fixes.

On s'explique ainsi comment réagit Veau de fumier de Gazzeri — le purin — qui consiste essentiellement en un mélange d'humates alcalins. Mais outre la matière organique colorante, le sol retient encore assez énergiquement les principes minéraux. Justus LiEBiG, le célèbre chimiste allemand, en a donné la preuve. Il a trouvé, en effet, que la terre ne fixait pas avec la même avidité la potasse et la soude contenues dans le purin.

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12<,^^ DK PURIN D08A1INT

avant après

filtration. filtra tion.

gram. gfam»

Potasse. ..... 0,0867 0,0056

Soude 0,0168 0,0118

La proportion de potasse retenue est de 0,811 : soit les 93 centièmes environ, tandis que pour la soude on obtient moins de 30 pour 100.

En résumé, on voit que Vabsorption directe se manifeste à regard des humâtes, des phosphates, des carbonates et des hydrates solubles. Le phénomène est-il de même sens pour les autres sels? Non. Et nous allons établir maintenant que toutes les terres ne fixent pas également les bases alcalines combinées aux acides sulfurique, chlorhydrique, nitrique, etc.

b) Absorption indirecte. — Dans ses recherches sur l'absorption de Tammoniaque et des sels ammoniacaux, Brustlein avait été frappé de voir que le chlorhydrate d'ammoniaque était fortement retenu par les terres calcaires, tandis qu'il ne Tétait pas par l'humus. Il supposa, dès lors, que la présence du carbonate de chaux devenait indispensable, et qu'il devait se produire, ainsi que l'avait annoncé Way, une double décomposition préalable. Sauf de rares exceptions, en ce cas, la base seule est absorbée : l'acide reste, dans la dissolution, combiné à la chaux; la décomposition du sel s'arrête à la quantité équivalente de l'alcali fixé, et la dissolution est neutre avant comme après son contact avec la terre.

Pour bien montrer l'utilité et le rôle du calcaire, il suffit d'étudier la marche de l'absorption sur un même sol avant et après traitement à l'acide chlo-

rhydrique faible qui a la propriété de décomposer le carbonate de chaux. On reconnaît ainsi que la terre traitée n'exerce plus aucune action absorbante sur les sels ammoniacaux ; mais il suffit d'y incorporer du calcaire très divisé, en Tarrosant par exemple avec une dissolution de bicarbonate de chaux, pour que les facultés absorbantes réapparaissent. Examinons maintenant comment se manifestent ces facultés à regard des chlorures et des sulfates alcalins. 1° Absorption des chlorures alcalins. — En étudiant la fixation du chlorhydrate d'ammoniaque par différents sols, Brustlein a constaté que ce sel est absorbé régulièrement, mais que la quantité fixée varie beaucoup avec la concentration des dissolutions :

DOSE D'aMMONIAQUK

contenue dans absorbée par

loo ce. de solution. 50 gr. de terre.

Terre de Bechelbronn

Terre de Liebfrauenberg . | Terre de Mittelhausbergen \

D'autre part, en suivant comparativement l'absorption des chlorures de potassium et de sodium, Wœlcker a trouvé de très grandes différences. Ainsi, sur 100 parties de potasse ou de soude apportées par les solutions, il en a été retenu :

Potasse. Soude.

Terre calcaire . . .

Terre argileuse . .

Terre sablonneuse .

Terrain de pâture .

Terre marneuse . . .

Sable ferrugineux .

PROPRIÉTÉS CHIMiaUES 1^5

Il résulte de ces essais que le coefficient d* absorption d'une même terre varie considérablement suivant la nature des bases alcalines. L'avidité du sol pour la potasse est bien plus grande que pour la soude.

2* Absorption DES sulfates alcalins. — Dehérain, qui a étudié Tabsorption du sulfate de potasse par le kaolin et diverses terres, a obtenu les résultats suivants :

POTASSE DU SULFATB

(bn grammes) ajoutée, rotrouvée. retenue.

Kaolin {50 gr.) 0,266 0,120 0,146

Kaolin (100 gr.) 0,470 0,307 0,163

Terre de Touraine (100 gr.). . 0,100 0,030 0,070

Terre du Luxembourg (100 gr.) 0,097 0,092 0,005

D'autres sels alcalins solubles : silicates^ phosphates y etc., sont également fixés par le sol ; ils subissent de semblables transformations en présence des com* posés calciques décomposables.

Il ressort nettement de toutes ces expériences que l'absorption des bases alcalines libres ou combinées se manifeste toujours, mais à des degrés différents, suivant les conditions expérimentales. Toutefois, sauf de rares exceptions, l'absorption des sels (sulfates, chlorures, nitrates, silicates, phosphates) ne se produit qu'indirectement et partiellement ; elle implique une transformation préalable, une double décomposition aboutissant à la formation d'un carbonate ou d'un humate alcalin. Le calcaire et l'humate de chaux déterminent ordinairement cette réaction.

Puisque les bases seules sont absorbées par le sol, une autre question se pose : que deviennent les acides? Ici, deux cas se présentent : si l'acide forme avec la chaux un composé insoluble, il restera dans

i;6 LES PROPRIETBS DU SOL

la terre ; s'il forme, au contraire, uil sel soluble, il sera inévitablement entraîné par les eaux dans les couches profondes. Tel est le cas des nitrates.

On peut montrer aisément la non-absorption des acides en faisant passer des solutions alcalines de sulfates, de chlorures et de nitrates solubles sur des sols argilo-calcaires ; les eaux d'égouttage contiennent, à l'état de sels calciques, la totalité des acides primitifs. Pour les nitrates, qui sont des matières fertilisantes de première valeur, cet entraînement peut avoir de graves conséquences, et c'est dans le but de limiter ces pertes que Deherain ne cessait de préconiser la pratique des cultures dérobées d'automne.

En résumé, il importe surtout de bien retenir ;

1° Que les alcalis, les carbonates alcalins, les phosphates et les humâtes solubles peuvent être directement absorbés par le sol ;

a"* Que les bases alcalines combinées aux acides minéraux forts sont également absorbées, dans les sols calcaires, après transformation préalable des sels en carbonates ou en humâtes alcalins ;

3** Que les acides — à l'exception de ceux qui forment des sels insolubles — échappent au pouvoir absorbant et qu'il peut en résulter de sérieux inconvénients pour les nitrates.

Marche de l'absorption. — Puisque le pouvoir absorbant fait obstacle à l'entraînement de certaines matières fertilisantes, U importait de rechercher dans quelle mesure se manifeste son action... Est-elle toujours plus intense dans les couches superficielles du sol? Les principes fertilisants descendent-ils à la même profondeur ? Pour répondre à ces questions, MM. DussERRE et Biéler (de la station agronomique de Lausanne) ont étudié, sur différentes terres, Tentraînement de l'acide phosphorique et de la potasse.

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