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LE PEUPLEMENT DBS EAUX DOUCES; L 'HERMAPHRODISME

divers papillons femelles. Les mêmes causes ont détermine* le parasitisme des femelles des Stylops, parasitisme qui a entraîné, comme d'habitude, la déchéance complète de leur appareil locomoteur. Il s'agit ici d'un phénomène analogue à celui qu'on observe dans les familles des Chondracanthidés, qui sont des crustacés copépodes et des Bopyrides qui sont des tsopodes. Les mâles, cent fois moins volumineux que les femelles, qui sont déformées et parasites, demeurent attachés comme des poux minuscules à l'abdomen de celles-ci ; les femelles des Bopyres sont fréquentes sous la carapace des crevettes qu'elles soulèvent sur l'un de ses côtés en une bosse irrégulière. Dans la famille des Lernéides, autres copépodes, les mâles et les femelles, d'abord petits et presque semblables, s'accouplent; les mâles disparaissent alors et les femelles s'attachent en parasites aux branchies ou à d'autres organes des poissons, sur lesquels elles deviennent énormes, presque dépourvues de membres et si méconnaissables que Cuvier les classait parmi les Vers.

Il suit de tout ce que nous venons de dire que les individus du sexe masculin sont bien réellement affectés soit d'une incapacité nutritive, soit d'une orientation de leur organisme vers une dépense inutile qui nuit à l'accumulation des réserves alimentaires, qu'ils sont, en somme, des organismes appauvris, dont la pauvreté atteint les éléments reproducteurs eux-mêmes et leur impose leurs caractères spéciaux. La prédominance des mâles dans une population animale serait donc un signe de disette ou de suractivité.

Cette remarque nous conduit à rechercher si l'explication de l'hermaphrodisme ne se trouverait pas dans les conditions qui rendent précaire l'alimentation. Parmi elles, il en est une qui est particulièrement évidente, c'est l'abandon de la vie libre pour la vie sédentaire et notamment pour la fixation au lolj^qui met l'animal à la merci de toutes les variations du milieu, auxquelles la liberté de la locomotion lui permet

de se soustraire. En dehors des phytozoaires, chez qui elle est originelle, cette fixation au sol se rencontre comm<? un accident chez les Cirripèdes qui sont des crustacés et chez les Tuniciers qui sont apparentés au plus primitif des vertébrés, VAmphioxus. Dans les deux cas elle amène un changement complet des conditions d'existence après que l'animal a atteint la forme qui devrait être normalement définitive, et elle entraîne une déformation complète du corps. Les Cirripède* et les Tuniciers sont hermaphrodites protandres, c'est-àdire que chaque individu commence par être mâle, devient passagèrement à la fois mâle et femelle, puis passe définitivement à l'état de femelle. Que signifie ce phénomène très général? Les Cirripèdes vont nous l'apprendre. Ici, il n'y a de mâles que dans certains genres. Ces mâles ne se fixent pas, demeurent très petits et n'ont qu'une courte existence. Comme les autres individus, en leur qualité d'hermaphrodites protandres, sont capables de se féconder réciproquement sinon eux-mêmes, les individus exclusivement mâles ne servent à rien, ce ne sont même pas comme on les appelle des mâles complémentaires ou supplémentaires, ce sont des mâles inutiles ou, si l'on veut leui donner une qualification plus exacte, surnuméraires. Seulement leur existence qualifie les autres individus; elle démontre que chez les Cirripèdes, avant la fixation, les sexes étaient séparés, comme chez les autres crustacés ; la fixation avec ses aléa a été fatale aux mâles qui sont devenus tellement rudimentaires qu'ils n'on [ même pu acquérir d'organes de fixation ; les femelles, possédant des réserves et une aptitude nutritive spéciale, y ont résisté; mais elles traversent une période critiquera la suite des métamorphoses qu'entraîne la fixation ; c'est à ce moment que leurs éléments génitaux évoluent vers le sexe mâle et reprennent leur qualité quand l'équilibre physiologique s'est rétabli. Il n'y a pas de mâles surnuméraires chez les Tuniciers, quoique leur évolution se poursuive beaucoup plus loin, puisque, grâce a la tachygénèse, elle conduit à la régénération de forme»

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