LE PEUPLEMENT DES EALX DOUCES; L'HERMAPHRODISME
qui possédaient cette préadaplaiion à la vie dans les eaux douces ou qui l'ont acquise n'ont pu être poursuivis par ceux de ce groupe qui ne la possédaient pas, et c'est ainsi que les fleuves et les marécages, d'abord déserts, ont été de bonne heure envahis par des fuyards qui préféraient le calme des solitudes à tous les dangers que pouvait leur faire courir l'active et nombreuse population des rivages. La même recherche de la sécurité a donc peuplé la haute mer, les abîmes et les eaux douces. Si VAmphioxus, le plus primitif des vertébrés, est demeuré caché dans le sable des rivages, les Lamproies sont devenues les unes, comme le Petromyzon marinus, des hôtes temporaires des eaux douces, où elles ne pénètrent que pour pondre, leurs jeunesdevant passer dans le sable des fleuves, sous la forme d'ammocé/es, les premiers temps de leur vie ; les autres, comme le Pelromgzon fluviatilis, des hôtes définitifs des rivières. Un seul requin est devenu lacustre, Carcharias gangelicus; mais des trois types de poissons ganoïdes qui nous restent les Esturgeons, les Lépidostées et les Amia, les premiers viennent pondre dans les fleuves et les deux autres ne quittent pas les rivières. De même les poissons crossoptérygiens, qui avec les ganoïdes étaient aux temps de la formation de la houille les poissons les plus communs et les plus élevés en organisation, ne sont plus représentés que dans les fleuves d'Afrique par les deux genres très voisins Polyptère et Caiamoichlhys. Les poissons dipnés, chez qui, pour la première fois, se sont développés, parmi les Vertébrés, des organes de respiration aérienne, des poumons, ne nous offrent plus également que trois genres, tous d'eau douce : les Protoptères d'Afrique, les Lépidosirens du Mexique et les Neoceratodus d'Australie. Cette répartition géographique indique qu'une première pénétration dans les eaux douces s'est produite presque simultanément sur de nombreux points du Globe pendant la période primaire. Mais, de même que pour les mollusques, elle n'a pas été la seule. Les poissons osseux ont envahi les fleuves à leur tour, peu de temps
après. L'une des plus anciennes familles de ce groupe, celle des Siluridés, mal représentée en Europe par deux ou trois espèces, le gigantesque Sifarusglanis du Danube et le Silurus Arislotelis dt? Macédoine, mais d'une étonnante plasticité, a envahi presque tous les fleuves du monde, en variant ses formes qui ont été ensuite copiées par presque toutes les autres familles de poissons abdominaux d'eau douce, mais en gardant les caractères fondamentaux du squelette de son opercule. Elle a fourni^ comme les raies, un groupe de poissons électriques, les Maloptérures d'Afrique. Puis est venue toute la série des poissons à nageoires ventrales éloignées des pectorales, comme chez les poissons primitifs, ceux que Cuvier a appelés les malacoptérvgiens abdominaux et dont la vessie natatoire s'ouvre dans l'œsophage ou l'estomac (poissons physostomes de J. Muller) : e'est-à dire les truites, les brochets, la longue série des cyprins à laquelle appartiennent la plupart des poissons de nos rivières ou de nos étangs : goujons, barbeaux, chevaines, carpes, brèmes, gardons, tanches, loches, etc., et qui sont représentés ailleurs par les cyprinodontes. Les harengs, les sardines, les anchois, qui s'en rapprochent, sont demeurés marins, mais les aloses, qui appartiennent à la môme famille, celle des clupéidés, viennent comme les saumons, voisins des truites, pondre dans les rivières. Ce sont des poissons du même groupe qui ont fourni, on l'a vu, le fond de la faune pélagique et de la faune ichthyologique abyssale. Ces deux immigrations dans les eaux douces ont été suivies d'une troisième, fournie par les poissons à nageoire dorsale molle, à nageoires ventrales rapprochées des pectorales et à vessie natatoire close ; mais celle-ci est encore moins nombreuse et elle n'est guère représentée dans les eaux douces d'Europe que par les lottes, apparentées aux morues. Quelques autres poissons se rattachent aux poissons de mer à nageoire dorsale en partie épineuse, qui comptent d'excellents nageurs auxquels les perches sont apparentées. Certians d'entre eux, ayan* repris la vie littorale, comme les cottes