‹ La terre avant l'histoireChapitre 24 sur 41 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Lorsque je tentai, dans mon livre : Les Colonies animales et la formation des organismes* d'expliquer comment avaient pu être réalisés les types divers du règne animal, il me fut assez facile, après avoir exposé l'histoire des animaux ramifiés et des animaux segmentés, d'établir, comme l'avaient d'ailleurs indiqué divers auteurs pour chaque embranchement en particulier, que les Vers annelés étaient, selon toute vraisemblance, les progéniteurs des Echinodermes, des Mollusques, des Vertébrés, et, par suite, des dérivés de ceux-ci par dégénérescence, les Tuniciers. Mais à ce moment-là, si j'avais déjà signalé l'importance de la tachygénèse, je n'avais pas encore saisi toutes les conséquences de ce mode d'action de l'hérédité, et d'autre part je n'avais pas aperçu une cause particulièrement puissante de modification des organismes, à savoir les changements d'altilu'de qui ont pu se produire, dans chaque espèce, au cours des âges.

Pour se convaincre de la réalité de ces changements, il suffit de jeter les yeux sur la série actuelle des formes vivantes. Parmi les Crustacés, les Apus, les Branchipes nagent constamment le ventre en l'air, le dos en bas ; il en est de même des Notonectes parmi les Insectes, «t leur nom ne fait qu'exprimer cette attitude; les Anatifes, parmi les Cirripèdes, se suspendent aux objets flottants, parleur txtrémité céphalique qui s'étire en un long pédoncule, tandis que les Balance, leurs sœurs, écrasent pour ainsi dire cette même extrémité contre les rochers aux-

quels elles adhèrent fortement. Dans Pembranchement des Tuniciers on observe le même contraste entre les Bolténies et les autres Ascidies, tandis que les Tuniciers redevenus nageurs conservent l'attitude normale. Chez les Echinodermes, les Oursins ordinaires se tiennent la bouche en bas, l'anus en haut, de sorte que les cinq fuseaux qui portent leurs organes de locomotion se dressent verticalement, comme les pétales d'une fleur, partant tous les cinq de la bouche pour aboutir au pourtour de l'orifice opposé. Mais il est des espèces qui vivent dans le sable, qu'elles fouissent incessamment; la région inférieure du corps de celles-là s'aplatit de manière à constituer une face ventrale, et la bouche s'avance peu à peu vers le bord de cette face que l'animal porte habituellement en avant ; audessu, d'elle un des fuseaux locomoteurs, qui devient le fuseau antérieur, monte vers le sommet du corps, autour duquel continuent à converger les quatre autres fuseaux devenus latéraux, tandis que l'anus abandonne ce sommet pour devenir franchement postérieur, et gagner finalement le voisinage du bord de la face aplanie contre le sol ; celle-ci constitue ainsi une face ventrale, comprise entre les deux fuseaux latéraux les plus éloignés du fuseau antérieur. Les Holothuries, ou biches de mer, sont des echinodermes voisins des our&ins, mais dont le corps, au lieu d'être globuleux, est allongé en boudin. Elles se logent souvent dans les anfractuosités des rochers ; sur le sol elles ne peuvent se tenir que couchées, les orifices du tube digestif occupant chacun une extrémité du corps. Un certain nombre d'espèces du littoral rampent c ependant sur le fond ; elles acquièrent alors une face ventrale aplatie; cette face est toujours partagée en deux moitiés symétriques par l'un des fuseaux locomoteurs, et limitée par ueux des fuseaux latéraux. Les choses se passent ici à l'inverse de ce qui a lieu chez les Oursins, où la face ventrale n'a pas de fuseau médian, tandis que la face dorsale en a un. Le mécanisme de la formation de la face ventrale est d'ailleurs bien différent dans

les deux cas. Les Holothuries à f ace ventrale ont deux leçons de se comporter. Celles qui habitent les grands fonds vivent de vase ; elles tournent leur bouche vers le sol en coudant l'extrémité^" antérieure de leur corps. D'abord temporaire le coude devient permanent, puis s'efface, et la bouche paraît ainsi franchement ventrale. Celles qui se fixent aux rochers tirent, au contraire, leur alimentation de l'eau ambiante et leur bouche devient dorsale (Psolus). Il y a plus: certaines holothuries vivent constamment enfouies dans le sable; il en est qui y demeurent allongées verticalement (1), mais d'autres courbent leur corps en U, comme pour rapprocher leur anus de la surface et évacuer leurs excréments, de manière à ne pas infecter le sable. Cette attitude, primitivement transitoire (2), se fixe également (3), si bien que les deux extrémités du corps, se rapprochant de plus en plus, arrivent à se souder en un tube unique percé au sommet de deux orifices ; l'Holothurie a ainsi la forme d'une bouteille dont le goulot porte les deux orifices digestifs devenus contigus (4).

Les Mollusques sont au moins aussi accommodants, en ce qui concerne les attitudes. Les mollusques à coquille enrouiée en spirale ou en hélice rampent sur leur face ventrale ; mais tous ceux qui sont capables de nager, ne fût-ce que temporairement, nagent dans l'attitude inverse, le ventre en l'air le dos en bas. Il y a, en effet, des mollusques exclusivement nageurs (5); d'autres exclusivement rampants; d'autres qui nagent ou rampent suivant les circonstances.

Les mollusques à coquille bivalve ont des attitudes encore plus variées. Les Moules et les mollusques voisins se suspendent par des filaments qui constituent leur byssus; les Huîtres, les Peignes, les Spondyles, etc., vivent couchés sur le côté; les Bénitiers sont enfouis, couchés sur le dos dans les récifs de

(1) Molpadia, Ankyroderma, Synapta. — (2) Certaines Cucumaria. — (8) YpsilMaria. — (4) Rhopalodina (LIV, 280), — <5)Nautfles, Ptéropn4e*, Janthines; larves de tous les Mollusques gastéropodes marins.

LES CHANGEMENTS d'àTTITUD» ET LES ANIMAUX REMANIÉS 151

polypiers; les CHauvisses ou Vénus, les Couteaux, les Pholades et mie foule d'autres s'enfoncent dans le sable ou dans des trous qu'ils creusent jusque dans la pierre, et demeurent immobiles, la tête, ou ce qui en tient lieu, en bas. A chacune de ces attitudes correspond une forme particulière du corps qu'explique facilement l'action continue de la pesanteur sur les diverses parties internes de ces êtres immobiles. Le corps des moules s'élargit dans sa région tournée vers le bas et s'appointit au voisinage du point d'attache au byssus; la valve inférieure des huîtres et des autres bivalves couchés sur le côté, primitivement symétrique de la valve supérieure, se renfle de manière à former une sorte de cassette dont la valve supérieure, aplatie jusqu'à devenir concave, n'est plus que le couvercle ; les organes les plus pesants des bénitiers tombent au-dessous des moins pesants et gagnent le voisinage de la charnière de la coquille, de sorte que le mollusque paraît retourné dans celle-ci. Chez les espèces qui s'immobilisent dans des ^trous, le manteau s'allonge en deux longs siphons, l'uiv pour l'entrée de l'eau qui apporte à l'animal l'air respirable et les aliments, l'autre pour sa sortie. Ces modifications, sauf la dernière, ont été, déterminées par l'action persistante d'une cause banale, la pesanteur, qui est aussi intervenue pour former la face ventrale des oursins bilatéraux et des holothuries abyssales.

Les Vertébrés n'échappent pas à ces changements d'attitude ; YAmphioxus, les Soles, les Turbots, les Limandes et les autres poissons plats dits pleuronectes demeurent couchés sur le côté; de ce fait ils deviennent dissymétriques, tout comme les mollusques qui vivent dans les mêmes conditions, et portent leurs deux yeux sur un même côté du corps. Les Rémoras se fixent aux requins en appuyant contre le corps de leur hôte leur face dorsale qui fonctionne ainsi comme la face ventrale des autres animaux par rapport à la lumière et au sol ; leur face dorsale se décolore et s'aplatit, tandis que leur face ventrale prend les caractères d'une face dorsale ordinaire. L'action des conditions extérieures

t&2 LES FORMES PRIMITIVES DE LÀ YIE

§ur les formes et les couleurs se montre encore ici nettement.

Cette action apparaît d'ailleurs inces .amment, pour peu que l'on cherche à rattacher les caractères des animaux aux conditions dans lesquelles ils vivent, au lieu de les considérer indépendamment de toutes les causes qui peuvent être invoquées, avec quelque vraisemblance, pour expliquer leur réalisation, comme s'ils étaient le fait du miracle. En voici quelques exemples. Les liens qui unissent entre elles les grandes divisions de la classe des Poissons (1) peuvent se résumer dans cette unique proposition : comprise entre la tête, à laquelle l'eau oppose une résistance quand le poisson nage, et le corps, projeté en avant par les brusques impulsions de la queue, la région branchiale se raccourcit constamment et finit par s'atrophier chez les Batraciens, leurs descendants. Un cou chez les vertébrés terrestres prend la place de la région branchiale disparue; il peut s'allonger énormément chez eux; mais quand ces vertébrés redeviennent aquatiques et nagent à la façon des poissons, leur cou, placé dans les mêmes conditions mécaniques, subit la même réduction, qu'il s'agisse de reptiles comme les Ichthyosaures des temps secondaires, d'herbivores devenus aquatiques comme les Lamantins et les Dugongs, de Phoques devenus plongeurs comme les Zeuglodons, ou des Cétacés qui descendent probablement d'une autre souche. Cette répétition du même phénomène dans les mêmes conditions, chez des vertébrés variés qui conservent d'ailleurs tous les traits d'organisation de leur groupe, montre bien que ces phénomènes sont dus à des actions extérieures, modifiant les parties du corps directement soumises à leur influence et respectant les autres ; ce qui revient à dire que ces actions extérieures sont les causes des modifications qui concordent toujours avec elles. On retrouve cette concordance dans une infinité de cas. Les pattes des arthropodes nageurs, ne déterminant leur déplacement qu'à la condition de presser sur l'eau, s'aplatissent et se frangent de longs

(i) XL.m, 2469.

VOYAGES en SUISSE et en ITALIE

De PARIS-EST en SUISSE et en ITALIE via BELFORT

PARIS-EST La h*ne de Paris"Est à Belfort et à Bâle qui

^f^ conduit les touristes en Suisse par une

Après ^V des voies les plus directes et les

Nogent-sur- ^^^ plus agréables, traverse

Marne et son ^^^ des régions

viaduc, Longue ville, ^^^^^^X variées.

Nogent- sur- Seine, elle X^"^/^

dessert Troyes, si curieuse par ^^— ~-^^,

ses nombreuses et belles églises ^^^ S)C hdumont

gothiques, ses hôtels anciens et ses vieilles ^*^X

maisons ; franchit près de Chaumont la ver- ^

doyante vallée de la Suize par un magnifique ^k^^—^^*

viaduc haut de 50 m. et long de 650, composé de 52 arcades

de pierre sur deux et trois étages ; atteint Langres perchée Vesoul

sur une hauteur, Vesoul blottie au pied de la colline de la Motte

et enfin Belfort où le voyageur pourra visiter le Château et le Lion

sculpté par Bartholdi.

De Belfort, le touriste peut, par Altkirch et Mulhouse, ou par Délie, Porrentruy, Delémont, gagner Bâle, une des portes d'entrée de la Suisse, ville célèbre par sa position sur le Rhin, ses monuments anciens, son histoire.

De Délie ou de Bâle le rail conduit à Berne, la capitale fédérale bâtie au milieu d'une des campagnes les plus riantes et les plus pittoresques de la Suisse.

La ligne de Berne à Domodossola offre les aspects les plus variés. Thoune, d'où l'on aperçoit l'Oberland bernois et l'étincelant massif neigeux que domine la Jungfrau, est le point de départ de la ligne des Alpes Bernoises, dite du Loetschberg.

Le lac de Thoune plus riant, moins sauvage que ?on voisin le lac de Brienz, est un des plus beaux de la Suisse. Sur sa rive sud, Splez, agréable séjour, commande trois artères importantes : la ligne d'Interlaken, celle de la Simme qui, par Zweisimmen va rejoindre Montreux sur le lac de Genève, et enfin la ligne du Loetschberg.

Cette dernière ligne traverse la vallée de la Kander, constamment dominée par la Blumlisalp ; Heustrich avec ses bains sulfureux ; Reichenbach où débouche la pittoresque vallée de Kiental ; Frutigen, joli centre de villégiature qui dessert la station alpestre d'Adelboden. Elle s'élève ensuite rapidement, arrive à Kandersteg, centre d'alpinisme et station hivernale et entre aussitôt après dans le tunnel du Loetschberg, qui traverse sur une longueur de 17 kilomètres la chaîne de l'Oberland, sort à Goppenstein dans la vallée de la Lonza et bientôt s'infléchit vers l'est pour descendre doucement dans la vallée profondément encaissée du haut Rhône. A Brigue, point terminus du chemin de fer des Alpes bernoises et point de jonction avec les lignes longeant le Rhône (Lac Léman-Lausanne et Furka-Oberalp), le train s'engouffre dans le tunnel du Simplon long de près de 20 kilomètres et gagne Domodossola, le lac Majeur et Milan.

Le touriste peut également traverser la Suisse par la célèbre ligne du Saint-Gothard, électrifiée sur tout le parcours de Bàle à Chiasso. De Bâle il rejoindra Lucerne, centre d'attractions de premier ordre, situé au fond d'un des bras de ce lac des Quatre-Cantons si curieusement découpé, si varié, si pittoresque. Entouré de hauts belvédères : le Pilate, le Righi, le Bùrgenstock, le Stanserhorn ; marqué de souvenirs historiques, bordé d'aimables stations : Weggis, Vitznau, Beckenried, Brunnen, Sisikon, le lac des Quatre-Cantons est le type des lacs suisses.

Après avoir longé les rives du lac des Quatre-Cantons de Lucerne à Kûssnacht, la ligne du Saint-Gothard passe derrière le Righi et côtoie le lac de Zug, puis le lac de Lowerz. Elle dessert ensuite Schwyz au pied des deux Mythen, rejoint à la jolie station de Brunnen les rives du lac des Quatre-Cantons, qu'elle longe jusqu'à Flûelen.

// A partir de Flûelen, la ligne du Gothard,

quittant le lac, remonte l'étroite vallée de la Reuss par Altdorf, où revit le souvenir de Guillaume Tell, devient extrêmement curieuse •7 par la hardiesse de ses

J travaux d'art, particuliè-

rement par ses tunnels ,-., . en hélice.

je/en

le/émont

Bienne BERNE

Thoune

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Kandersteg

puis n

descend par le val Leventina et la vallée du Tessin au climat méridional.

A Goeschenen, à plus de 1.100 mètres

S* Gothard d'altitude' la u£ne

traverse dans un

Stresa Arona

tunnel long de 1 5 kilomètres, l'énorme massif du Gothard, où le Rhône et le Rhin prennent leur source,

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