INTRODUCTION GÉNÉRALE IX
taïwes d'explication les plus opposées en essayant de prouver que tout le contenu de l'évolution humaine rentre dans ces cadres généraux de la contingence, de la nécessité et de la logique; il semble que, par celle division tripartile, l'histoire trouve cl son articulation naturelle et toute sa portée explicative. Celle division, en effet, ouvre des vues profondes sur la causalité. Elle invile à chercher dans la masse des faits historiques, pour la débrouiller, trois sortes de relations causales : des successions brutes, où des faits sont purement et simplement déterminés par d'autres; des rapports constants, où des faits sont liés à d'autres par des nécessités ; un enchaînement interne, où des faits sont rattachés à d'autres par des raisons* De ce point de vue sur la nature des causes qui concourent en histoire, la synthèse apparaît, non point aisée, sans doute, mais du moins concevable. Ailleurs, nous avons longuement développé celle hypothèse méthodologique (1); nous ne ferons ici que préciser brièvement ces indications*
Les sociétés, pour se constituer et pour durer, sont soumises à des nécessités spéciales — qu'on appelle institutions. Partout où il y a société, il y a institutions — au moins à l'étal d'ébauche. Dans toutes les sociétés se retrouvent les mêmes institutions fondamentales, sous des formes variées : encore la diversité des formes n'est-elle pas illimitée, dans ce qu'elle a de caractéristique, et s'explique-l-elle en partie par des différences dans la structure même des sociétés, — c'est-à-dire dans le nombre des unités sociales et leur degré de concentrelion. La <r sociologie a, lorsqu'elle est consciente et rigoureuse, considère les sociétés en tant que sociétés seulement. L'œuvre propre du sociologue, c'est l'étude de l'organisation sociale, faite d'un point de vue comparatif. Pour mieux définir h fonctions essentielles de la société qui se traduisent en inslitv
i^a Synthèse en Histoire, Essai critique et théorique. Alcan, f9ff.
X DÉVOLUTION DK l'hTimahitS
tïom, pour préciser davantage le rapport de ces fonction* avec la structure sociale et leurs rapports réciproques, elle isole l'élément social de l'histoire* Elle est un aspect de la synthèse historique, mais elle n'en est qu'un des aspects, La synthèse historique plénière remet cet élément, les nécessités oa lois sociales, en contact avec les autres éléments de l'histoire, que négligent — ou parfois nient — les purs sociologues.
Il importe, d'ailleurs, quand on s'attache à discerner les divers éléments explicatifs, de faire la distinction suivante ; si les institutions sont toujours de fabrication sociale, en quelque sorte, portent la marque de la société, il ne s'ensuit pas que toujours elles expriment des nécessités spécifiques de la société et répondent à des fonctions véritables ; tout ce qui prend, au cours de la vie des sociétés, la forme institutionnelle, n'est pas «/'essence sociale.
C'est une fonction essentielle de la société que la fonction juridico-politique, — qui se différencie en fondions politique, juridique et morale — ; elle n'a de raison d*êlre que dans et pour la société, et elle en est comme l'armature même. Bien que les institution* économiques répondent aux nécessités propres de l'individu, — nécessités de subsistance, puis besoins de jouissance et de luxe, — on peut parler d'une fonction économique des sociétés; théoriquement, on pourrait même considérer cette fonction comme primordiale : car la société ne s'est peut-être organisée que pour donner à ces besoins de F individu une satisfaction plus sûre et plus complète par des moyens appropriés et qui substituent, dans une large mesure, la coopération et la division du travail à l'effort individuel. Mais on ne peut parler de fonction mentale ou esthétique des sociétés, bien qu'il se soit produit des institutions en vue de Part et de la science, La société ne pense pas. Le développement mental, comme le développement esthétique, — depuis la technique la plus rudimenlaire jusqu'à l'épanouissement de la philosophie, de la science et de l'art, — repose essentielle-
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ment sur les facultés de Findividu : il est humain, et non sociaL Au surplus, ce développement humain n'est possible que dans la société : il y a entre l'humain et le social action et réaction; et c'est un problème qui se pose avec les origines mêmes de la pensée que celui des rapports de l'individu — en tant qu'être pensant — et de la société. Il se pose particulièrement à propos de celle catégorie, si complexe, de phénomènes qu'on nomme religieux. Pas plus que d'une fonction mentale ou esthétique, nous ne croyons qu'on puisse, malgré les apparences, parler d'une fonction religieuse des sociétés. La religion est constituée, en son fond, par un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à an milieu, à des forces qui entourent l'homme et le dépassent ; en d'autres termes, elle est une interprétation des choses, sur laquelle tend à se régler l'activité des hommes. Elle exprime les inquiétudes les plus hautes de la pensée débutante, et elle y amalgame des éléments psychiques variés* Elle est d'essence humaine, — mais elle est fortement socialisée : il rie lui suffit pas d'avoir ses institutions propres, elle se mêle eux diverses fonctions de la vie sociale. En somme, elle consolide tout ensemble le lien social et l'humble mentalité primitive, — et elle les consolide l'un par l'autre. Mais en affermissant la pensée, elle t'enserre et tend à l'opprimer : aussi V individu travaille-l-il soit à transformer les institutions religieuses, soit à s'en dégager en quelque mesure; et c'est par ces reprises individuelles que se développent précisément l'art, la philosophie et ta science.
Si donc l'étude du facteur social est comme la base de la synthèse historique, puisque la société est un milieu nécessaire à l'homme et un élément de constance, de régularité dans l'histoire, — il apparaît clairement, d'autre pari, que l'épofotien de la société, — même en tant que société, — que ses complications ne sont intelligibles que lorsqu'on prend en considération d'autres facteurs. Il faut faire intervenir ce facteur logique » dont abusaient jadis — sous les noms de finalité ou